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De la clinique avant toute chose

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Joseph Rouzel

dimanche 19 avril 2009

De la clinique avant toute chose. 1

« De la clinique avant toute chose,

Et pour cela préfère l’Impair

Plus vague et plus souple dans l’air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose »

(Détournement d’un poème de Paul Verlaine, De la musique avant toute chose )

L’étymologie du mot clinique, en un temps où l’on perd le sens des mots, nous est source précieuse. Nous héritons du terme de clinique des médecins de l’Antiquité grecque, notamment Hippocrate. Celui-ci s’appuie sur le sens premier pour définir ce qu’il nomme la « teknè cliniké », la technique clinique, qui consiste à s’incliner (même origine) sur le lit ( klinè ) où la maladie, le handicap, les vacheries de la vie ont allongé celui qui souffre. Dans l’acte clinique il s’agit de s’incliner du haut de son savoir et de son pouvoir, au chevet du souffrant, pour d’abord le rencontrer. Hors cette rencontre inaugurale, pas de clinique qui vaille. Souvenons-nous ici que la teknè d’où s’origine notre technique, si j’en crois mon Bailly, c’est d’abord et avant tout l’art manuel de l’artisan, le tour de main, le truc de métier. Cela exige une position d’humilité du praticien, et sans cesse à renouveler, jamais acquise. On ne saurait dans la clinique se reposer sur ses lauriers. Freud nous en lance l’avertissement : toute rencontre est nouvelle et exige de relancer l’appareil théorique. D’où il se fait qu’entre pratique et théorie s’ouvre un hiatus, un fossé qui n’est jamais comblable. La pratique réouvre sans fin les questions théoriques ; les concepts réinterrogent sans cesser la pratique. La clinique naît de cette surprise permanente où il s’agit bien de remettre sans cesse sur le métier la matière même de la rencontre entre humains, qui constitue le fond de tout métier d’intervention sociale. « Il est certain qu’il y a un monde entre ce que nous faisons effectivement dans cette espèce d’antre où un malade nous parle, et où nous lui parlons - de temps en temps -, il y a un monde entre cela et l’élaboration théorique que nous en donnons. Même dans Freud, nous avons l’impression, là où l’écart est infiniment plus réduit, qu’il y a encore une distance. », précise Jacques Lacan. Cette distance, cette bonne distance pour le dire à la manière de Winnicott, cadre la clinique comme une praxis jamais achevée. Praxis qui prend son effet de l’incomplétude structurale de l’être parlant. La clinique issue du champ de la médecine a petit a petit gagné les sphères de toutes les professions de la relation humaine : psychologie, psychanalyse, travail social, pédagogie… En fait quelques uns de nos médecins modernes, planqués, caparaçonnés derrières des inventions techno-pharmaceutiques de plus en plus sophistiquées, aliénés par une marchandisation de la santé, feraient bien eux aussi de revisiter l’étymologie qui fait reposer leur art d’abord et avant tout sur une rencontre humaine.

Je pense ici à une fresque étonnante que j’ai découverte il y a 5 ou 6 ans à l’église Saint Sulpice de Paris, dans cette petite chapelle intérieure dite des « Saints Anges ». Eugène Delacroix y a peint une fresque durant 14 ans (1854-1861), - ce qui est totalement étonnant lorsqu’on connaît la rapidité d’exécution exigées par la technique a fresco , qui laisse au peintre une vingtaine de minutes pour travailler, tant que le support reste humide. Cette fresque de 7,51 X 4,85 m. intitulée « Lutte de Jacob avec l’ange », reprend un épisode biblique de la vie de Jacob. Qui est Jacob ? Pour le dire vite : un petit truand. A telle enseigne qu’un beau jour, où il ne fait rien et est pendu aux jupes de sa mère près du feu, son frère ainé Esaü, qui a chassé toute la matinée pour fournir du gibier à la famille - le père Isaac est aveugle - arrive harassé et se plaint de le voir en train de manger un plat de lentilles, sans rien en partager. Jacob poussé par sa mère lui propose un marché : son plat de lentilles contre le droit d’ainesse. Et lorsque le père, Isaac rentre à la maison et veut bénir son fils aîné, Jacob s’enveloppe d’une peau de mouton pour faire croire qu’il s’agit de son frère qui est très poilu. Après moult épisodes Jacob, qui s’est installé et a femmes et enfants, de nombreux serviteurs et des troupeaux, reçoit en songe la voix de Dieu qui lui intime l’ordre de partir, sans lui indiquer de destination. Delacroix saisit ce moment où dans cet exode les serviteurs et les troupeaux passent un gué d’une petite rivière nommée : Yabok . Notons que ce mot porte en lui un renversement littéral du nom de Jacob, Yakob en hébreux. Il s’agit d’entendre d’emblée que ce gué va se faire lieu de passage, mais d’un passage tel qu’il s’y produira un acte reversant ; tel qu’il n’y aura pas de retour possible en arrière. Le lieu d’une rectification subjective du sujet dans son rapport aux autres, à lui-même et au monde.
Pendant que les serviteurs poussent les troupeaux, durant toute la nuit Jacob lutte avec un ange. Si l’on prête attention à la fresque de Delacroix, l’on s’aperçoit qu’il ne s’agit pas d’une lutte armée. En effet les armes jonchent le sol sur le coté droit. De plus l’Ange n’est nullement engagé dans la lutte. Delacroix l’a dépeint totalement relaxé : il danse. C’est donc une lutte intérieure que livre Jacob contre soi-même. L’Ange soutient cette lutte. Au petit matin l’Ange le blesse à la cuisse, plus précisément à l’endroit du nerf sciatique. C’est pourquoi encore de nos jours, dans la tradition culinaire juive, s’impose un interdit alimentaire sur cette partie des animaux que l’on consomme. Puis l’Ange dit à Jacob qu’il ne se nommera plus Jacob mais Israël et qu’il sera le père d’une nombreuse nation. Le lieu où ils ont combattus ne s’appellera plus Yabok , mais Penuel , ce qui signifie proprement : face à Dieu. Et lorsque Jacob s’enquière du nom de l’Ange, celui-ci rétorque qu’il n’a pas à le savoir. Cet Ange est une figure emblématique et mythologique du passeur-éducateur, celui qui accompagne un sujet qu’on lui confie, dans ce déplacement, ou comme le dit Lacan, cette « rectification subjective ». Il soutient la passe là où un sujet se présente le plus souvent dans une impasse. Ce lieu du renversement, ce passage du Yabok , signe métaphoriquement l’espace de la clinique éducative.

Quelle est donc cette teknè cliniké sur laquelle l’éducateur peut prendre ses appuis ? S’agit–il comme le suggère le texte de 2002-2 de « bonnes pratiques » ? Pourquoi pas, mais encore faut-il l’entendre, à la façon dont Winnicott parle de la « bonne mère », ou plus précisément de « the mother good enough » (la mère suffisamment bonne). Il s’agit, précise Winnicott, d’une position maternelle où celle qui l’occupe n’intervient ni trop tôt, ni trop tard. Trop tôt, elle court-circuite chez son enfant ses capacités symboliques d’élaborer la représentation de son absence, trop tard, elle le laisse livré au déferlement de la pulsion. C’est là qu’il s’agit pour les éducateurs aujourd’hui de définir ce qu’il en est des bonnes pratiques. Il s’agit de se faire rusé face au discours du maître, qui tendrait à réduire les bonnes pratiques éducatives au service des biens, dans un contexte de marchandisation généralisée, non pour s’y opposer, mais pour le subvertir, c’est à dire, l’habiter et se l’approprier, en donner la version du dessous (sub-version). Compte tenu de la nature du signifiant, toujours équivoque, qui ne renvoie jamais qu’à une pluralité de signifiés possibles, comme nous l’enseigne Ferdinand de Saussure 3 , il y a toujours à interpréter le signifiant-maître de tout texte de loi. Encore faut-il se dégager de la toute puissance imaginaire que l’on prête à cette entité dite « Le Législateur » et s’atteler à l’exégèse quasi religieuse du texte. Il y a à opérer dans la ruse, dans le sens de la métis , ou des ruses de l’intelligence que Détienne et Vernant 4 , dans une recherche célèbre, dégagent au fondement de toute activité artisanale chez les grecs anciens, où le savoir et le savoir-faire ne suffisent pas, mais où il faut ajouter une certaine dose d’intuition, afin de dégager ce que les stratèges militaires chinois tels Sun Tsu ou Sun Bin, nomment « le potentiel de situation » ( xing shi ) 5 . Il y a dans toute situation des facteurs favorables sur lesquels je peux m’appuyer pour me laisser porter par eux. La stratégie (militaire, comme éducative) consiste à détecter dans chaque situation, à chaque fois nouvelle, ces facteurs favorables et à se laisser porter par eux. 6 Ainsi de Napoléon à la bataille d’Austerlitz, qui ne prévoit rien, mais va mettre à profit une nappe de brouillard qui s’étend inopinément au petit jour sur la plaine, pour faire se glisser ses troupes qui vont jaillir au cœur des armées prussiennes et russes et les mettre en déroute, alors que celles-ci ont largement la supériorité en nombre 7 . Comme nous le confie le philosophe présocratique Héraclite d’Ephese il s’agit de pratiquer « elpis anepiston », l’espoir de l’inespéré, l’attente de l’inattendu. Il ne s’agit nullement d’une position de retrait, de laisser-faire ou de démission, comme se l’imaginent certains qui ne jugent l’action éducative qu’à l’aune d’une sur-agitation, mais d’une position rigoureuse de disponibilité à l’inconnu. C’est vrai des textes à interpréter, c’est aussi à la base de la tekné cliniké des éducateurs. La ruse, savoir ne pas savoir, pour se laisser surprendre par l’inconnu, l’insu, l’inoui d’une rencontre humaine, pour se laisse enseigner, fonde alors le socle d’une position dite : clinique. Fors cette rencontre, la clinique se démaille en pure technique : technique éducative, technique d’entretien, technique institutionnelle et politique, et l’on finit, comme dans ces temps derniers par envisager l’éducateur comme « technicien supérieur d’éducation ». Alors qu’il s’agit de conjuguer les deux aspects : technique et clinique. Ce qui ne saurait opérer sans une analyse de situation pour en extraire les potentialités.

La clinique est donc à considérer dans son englobement institutionnel et politique. Ce CEP (Clinique-Institution-Politique) se présente comme des cercles concentriques ou bien fait penser ces fameuses poupées russes, poupées gigognes, que l’on trouve dans les pays de l’est.

Certains invariants anthropologiques traversent ces trois cercles et permettent qu’ils s’articulent ensemble. Partons du plus extérieur, celui qui englobe les autres. L’être dit humain, le parlêtre, pour reprendre un néologisme inventé par Lacan, est issu d’un humus un peu particulier, à savoir une dénaturation radicale. Cet animal dénaturé 8 , chassé du règne de la nature, doit sa structure à l’appareillage de son corps vivant biologique, de même facture que ses ancêtres animaux, à ce que Freud dans sa Contribution à la conception des aphasies 9 nomme le « spracheapparat », l’appareil-à-parler. Cet appareillage exige du petit d’homme pour entrer dans cette institution première, dans cette UN-stitution, qu’est le langage d’où découlent toutes les autres formes instituantes, une opération que Lacan nomme « extraction de jouissance ». C’est une intervention sur le corps de l’homme qui lui en arrache un morceau, et le voilà fabriqué comme « pastout », incomplet, mal ficelé, boiteux, foireux. L’être dit humain, nait/n’est pas fini. C’est vrai biologiquement parlant, ce qui fait du petit d’homme un prématuré. C’est surtout vrai structuralement parlant. Ce qui fait à un biologiste néerlandais, Louis Blok, inventer le terme de néotène (du toujours nouveau qui perdure). L’être humain naît deux fois, une fois comme animal, une seconde comme humain. Ce passage de la nature à la nature dite « humaine » est marqué, comme Jacob à la cuisse, d’une incomplétude de structure. C’est même cette incomplétude qui en constitue l’essence. Le noyau dur de cette anthropologie psychanalytique qui de fait sous-tend tout espace clinique est frappé d’un NON radical à la jouissance. A la racine de l’humain prend place ce renoncement nécessaire à ce que Lacan, une fois au moins, à ma connaissance, nomme « la jouissance de la vie ». Freud, plus radical parle, lui, de pulsion de mort. Ce sera d’ailleurs un véritable scandale lorsqu’en 1920 il osa forger ce concept pour designer un au-delà au principe de plaisir. L’au-delà freudien n’est pas religieux, mais structural : il place à l’origine de la vie humaine cette increvable pulsion qu’il faut apprendre à considérer, non comme une pente vers la mort ou la destruction, - encore qu’elle puisse prendre ces formes extrêmes -, mais comme cette tension dans le corps qui cherche son évacuation, le plus vite possible, par le chemin le plus court possible. Processus que Freud, à la suite du philosophe Fechner nomme : homéostasie. Il y a une tension dans le corps qu’une décharge rapide, voire fulgurante, apaise. Tout le travail de la civilisation impose un détournement constant de cette énergie première. Voila le sens de ce NON à la jouissance. Du fait de cet appareillage au langage, on peut dire que pour ce qui est de jouir, c’est râpé !

Descendons d’un cran dans le cercle intermédiaire, le cercle du social. Les humains se sont organisés en clans, tribus, communautés, sociétés, nations… qui toutes déclinent ce NON premier sous forme de lois, coutumes, manières de vivre, manières de table, interdit alimentaires, mœurs, morale, normes… qui s’imposent à tout membre du dit groupement humain. Descendons encore d’un cran dans le cercle social. L’espèce dite humine se reproduit dans un espace particulier que l’on désigne comme : famille. Lieu de la reproduction biologique, mais surtout lieu de la reproduction symbolique, lieu de cette deuxième naissance qui fait advenir le petit d’homme dans cette seconde nature, la nature humaine, sur fond d’exil de la nature naturelle, si j’ose dire. La famille mise en tension autour de deux fonctions non symétriques, mère et père, se soutient dans les processus de transmission d’un interdit fondamental, qui est aussi la déclinaison de cette perte de jouissance : l’interdit de l’inceste. Il est d’abord à entendre comme portant sur le corps maternel. Cet interdit a pour conséquence de produire un corps mythique, LA Mère, qui s’il existait ferait revenir le petit d’homme dans la jouissance de la vie, c’est à dire l’animalité. Evidemment l’interdit de l’inceste, en exhaussant au firmament des idéaux le corps maternel interdit, la Mère universelle, fait du désir humain un désir fondamentalement incestueux. Le seul objet du désir, c’est ce corps mythique qui peuple le fantasme des paradis perdus et autres édens infantiles. Mais l’objet est vide car, ce corps … n’existe pas. Cet Autre tout puissant, absolu est vidé de toute substance. « Il faut, écrit Freud à Ferenczi, que nous apprenions à nous contenter d’ersatz, qui valent bien l’objet originel, qui de toute façon, n’a jamais existé ». Autrement dit c’est l’entrée dans le langage qui produit cet effet de nostalgie d’un avant la chute. L’autre effet de l’interdit de l’inceste, qui porte par extension sur le corps du père, ou les collatéraux, et qui se présente bien comme un NON a la jouissance, ouvre sur un OUI. Il y a plus de 6 milliards d’humains avec lesquels, fort de cet interdit, on peut tisser moult liens et liaisons. Autrement dit l’interdit de l’inceste se présente bien comme le moteur du désir à jamais… insatisfait. L’humain ne saurait être comblé. C’est bon pour les fossés ! Il nous reste alors tous les mots du monde pour célébrer cette perte. « Le symbole se manifeste d’abord come le meurtre de la Chose et cette mort constitue dans le sujet l’éternisation de son désir » soutient Lacan. 10

Et tout ça pour quoi ? Pour aboutir à une création unique au monde, une véritable invention du génie de l’univers, de Dieu ou de qui vous voulez : un sujet. Un sujet que dans son écriture Jacques Lacan désigne comme S barré, et même parfois bien mal barré ! , qui naît et renaît sans cesse de cette perte de jouissance imposée par la castration. La parole dans sa structure de lien social impose cette perte de jouissance. Et paradoxalement, c’est en s’y assujettissant, en renonçant à sa toute puissance, que le petit d’homme devient sujet. C’est en se faisant vassal de cette loi symbolique, comme des lois sociales, qu’un sujet peut se faire naître en tant que tel, parlant en son nom propre, à la première personne. Evidemment il s’agit d’un processus jamais achevé. Ce qui anime l’être humain d’une relance permanente. Cette relance se dit : désir, du latin, de-siderus : séparé de l’astre !

C’est bien cette passe par la blessure de la perte de jouissance que met en scène Eugène Delacroix. La où les impasses et les embrouilles de la jouissance excèdent le sujet, il lui faut passer à autre chose, passer outre et faire la passe, au sens, footballistique ou lacanien, de sortir d’un jeu égoïste pour se déplacer vers le collectif. On peut dans ce sens dire que le fondement du travail social consiste à prendre le relais de ces processus de renoncement à la jouissance, lorsque les modes de sa transmission sont défaillants, ou qu’un sujet y résiste. Voire que la façon de s’y soumettre vienne déranger le corps social, comme dans la psychose, qui se présente comme un mode de structuration psychique hors processus de castration, ce qui oblige les sujets dits « psychotiques » à faire preuve de beaucoup d’invention pour vivre parmi les autres. Mais ce n’est pas toujours accepté.

La difficulté réside dans le fait de se demander au nom de quoi imposer ce NON. Si l’histoire des civilisations s’est construite autour de totems, de valeurs, de principes, de dieux, d’un dieu etc au nom desquels les transmetteurs de la castration, gouvernants, parents, éducateurs, enseignants, soignants, juges, etc imposaient ce renoncement à la jouissance toute, on peut se demander aujourd’hui à quoi se raccrocher. Dieu est mort (Nietzsche, 1896). L’homme, au sens de l’humanisme classique, aussi (Foucault, 1960). Et moi-même, ajoute Woody Allen, je ne me sens pas très bien ! A qui se fier ? « A qui s’en prendre désormais, pour célébrer le mois de mai ? », écrit le poète nantais René-Guy Cadou. La clinique en effet ne saurait se passer de ces points d’arrimage au ciel des valeurs et des idées. De même que l’institution y trouve sa source vive pour organiser et soutenir l’espace de la rencontre inter-humaine qu’exige la clinique. Or le ciel est vide, mais cependant il est toujours au dessus de nos têtes. L’humain ne saurait se passer de transcendance au nom de laquelle imposer le renoncement à la jouissance.

Alors pourquoi est-ce si difficile aujourd’hui ? Dans la présentation de la journée on voyait poindre cette question « comment rendre les institutions respirables ?». C’est en creux constater qu’elles sont devenues irrespirables. Se souvenir ici de l’étymologie conjointe des mots « esprit » et « respiration ». Qu’est-ce qui nous pompe l’air ainsi dans ces institutions dites sociales ou médico-sociales ? Pourquoi l’esprit, le souffle vif qui jadis anima les pionniers du travail social est-il si court ? Serions-nous devenus asthmatiques ? Comment trouver un second souffle, reprendre souffle ? ça finit par faire symptôme ce manque d’esprit, cette maladie respiratoire qui fait perdre l’inspiration. Mais d’où vient ce souffle ? Quelle est sa nature ? « Veni creator spiritus », chantaient les moines de mon enfance, lorsque jeune novice je me levais avec mes compagnons vers 5h30 pour faire résonner le grégorien sous les voûtes de la chapelle : viens souffle créateur. Qu’en est-il aujourd’hui de ce souffle qui crée, où est le « ça crée » dans nos institutions? Ce souffle qui anime les ailes du désir et nous soutient dans l’espace de vacuité laissé par la perte de jouissance n’animerait plus nos projets, nos missions, nos agréments ?

D’où vient que le monde est devenu irrespirable, autrement dit immonde ? Si Lacan a osé énoncer que la psychanalyse était le poumon artificiel de la société industrielle, c’est qu’elle recèle en son sein ces forces d’étouffement. Or l’irrespirable, on le sait aujourd’hui, a un nom : le néolibéralisme, « machine à briser les collectifs », précise Pierre Bourdieu. Chacun pour soi, chacun pour sa pomme : c’est le tout à l’égo généralisé. Le culte du moi, une tentative folle d’effacer la division du sujet imposée par la parole et le langage. Les égos se tenant les coudes entre eux dans des pratiques communautaristes et donc ségrégatives. Qui se ressemble s’assemble, en refoulant aux frontières l’altérité, l’étrange et l’étrangeté. C’est la mort du petit cheval. Là où les grands d’hommesticateurs sont tombés et qu’on les a foulé aux pieds, là où nous pensions nous être enfin débarrassés de leurs avatars, notamment sous l’espèce du patriarcat, l’enchaînement se révèle encore plus féroce. Un nouveau dieu est né : le Divin Marché. 11 Le Divin Marché présente une perversion du principe fondamental exposé ci-dessus : l’obligation pour un sujet, pour vivre parmi les autres, de lâcher sur sa jouissance, de renoncer à la toute puissance. Erigé sur les constructions des Jeremy Bentham, Adam Smith, Mandeville au XVIII é en Angleterre, le libéralisme se présente d’emblée comme une tentative de contournement de la castration du sujet et de ses soubassements sociaux et politiques. Enoncer, comme le fait Mandeville que « les vices privés, produisent la vertu publique » 12 aboutit à ce dérèglement généralisé des espaces sociaux que nous connaissons et sans doute à des formes de désubjectivation, dont on commence tout juste à mesurer les ravages. Le Marché érigé en dogme ne devrait plus rencontrer aucun obstacle pour s’autoréguler, aucune morale. Aucune éthique ne devrait en entraver la marche triomphale. Rien ne devrait échapper à son mouvement brownien qui emporte tout sur son passage. Tout est permis. Il n’y a plus de limite, plus d’interdit qui tienne. Là où un Emmanuel Kant estimait que pour moraliser les échanges des biens, il fallait soustraire à la commercialisation ce qu’il nomme « la dignité humaine », s’ouvre un déchainement débridé et mondialisé de la politique des choses. 13 Il existait jadis à Carthage, dans l’actuelle Tunisie, un culte dédié au dieu Moloch. Représenté par une statue de fer chauffée à blanc, il disposait d’un bras articulé. On y déposait des nouveaux-nés qu’il engloutissait dans sa gueule de feu et les consumait. Voilà ce qu’il en est du nouveau dieu : nous lui sacrifions nos enfants, en les réduisant à de purs consommateurs. Là où il croit consommer l’homme moderne se … consume. On peut comprendre qu’un tel état de fait n’est pas sans conséquences sur l’espace éducatif au sens large.

L’irrespirable c’est l’intoxication progressive du corps humain par une consommation d’objets à outrance. Il n’y aurait plus de limite à imposer à ce déferlement d’objets de jouissance généralisé. Tout est marchandise et tout est spectacle, disaient les Situationnistes. On en a fait des gorges chaudes à l’époque pré-soixante-huitarde. 14 Et pourtant ouvrons les yeux. Les Debord, Vaneigem et consorts furent des visionnaires. La marchandisation généralisée et advenue et son bras armé est le spectacle, principalement diffusé par la médiation de masse de la télévision. Depuis longtemps les publicitaires ont repéré, grâce à Freud et à l’invention de la pulsion, que le corps de l’homme est une machine désirante 15 . 16 Il suffit donc de capter cette énergie, de la trafiquer, de la brancher sur des images fantasmatiques qui conduisent directement à l’achat compulsif d’objets. C’est que qu’un grand patron de la télé comme Patrick Lelay a bien compris, qui énonça que le but de la télé est « de rendre disponibles des tranches de cerveau pour la publicité ». Cette colonisation des zones érogènes, comme les désigne Freud, ces lieux du corps humain ouverts au lien social, conduit à une stase des désirs. Pulsion orale, construite autour d’un objet perdu (objet @, dit Lacan) : on ne parle plus, on ne mange plus, on bouffe, on se goinfre, voire on se bouffe. Pulsion anale : on ne met pas en circulation les échanges d’objets, on capitalise, on amasse. Pulsion scopique : satures par les images, on ne peut plus se voir ! Pulsion invocante : l’oreille branchée en permanence sur des ondes sonores (radio, télé, baladeurs, MP3 etc) n’est plus disponibles pour l’écoute d’autrui, on ne s’entend plus etc. Tout ceci sous l’emprise de la généralisation du chiffre. J’ai entendu un jour François Tosquelles se dresser énergiquement contre cette invasion du chiffrage tous azimuts. Nous étions dans une réunion de directeurs où chacun rendait (des) comptes de sa gestion, avec force diagrammes et statistiques sur la typologie des populations, la file courante des prises en charge etc. Je sentais que le père Tosq’, comme on l’appelait familièrement, commençait sérieusement à s’agacer. Il se lève et déclare : « oui, oui, ça commence toujours par des chiffres, puis ces chiffres on vous les marque sur le corps, et vous savez comment ça finit ? A l’abattoir » Silence de mort. La politique du chiffre qui envahît petit à petit notre espace fait que le fond de l’ère effraie!

Quelles conséquences dans le travail social ? Notons d’abord que le désengagement de l’Etat y prend une facture particulière. L’Etat ne gouverne plus, il fait de la gouvernance, ce qui revient à passer contrat avec les associations privées qui constituent le gros du travail social. Suite à appel d’offre sont engagées des prestations de service, généralement attribuées au mieux disant comptable et marchand. Du côté des usagers on assiste à une infantilisation du fait de les positionner en place de consommateurs, cela renforce les exigences de demandes sans fin, et une forme de « tout, tout de suite » sanctionnés par un indice de satisfaction. Satisfaits ou remboursés !

Chez les professionnels, le découpage en actes, les évaluations quantitatives et autres démarches qualités font perdre le sens de la clinique qui est au cœur de ces pratiques.

Au niveau institutionnel, la prise progressive des institutions sociales et médico-sociales par la logique du marché, les laisse poreuses à la marchandisation de l’action sociale. Le rachat récente par des fonds de pension de cliniques psychiatriques (Montpellier, entre autres) ou même de services d’accompagnement éducatifs (Arras) laissent présager la structure prochaine de ce nouveau marché.

Alors comme disait Lénine : que faire ? Comment résister ? Comment rendre dans un tel contexte, les institutions respirables ? Tout d’abord il s’agirait d’analyser la nature de l’irrespirable, l’air ambiant. Pas de clinique sans une prise en compte de l’analyse politique. Peut-être pourrions-nous, là où les Etats pensent « plan de relance des investissements et de la consommation », à partir de l’exigence clinique où l’humain est pris en compte non dans ses besoins, mais dans ses projets et ses désir, impulser un véritable plan de relance du désir, soit la relance des investissement de la libido. 17 En effet dans la crise que vivent les sociétés postmodernes ce sont toutes les grandes économies qui sont touchées, économies que l’on rabaisse, dans ce règne du chiffre, à l’économie financière. Economie, nous vient de deux termes grecs : oikos et nomos , soit : les lois de la maison. L’économie concerne donc, dans tous les domaines, les lois de la maison des hommes, pour que le vivre ensemble soit réalisable, pour qu’on y puisse respirer. De fait la crise touche tout aussi bien : l’économie politique, sémiologique, symbolique, artistique, et enfin, comme Freud nous l’enseigna, l’économie psychique. Donc analyse lucide de la situation que ce soit au niveau macro ou micro politique. Les deux étant étroitement intriqués.

Ensuite il s’agirait d’engager sérieusement les traitements des pollutions qui nous empoisonnent la clinique et rendent nos institutions irrespirables. Si l’homme est un loup pour l’homme, comme l’énonce Freud dans Malaise dans la culture 18 , à la suite de Hobbes 19 , il s’agit de ne pas se raconter d’histoires idéales ou angéliques, mais ce loup, de lui limer les dents. La pulsion de mort, Thanatos, nous avertit Freud, la jouissance, précise Lacan, est première, et les sociétés humaines n’en auront jamais fini de l’hominiser et de l’humaniser en prenant appui sur les forces de cohésion d’Eros. Il s’agit donc de remettre aux commandes ce qui fonde le noyau dur de l’anthropologie humaine : le NON radical imposé à la jouissance et ses modes de transmission. Dans ce domaine les éducateurs sont logés aux avant-postes de ce combat sans fin. Le traitement de la jouissance qui impose à chacun de sacrifier sa pulsion (Freud) 20 est le fer de lance de la civilisation. Là où les sirènes du marché nous lancent à la figure « jouis » tout au plus pourrions-nous entendre : « j’ouis », j’entends, mais je me refuse à cette aliénation. Mais Ulysse pour entendre le chant des sirènes sans y céder dut être solidement attaché au mât de son bateau ! Concrètement pour traiter ces débordements de jouissance permanents, il s’agirait de les accueillir dans autant d’espaces politiques, institutionnels et cliniques. Accueillir le citoyen, la personne et le sujet dans les trois cercles. Accueillir dans la parole ce qu’un sujet fabrique dans et de sa vie, s’en faire le témoin, voire le scribe, comme Lacan invite les cliniciens à se faire « le secrétaire de l’aliéné », mais aussi ouvrir des lieux de transformation de la pulsion de mort, de métabolisation, de métaphorisation où dans une activité partagée, des éducateurs accompagnent ces réductions de jouissance. Voilà ce qui fonde le plan de relance comme relance du désir.
Si Lacan a pu dire, comme je l’ai déjà signalé, que la psychanalyse est le poumon artificiel d’une société rendue irrespirable par le déferlement du discours scientiste et de ses retombées technologiques, nous pouvons trouver, dans cette pratique et cette référence, qui met au cœur de son dispositif l’énigme du sujet humain, matière à reprendre souffle pour soutenir une clinique de l’humaine condition. August Aïchhorn en son temps fit la preuve et l’épreuve de l’efficacité de ce positionnement. 21

Les éducateurs ont donc tout intérêt à faire retour à des positions cliniques, mais pas n’importe laquelle, une clinique telle que Freud l’inventa le 12 mai 1889, le jour où Emmy Von Neustadt, qu’il bassinait en lui demandant de s’expliquer, lui intima l’ordre de se taire et de l’écouter. 22 « Elle me dit alors, d’un ton très bourru, qu’il ne faut pas lui demander toujours d’où provient ceci ou cela, mais la laisser raconter ce qu’elle a à dire. J’y consens et elle poursuit sans préambule… » Le génie clinique de Freud et sa grande invention tient dans ce « j’y consens ». Ce passage d’une clinique du regard où les symptômes font signe d’une pathologie, à une clinique de la parole qui représente un sujet, inaugura un renversement historique indépassable. Cette position bien évidemment se déploie à contre-courant de discours et pratiques qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé de l’action sociale : cognitivisme, comportementalisme, béhaviorisme, PNL, méthode Teach, etc qui réduisent les sujet à des usagers dysfonctionnant qu’il s’agit de ramener à l’ordre. « Normopathie » disait Tosquelles. « Le retour à la norme me paraît plus inquiétant que la folie », nous avertit le cinéaste Claude Chabrol. Il s’agit, loin d’un idéal hygiéniste féroce, de prendre au sérieux la marque de l’impossible que Freud ne manque pas d’apposer en 1925 sur ces métiers de la relation humaine que sont gouverner, éduquer et soigner 23 . C’est une expression qu’il reprend en 1937 dans « Analyse finie, analyse infinie » pour préciser que dans ces métiers l’impossible tient au fait qu’ « on peut d’emblée être sûr d’un succès insuffisant. » 24 Ce qui devrait sérieusement calmer les prétentions thérapeutiques, pédagogiques et éducatives des uns et des autres. La difficulté pour transmettre cet impossible – le réel, c’est l’impossible, énonce Lacan - qui est la reprise de l’incomplétude structurale de l’humain, c’est qu’aujourd’hui les éducateurs de tous genres (parents, enseignants ou spécialisés) ne savent plus au nom de quoi imposer le renoncement à la jouissance. Ils ne savent plus au quel saint se vouer. A quel Esprit Saint, pour respirer et trouver l’inspiration. Ils ne savent plus chanter et enchanter le monde à la manière des moines grégoriens scandant sous les voûtes de mon enfance le « Veni creator spiritus » (viens souffle/esprit créateur ). Alors comment relancer la chanson ? « On a cassé ma chanson », chantait Buffy Sainte Marie….

Les éducateurs ne peuvent plus s’appuyer sur les principes anciens (Dieu, l’Homme…) qui se sont dérobés. On ne saurait revenir en arrière dans une tentative désespérée et nostalgique. L’avenir est un gouffre qui s’ouvre sous nos pieds. Peut-être est-ce un risque majeur pour la survie de l’humanité, les soubresauts écologiques nous en renvoient les premiers avertissements, de ce qu’il en coûte de considérer l’homme et le monde comme sans limite ; mais peut-être s’agit-il aussi d’une chance qui se présente pour la première fois dans l’histoire de l’humanité : celle de s’inventer des divinités, des valeurs, des principes un peu plus supportables, un peu plus démocratiques, un peu plus ouverts. De plus cela remet dans les mains de chacun la transmission de ces principes. Si la structure de l’humain est conditionnée du fait de son appareillage au langage, par un « pas tout » radical, comment chacun peut-il en prendre sur lui la responsabilité ? Là nous sommes au cœur de la dimension clinique où d’un humain à un humain passe ce qui fait le ground zéro de la terre des hommes.

Un film des frères Dardenne met magnifiquement en scène cette transmission d’humain à humain. Dans Le fils , on voit un jeune meurtrier confié par un juge, pour un apprentissage en menuiserie, au père du camarade qu’il a tué. On imagine la montée de la tension entre ces deux-là tout au long du film. A telle enseigne qu’à la suite d’une altercation, l’adulte menuisier, saute à la gorge du jeune homme. Il est à deux doigts de l’étrangler. Et là, - jeu extraordinaire de l’acteur - on voit dans ses yeux qu’il renonce au meurtre et à la vengeance et que c’est ce renoncement qui fait transmission. Voilà où la clinique exige aujourd’hui de ceux qui s’y collent, une transmission en acte et non dans le baratin. Encore faut-il que les professionnels de la chose disposent eux-mêmes d’espaces où ils puissent élaborer ce positionnement. Les Lieux d’adresse et d’accueil pour les bricolages des usagers ne tiennent que d’être doublés d’espace d’élaboration pour les professionnels : supervision, analyse des pratiques, réunions d’équipe diverses et variées. Autant de lieux de déplacement du transfert, autant de lieux métaphoriques. Lors d’un voyage en Grèce j’ai été étonné de voir affiché sur nombre de camions : « métaphoros ». Renseignements pris il s’agissait de camions de … déménagement. Seul ce travail de déplacement incessant, qui fait, comme on dit, que ça déménage, dans ces matières vivantes que sont la parole et l’écriture, produisent l’ouvert de la clinique. Là où il s’agit d’attendre l’inattendu, d’espérer l’inespéré, de savoir ne pas savoir. Autant de paradoxes qui disent l’ouverture à la surprise.

Autrement dit la clinique prend son effet de dispositifs institutionnels qui eux-mêmes ne tiennent que de superstructures politiques. Politique au sens où les anciens grecs - encore eux !- nous l’enseignèrent concernant la « polis », à savoir que ce qui se passe dans la cité concerne chaque citoyen.

On voit depuis quelque temps un sursaut dans ce sens. De « Sauvons la clinique » initié par le psychanalyste et enseignant en psychopathologie Roland Gori, jusqu’à l’Appel des appels réunissant en un front commun les professionnels du soin, de l’éducation, de l’enseignement, en passant par cette magnifique levée de bouclier de « pas de zéro de conduite pour les enfants de moins de trois ans », tous ces mouvements de résistance 25 26 qui portent en fer de lance la dimension clinique des métiers de l’impossible, témoignent de ce que , comme le dit Pierre Legendre : « La Fabrique de l’homme n’est pas une usine à reproduire des souches génétiques. On ne verra jamais gouverner une société sans les chants et la musique, sans les chorégraphies et les rites, sans les grands monuments religieux ou poétiques de la Solitude humaine. » 27

Qu’est-ce que la clinique en fin de compte si ce n’est la transmission de l’humain par un humain à un autre humain ?

Joseph ROUZEL

1 Texte qui m’a servi d’appui pour une intervention lors de la journée « La clinique, l’avenir des institutions », organisée à Pau par l’ITS, l’Association Agregats, le CREAHI d’Aquitaine et la Maison d’Enfants Saint Vincent de Paul de Biarritz, le 6 mars 2009.

2 Joseph Rouzel, « L’éducateur : du bricoleur au passeur » in Jean Brichaux, L’éducateur d’une métaphore à l’autre, érès, 2004.

3 Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale , Payot, 1995.

4 Marcel Détienne et Jean-Pierre Vernant, Les ruses de l’intelligence. La métis des grecs , Flammarion, 2009.

5 Sun Tsu, L’art de la guerre , Flammarion, 1999.

6 Voir Francois Jullien, Traité de l’efficacité , Grasset, 1997.

7 On en trouve une très belle version de cet épisode dans le Guerre et paix de Tolstoï.

8 Je pense au magnifique roman de Vercors, Les animaux dénaturés .

10 Jacques Lacan, Ecrits , p. 319, Le Seuil, 1966.

11 Voir Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché, Denoël, 2008.

12 Voir Dany-Robert Dufour, « Psychanalyse et libéralisme », 2ème congrès Travail social et Psychanalyse , sous la direction de Joseph Rouzel, Editions du Champ Social, 2008.

13 Milner, La politique des choses , Navarin, 2008.

14 Guy Debord, La société du spectacle , Gallimard, 1996.

15 Gilles Deleuze et Félix Guatarri, Capitalisme et schizophrénie. L’anti-Oedipe , Minuit, 1972.

16 Bernard Stiegler, Télécratie contre démocratie , Flammarion, 2007.

17 Voir Bernard Stiegler, Pour une nouvelle critique de l’économie politique , Galilée, 2009.

18 Freud, Malaise dans la civilisation , PUF, 1986.

19 Thomas Hobbes, Leviathan , Gallimard, 2000.

20 Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse , première conférence, PB Payot, 1983.

21 August Aïchhorn, Jeunes en souffrance , Champ Social, 2002.

22 Sigmund Freud et Joseph Breuer, Etudes sur l’hystérie , PUF, 1981.

23 Sigmund Freud, Préface à August Aïchhorn, Jeunes en souffrance , Champ Social, 2002.

24 Sigmund Freud, « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin », in Résultats, idées, problèmes , PUF, 1985.

25 A paraître en juillet 2009, aux éditions Dunod, un ouvrage que j’ai écrit en collaboration avec ma sœur, Fanny Rouzel, AMP qui travaille auprès de personnes en fin de vie, sous le titre : Le travail social est un acte de résistance .

26 Un certain nombre d’ouvrages accompagnent ce mouvement de retour à la clinique et fournissent les appuis conceptuels qui en assurent la pensée et la pérennité. Je citerai entre autres : Jean-Pierre Lebrun, Clinique de l'institution : Ce que peut la psychanalyse pour la vie collective, ères, 2008 ; Alfredo Zenoni, L’autre pratique clinique. Psychanalyse et institution thérapeutique , ères, 2009.

27 Pierre Legendre, La fabrique de l’homme occidental , Mille et une nuits, 2000. Il s’agit du commentaire dit par Pierre Legendre lui-même dans un film de Gérald Caillat portant le même titre, produit par Arte et diffusé le 15 novembre 1996.

Commentaires

tu es un esti côn tabarnak mondi tiol

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de la clinique avant ...

de la clinique après toute chose serait une meilleure maxime mais moins propre à faire marcher le commerce et à satisfaire les éduc spé soucieux de confondre "action" éducative et soin psy.

De la clinique avant toute chose

Merci pour ce bel hommage à la clinique, J.Rouzel, et merci surtout de nous inviter, inciter, à en produire acte dans notre quotidien de professionnels.

 

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