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La Valeur de ce qui se joue dans l’entre deux, comme ressource structurante de l’accompagnement éducatif et thérapeutique

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Jean-Pierre Le Duff

jeudi 05 novembre 2015

 La Valeur de ce qui se joue dans l’entre deux ,   comme

 ressource structurante de l’accompagnement

 éducatif et thérapeutique

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Jean Pierre Le Duff : thérapeute de couple et de famille, psychologue clinicien au service d’AEMO de la Sauvegarde 56, Vannes.

Si j’hésite si souvent entre le Moi et le Je

 Si je balance entre l’émoi et le jeu

 C’est que mon propre équilibre mental en est l’enjeu

 Serge Gainsbourg

Résumé: L’écart, en mettant en tension les personnes qu’il sépare va rompre « l’entre-soi » et activer de « l’entre-deux ». Ce concept « d’Entre » va produire de l’altérité, c'est-à-dire la différenciation qui va les distinguer pour, en conséquence, leur permettre de mieux repérer ce qu’ils partagent en commun. Et pour deux parents, leur inter-relation (voire leur intime) se reflètera en grande partie au travers de la façon d’être et du mode de présence qu’adoptera leur propre enfant qui s’en fait bien souvent le réceptacle.

Cet enfant, par l’intermédiaire de son symptôme ou/et de son cheminement personnel, peut inviter ses parents à redéfinir leur relation parentale. A l’opposé un couple parental qui se structure peut apporter une aide conséquente à son enfant. Cette compétence réflexive  de deux champs d’intervention, celui du particulier, de l’enfant d’une part et celui du groupe d’appartenance, du couple parental d’autre part, révèle une énergie susceptible de jaillir de « l’entre deux relationnel ». Cette dynamique potentielle en appelle et sollicite un tiers social ou thérapeutique susceptible de regarder au bon niveau pour activer un processus, une dynamique structurante où « l’entre deux » devient la clef de voûte de la construction identitaire.

Abstract: The gap, that creates tension between the people it separates, will break the “ two persons make one   and activate the “ in-between ”.

This “between” concept will produce otherness, that is to say differentiation that will make them different and will consequently enable them to spot what they have in common. For the two parents, their inter-relationship (even their intimate relationship) will be mirrored by the way their own child will behave.

The child, through his symptom or his personnal progress can bring his parents to redefine their parental relationship. Conversely, a parental couple that structures itself can really help their child. This reflexive ability, the child's on the one hand and the parental couple's on the other hand reveals an energy likely to spring in the “ relational between ”.

This potential dynamic needs the help of a social or therapeutic third party to provide a structuring dynamic where the “ in-between ” becomes the keystone of identity building.

Préambule et postulat en prologue.

1-Premier outil : objet dans l’entre deux : le village imaginaire

2-Quand l’enfant invite ses parents à se mettre en mouvement : deux vignettes cliniques.

3-Deuxième outil dans l’entre deux: le travail parental, de médiation et de structuration.

4-Quand les parents invitent leur enfant à se repositionner : une vignette clinique.

5-Compétence réflexive ; Dans cet « entre deux » s’écrit l’articulation des deux champs d’application que sont le champ du particulier et le champ du groupe d’appartenance.

Conclusion (épilogue)

Lors d’une journée de travail à Nantes avec Guy Ausloos, le 20 juin 2014 dans le cadre de

FORSYFA (formation-système-famille), une psychothérapeute et sa patiente nous présentent leur cheminement pendant plusieurs mois avec le support relationnel du génogramme. Un travail bien élaboré, à l’image de la présentation qui nous en est faites. Pour ma part, attentif à cette présentation, je me suis laissé séduire par « l’entre deux personnes »; cet espace qui s’élaborait, qui prenait vie entre d’une part la psychothérapeute et la patiente d’autre part. Un espace de vie, respectueux des perceptions de chacune, d’où progressivement, émerge une dynamique. A l’instar d’une horloge qui se met en marche une temporalité intrinsèque s’inscrit au cœur de cette relation, les éléments se mettent en mouvement vers une créativité relationnelle. Je me love dans cet espace et me laisse emporter par mes rêveries que je réduirai ici à la description d’ondulations de vagues d’une petite mer qui me berce…Et je m’assoupis.

Je ne m’endors pas. Bien au contraire, en convoquant François Roustang, (26) je dirai que je me sens bien présent à ce qui se passe, avec une nette acuité. Toute ma sensorialité est en éveil. Dans un état que je qualifierai d’hypnotique, je laisse de côté le cérébral, lâchant complètement prise, je vibre avec eux, m’imprégnant de toute cette émergence de compétences, de qualité et de créativité.

Il y a là le génogramme que j’apprécie en tant qu’ « objet flottant »(24). Objet qui s’inscrit dans cet « espace transitionnel » entre ces deux personnes si respectueuses l’une de l’autre. Espace « trans-individuel » pour reprendre l’expression d’Emile Durkheim, espace de « la transe » d’où émergent une dynamique de vie, de l’incertain et des possibles qui s’offrent à nous.

De cette traversée avec ces deux personnes ce jour là, je peux introduire le postulat que c’est de cet entre deux , de cet espace trans-individuel que naît la thérapie, qu’émerge la dimension clinique voire thérapeutique de l’acte éducatif. Ces séances montrent bien que ce n’est ni la présence de la psychothérapeute ni celle de la patiente qui fait la psychothérapie mais c’est toute cette vitalité, cette temporalité et cette créativité qui sourd, jailli de cet espace entre eux deux. C’est cette qualité émergente qui peu à peu les met en mouvement pour faire identité (d’appartenance). « La guérison commence et s’achève dans une mobilité réciproque, dont l’autre nom est l’énergie qui circule. Le Qi   (tchi)  est le mouvement qui habite l’espace mutuel »(25)

L’objet s’immisce dans cet entre deux relationnel. S’il se présente d’abord comme prétexte à la rencontre : « c’est avec vous, rien qu’avec vous que je veux faire mon génogramme » il devient un support, un objet en mouvement, pris par le va et vient des idées, des envies qui s’animent et prennent vie. Objet transitionnel (29) qui garantit une distanciation dans cette proximité relationnelle, qui apporte du soutien mutuel, de la chaleur et un attachement fait de bienveillance au creux de cette différence. Une dissonance qui fait énigme pour chacune ! Elles s’étonnent l’une l’autre et de cet étonnement réciproque, partagé naît une énergie que je qualifierai de vitale. Quel bien être de sentir que la faille de l’entre deux fasse paradoxalement autant lien! Si comme le mentionne Milton Erickson «la naissance est la crise inaugurale de l’existence», chaque séparation bien définie, en nous préservant à la fois d’une rupture comme d’une fusion, consolide le lien qui favorise une complète « processivité »(26). Les frontières, à l’opposé des murs, ne distinguent les espaces que pour mieux les relier.

Cette ouverture qui prend appui sur de l’éprouvé plus que de l’intellectualisation me permet d’emblée de confirmer mon sujet, mon postulat qui laisse entendre, comme introduit plus haut, que c’est de cette fissure, de cet espace entre deux personnes, entre deux champs d’application qu’émergent tous les ingrédients du cheminement, de l’accompagnement éducatif et thérapeutique.

Cet espace peut être fait de paroles mais aussi de production d’un « faber », de construction. Il est possible, à l’instar d’un « génogramme », d’un « jeu de l’oie » ou de tout « objet flottant », de tout objet inventé en cours de séance, de fabriquer, de jouer et de créer.

1 Premier outil  : Objet dans l’entre deux : le village imaginaire

Dans un premier temps, mon propos prendra appui sur le Jeu  avec le support qu’est l’illustration de processus d’accompagnement engagé avec le V.I.M. (village   imaginaire  de Roger Mucchieli (19). En préambule, le patient, le bénéficiaire de la mesure éducative (enfant ou adulte) se présente à partir de la consigne comme étant l’architecte d’un village qu’il va construire avec l’idée d’y vivre relativement bien. Un village qui se fait réceptacle de ses perceptions, des images qu’il se fait de sa vie en l’invitant à les mettre en mouvement. La temporalité et l’agir sont de mise. Si le jeu se fait réceptacle, rapidement il se fait également reflet de ses images intégrées qui progressivement, dans cet espace de l’entre deux, fait en sorte que patient et intervenant s’animent. Les maisons se construisent, les rues également, les arbres poussent, l’eau coule, des personnages s’assoient dans un parc arboré, d’autres se déplacent à l’instar de quelques voitures qui s’engagent dans les rues dessinées, vers leur destinée… Il y a du minéral, du végétal, de l’animal et de l’humain ; un véritable Bestiaire s’y inscrit. Les horloges se mettent en marche et l’éventuel temps suspendu sous le poids de telle ou telle blessure, de tel éventuel traumatisme se lève et s’ouvre à l’incertain et par conséquence aux possibles. Dans cet espace de rêverie qu’offre le jeu, le poids du réel s’atténue et les images se laissent traverser par le sensible, par la sensorialité ; un enfant reprend la main en se nourrissant de sa liberté de construire. Rappelons, au passage, qu’avant le langage, le bébé utilise principalement le mouvement (sa motricité) et les sens (sa sensorialité) pour jouer.

Tous les sens se mettent en émoi et les « espaces clairs » figés par une prégnance de sens signifiants s’ouvrent sans anxiété vers des « espaces plus ombragés, plus sombres » d’où émerge des impondérables, de l’ouverture dépourvue de prédiction.

Une sensorialité intense s’y déploie laissant place à de « la transe » susceptible d’émerger de cet entre deux empreint de cet atmosphère ludique et onirique. A deux, on s’y embarque dans ce monde des possibles et du vivant jusque là dissimulé qui s’exhume et se révèle enfin.

Nous ne soupçonnons pas tout le potentiel qui est en nous. Or dans cet espace du jeu, lorsque nous nous déplaçons avec notre sac à dos pour tout bagage sur la route d’univers insoupçonnés qui savent nous accueillir, nous nous découvrons, nous détachant du poids et des encombrants éventuels. S’offrent à nous des ouvertures, des incertitudes qui pouvaient nous faire si peur avant, nous inhiber ; avant de passer sous les fourches caudines et de franchir les portes de territoires susceptibles de nous y inviter et de nous faire découvrir qu’il y a d’autres appartenances disponibles pour nous accueillir. Régis Debray nous rappellerait que l’intérieur a besoin d’extérieur pour se définir. Les « routards » en savent quelque chose de ces espaces, de ces gens rencontrés par inadvertance, emprunts de tant de dignité. Cette dignité qui se transmet, bien sûr idéalement dans nos familles respectives mais aussi dans des espaces indéfinis. Etre, se sentir digne de vivre n’est-elle pas là notre quête primordiale ?

Effectuer certains deuils, avoir l’audace d’affronter certaines pertes et certains manques pour oser choisir ; pouvoir s’octroyer un certain droit à l’infidélité (21) à toute programmation dont on se sentirait l’objet pour s’en affranchir et accéder à ses propres désirs et au bout du compte faire ses choix de vie, ceux justement que nous apporte notre si fragile sentiment d’existence tel que le mentionne Robert Neuburger (20).

Le support du V.I.M.  dans mon propos est à considérer comme « un objet flottant »(24), soit un outil, une technique agissant sur la notion de temps et d’espace intermédiaire qu’est « ce champ d’expérimentation et de découverte » pour les deux personnes en présence. Chacun y apporte son espace de vie respectif. D’où les deux espaces spécifiques qui vont donc entrer dans une relation d’échange par « une mise en contact sans que l’un se fonde dans l’autre ». Un espace vierge qui va s’habiter à deux interlocuteurs « qui ne perdent pas conscience de leurs similitudes et de leur altérité ». Un espace certes métaphorique mais qui n’en est pas moins observable par l’un comme par l’autre qui inter agissent sur la construction . Construction d’un village imaginé à partir d’une consigne et de règles définies par l’intervenant et acceptées et appropriées par le constructeur. C’est à un jeu que chacun des deux est convié, jeu qui les oblige sans cesse à retrouver leur place depuis le champ de cette « activité plongée dans un flot continu d’expériences imprévisibles » et d’instants indéfinis. (29)

Une aire de jeu qui devient « l’épicentre » de l’intervention clinique et thérapeutique où « la gestuelle et l’action sont les vecteurs essentiels de communication ». La rhétorique et la quête de sens y tiennent une place moindre. Par contre l’imaginaire et les résonances émotionnelles inhérentes au jeu, à sa gestuelle, à l’instar d’une transe hypnotique favorisent le lâcher prise et de l’ouverture. Cet espace entre les deux n’appartient à aucun des deux mais, à leur rencontre sur fond d’implication personnelle et d’images spéculaires, en miroir des deux protagonistes. Et même si la quête de sens n’est pas la visée fondamentale, au bout du compte, de ce filtre que sont l’objet, les jouets et l’ensemble de l’activité ludique embarqués par la dynamique du processus engagé, émerge du sens pour chacun et pour eux deux.

 Un jeu qui se veut « Imaginaire »  car l’identité, le Moi est de l’ordre de l’imaginaire, à savoir de la perception, de l’image que l’on se fait de soi, du personnage dans lequel on se drape, à partir de la structure et de l’enveloppe qui nous portent comme sujet. Une image qui est toujours en mouvement. (16)

 Effet de miroir mentionné plus haut, car dans cet espace on voit un embranchement apparaître, entre deux mondes, deux cultures qui se rencontrent(14). Nous passons du simple au composé et la nouvelle composition qui jaillit vers du nouveau favorise et encourage une « poussée » vers un processus naturel, vital.

 Et l’intérêt de l’objet flottant nous renvoie nous dit François Jullien (7)  à notre capacité à ne s’immobiliser, à nous figer dans aucune position en même temps qu’à ne tendre vers aucune direction. Il nous invite « à la fois à nous maintenir en mouvement continu, entraîné par l’alternance respiratoire du flux et du reflux, et à ne pas y subir de dépense ou y risquer de résistance ». Flotter « s’oppose à la dramatique de la traversée à tout prix aussi bien qu’à la torpeur de la fixité ». Flotter n’est ni lutte intérieure pour avancer vers une visée qui se voudrait absolue, ni non plus se figer de manière morbide, mais «se laisser mouvoir et renouveler au gré de l’incitation du monde ». Fluidité d’autant plus sereine qu’elle s’abreuve d’un mouvement au cours naturel, dépourvu d’accroche de manière déterminée vers un but susceptible de créé de la tension. Dès lors une détente donne de l’éclat à la vie et la renouvelle en fonction de notre adaptation, de notre compétence à nous ouvrir aux flux qui se présentent à nous.

Par ailleurs, ce flottement laisse toute sa place au pouvoir de l’imagination  dans l’acte de jouer. Comme le formule François Roustang (25) « l’imagination aurait le pouvoir de transformer notre histoire à condition d’abord d’être à notre place dans notre monde et ensuite surtout de décider d’y être ». Laisser libre cours à notre rêverie nous permet en négligeant, sans les mettre en question, nos repères coutumiers en se « laissant couler dans la complexité du monde » et non seulement nous libérer de toutes les contradictions qui nous assaillent mais de s’en servir comme atout en les transcendant. Dans cet entre deux de la relation le thérapeute « est réduit à laisser faire le patient », à laisser le joueur construire au sein de son propre monde. Comme lors d’une séance d’hypnose, l’intervenant n’intervient justement pas et « laisse à l’hypnotisé la possibilité de trouver sa place et de laisser son imagination la rejoindre et la refondre ». Il suffit de susciter le pouvoir de l’imagination de celui qui joue et l’imagination des évènements souhaités peut ouvrir la voie à leur réalisation. Jouer leur réalisation en les mettant en scène dans l’actualité devient « un moteur de développement ». « Elle rend possible la refonte de notre histoire ». A l’inverse des rêveries chimériques et vaines, le jeu, analogue à un état hypnotique, oriente le joueur vers une rêverie concernant ce qu’il fait dans la réalité du moment. Il construit un monde, un village qu’il va habiter confortablement comme l’y invite la consigne de l’initiateur (l’intervenant). Il agit et dans l’intervalle de la relation chacun participe à ce qui s’élabore. « Le thérapeute ne peut pas être un enseignant et pas davantage un observateur ». Chacun entre en rapport avec l’autre qui s’initie et « l’initiation n’introduit à rien d’autre qu’à la participation, c'est-à-dire au partage et à la prise en part. » Le rôle de l’intervenant comme initiateur s’efface dès la mise en jeu. S’il offre ses propositions « c’est toujours sur le fond de sa propre disponibilité ou de sa propre impuissance à inventer les voies qui conviennent. » Il doit humblement, dans la participation, se laisser guider pas à pas au fil de la construction de celui qui agit, construit son village imaginaire.

Village qui surgit de cet espace « entre deux », tel le descendant culturel de l’objet transitionnel qui nous invite toute notre vie à nous abreuver de tout phénomène transitionnel susceptible de s’offrir à nos expériences fonctionnelles, à nos expérimentations structurantes lorsqu’on se les approprie. Relation interpersonnelle à laquelle chacun prend part pour favoriser comme le mentionne Winnicott (29) «  l’aire intermédiaire d’expérience (de processus et de mouvement) à laquelle contribuent simultanément la réalité intérieure et la vie extérieure ». Cette aire qui maintient à la fois séparées et reliées l’une à l’autre, ces deux réalités que sont la réalité intérieure et la réalité extérieure. Pour en arriver là, la confiance instaurée entre les deux personnes en présence dans un tel processus de jeu, confiance qui les distingue dans cet intervalle relationnel peut aboutir sinon à son propre étiolement, à sa disparition, du moins à être transcendée dans un absolu commun qui réunit. Ainsi, à partir de là, chacun peut rêver sa vie jusqu’à l’incorporer, jusqu’à se l’approprier de manière particulière et relative et ainsi de manière structurante. Une oscillation qui va produire un enchevêtrement de point de vue d’où va émerger pour chacun des choix singuliers.

Les phénomènes transitionnels perçus, traversés par deux personnes en commun deviennent de plus en plus diffus au point où chacun se les approprient dans l’espace culturel qu’ils ont élaboré ensemble. Nous savons que les « doudous » se transposent en « dadas » au fil du temps et tout cela contribue à nourrir sa vie, à la sublimer. Et comme le dit J.C. Guillebaud « on a appris à réévaluer le rôle joué par les émotions dans l’acuité de l’intelligence » (4). N’oublions pas qu’avant de parler, le bébé utilise principalement sa motricité et sa sensorialité pour jouer.

2-Quand l’enfant invite ses parents à se mettre en mouvement : deux vignettes cliniques : Laura et Adrien

Des enfants en souffrance arborent un symptôme qu’ils montrent ostensiblement dans leur environnement. En référence à la bivalence du symptôme (13) nous dirons qu’il a certes une fonction intra psychique pour soulager d’une certaine angoisse et aussi une fonction relationnelle lorsqu’il en appelle à l’altérité. En le connotant positivement, nous dirons que grâce à sa compétence à montrer un symptôme au nom des siens, l’enfant, souvent réceptacle et reflet de la problématique de ses parents, se faisant l’écho de leur inter relation, les invite à cheminer afin de redéfinir la manière dont ils structurent leur parentalité.

Afin d’illustrer notre propos nous allons présenter deux vignettes cliniques concernant deux jeunes accompagnés individuellement avec le support du village imaginaire ; celui de Laura et celui d’Adrien.

Les trois villages imaginaires de Laura  (15 ans) sont inscrits dans une temporalité différente. Dans le premier elle a 10 ans et se situe dans un passé récent. Le second est d’actualité ; tandis que le troisième, en conformité avec la particularité de la consigne se situe dans l’avenir soit vers 26 ans.

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A la suite d’une implantation centrale, chaque village présente trois espaces clairement déterminés. Les deux premiers mettent en exergue un espace/temps intermédiaire, situé dans la zone située entre  deux espaces fondamentaux. Ces espaces transitionnels, le pont et le cheval anthropomorphique..., la forêt du premier village, le bus vert qui relie l’école et le village du second, viennent imprimer à cet espace de liberté le sentiment de se sentir « libérée », où elle peut lâcher ses émotions sans retenue : « rire, crier, pleurer, partager sans avoir à faire un choix ». Dans cet entre deux, elle ne se sent pas contrainte de choisir, elle peut laisser libre cours à sa spontanéité. Le chemin transversal relie ces deux espaces très différents, voire présentés comme étant opposés. Le bus vert est également l’intermédiaire entre deux espaces empreints d’humeurs différentes. Cela relie deux endroits, cela relie et articule deux espaces qui peuvent apparaître incompatibles, l’un amplement connoté paternel et l’autre plus maternel ; l’un plus ordonné, plus rigoureux et l’autre plus « bazar » à l’image de ses crises « quand elle parle mal et répond mal ». Ce chemin et ce bus, ont en commun l’avantage de lui offrir un lieu de récupération, de bien être et de soulagement.

« L’entre deux espaces » a une double fonction, à savoir d’une part relier les inconciliables apparents, voire les articuler, d’autre part libérer les émotions, étant dédouané de choix impossible à faire.

Le troisième village imaginaire situé dans un avenir, a pour caractéristique principale et centrale cette diagonale qui non seulement ne relie plus les deux parties importantes mais au contraire les sépare. Séparation représentée par l’oblique rehaussée de murets  et qui invite à créer un troisième espace à investir ; un espace particulier qui protégé par des barrières a le mérite de s’inspirer, de s’imprégner des deux autres qui sont totalement opposés. Elle l’appellera « le quartier normal ou moyen ». Il s’agit de ne plus s’évertuer à réconcilier des inconciliables mais de s’approprier une part de chacun d’eux pour s’en nourrir normalement.

Le récit élaboré avec le support de chaque village vient aussi illustrer cet entre deux à l’instar de ce que tout enfant peut faire quand il introjecte ses doubles références identitaires que sont ses deux figures parentales. Ils sont le réceptacle des deux récits parentaux, aussi authentique l’un que l’autre malgré leur non congruence.

Dans cet espace inter relationnel, Laura, fille d’une fratrie de quatre enfants (un frère et deux sœurs), à juste titre, est soucieuse de l’intérêt qu’on lui porte. Elle adopte sa stratégie pour dériver sur elle l’attention de ses parents, afin qu’ils lui montrent et lui démontrent tous deux de l’intérêt. A l’instar de ce que dirait Serge Héfez, « elle personnifie le couple » de ses parents (5) en se logeant dans la position d’en être son porte parole et la démonstration de sa dynamique.

L’hospitalisation à cause de/grâce à des maux physiques imaginés, évoqués et montrés avec un certain théâtralisme va dans un premier temps réunir ses parents autour d’elle, à l’aune de ce qu’une copine avait fait à la suite d’un problème de santé mais, va malheureusement dans un second temps avoir les inconvénients de ses avantages, à savoir ne plus être crue au bout du compte. Et puis, dans la même lignée il y a d’autres blessures corporelles, plus particulièrement de la cheville qu’elle appellera «l’entorse de noël » à cause des chaussures à talon offertes par papa et pas souhaitées par maman. Une entorse qui reflète sa confusion à vouloir concilier ses deux parents en désaccord sur beaucoup de choses ; une entorse qui se fait réceptacle et reflet de cette contradiction. Et à l’instar de toute contradiction celle-ci en appelle à de l’articulation, voire à de la conciliation afin de faire avec et accéder à son dépassement, à sa mise en surplomb.

Au fond nous dit-elle « si c’est psychologique car j’avais mal à la cheville avant de les mettre j’avais vraiment mal et c’était physique car le médecin la constate et (préconise) une attelle et de la kinésithérapie ». Quand sa mère lui dit que « cela passera » et que son père l’amène voir un médecin, cette entorse à la cheville vient souligner en quelque sorte que chacun des parents a raison de son point de vue.

Le problème est qu’à s’évertuer à concilier les divergences parentales, dans les deux cas cités plus haut, Laura en fait au bout du compte les frais en dérivant sur elle les tensions parentales en n’étant plus crédible, en se blessant physiquement et en ayant besoin impérativement de s’affranchir de tout cela par « ses crises ».

Forte de ses prises de conscience , à partir de ses mises en scènes dans le jeu et la position hypnotique qui s’y accole, elle perçoit bien les conséquences de ses tentatives de régulation, à vouloir concilier à tout prix les inconciliables, devenant patiente désignée par ses deux parents.

Dès lors dans le champ de l’appartenance familiale , elle parvient à formuler explicitement l’invitation faite à ses deux parents d’articuler un minimum leurs points de vue, plus particulièrement en ce qui les concerne, elle et ses frères et sœurs.

Une invitation à dépasser les enjeux narcissiques, à faire le deuil de leur conjugalité, de la nostalgie d’une famille réunie pour s’atteler à restaurer leur parentalité. Elle les invite au fond à une mise en mouvement par l’instauration d’espace symbolique nourri de débat contradictoire, à une prise d’autorité parentale conjointe en quelque sorte, afin de prendre des décisions parentales communes dans l’intérêt de la fratrie (11).

Par ailleurs, dans le champ individuel , à l’instar de son positionnement dans le troisième village imaginaire, à défaut d’une réponse parentale en ce sens, à un niveau personnel elle peut s’autoriser à tirer parti de ce qui lui échoit, de ce qui lui est ainsi transmis comme héritière de cette dualité parentale qui persiste, pour faire ses choix personnels, identitaires. Qu’elle puisse, comme elle le met en scène dans le jeu, se dégager d’un conflit de loyauté et des conflits intimes conséquents pour se déterminer, transcender ses hésitations en faisant un pas de côté pour accéder à une troisième voie psychologiquement structurante en devenir .

La restitution de ce travail individuel avec le support du jeu et des séances d’hypnose permet à Laura d’abord une prise de conscience qui lui permet de s’affranchir de la mission qu’elle s’est octroyé pour ensuite inviter ses parents à prendre leurs responsabilités. Et elle s’autorise dès lors ce pas de côté qui lui permet de faire des choix subjectifs jusque là censurés voire impossibles, étant prise dans les rets de l’aporie, de l’impasse familiale.

La deuxième vignette clinique concerne le cheminement d’Adrien  (11 ans) avec le même support du village imaginaire accentué de phases hypnotiques orchestrées à partir des espaces qui nous invitent à la transe, plus particulièrement ces espaces sombres précédemment évoqués.

Pris dans le trans-parental, la ressource d’Adrien consiste à s’isoler dans les plis d’un imaginaire débordant et d’insuffler par sa production, une importante créativité (pas vraiment sur-réalisée).

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L’imaginaire au service du travail d’architecte de sa production, lui apporte ce replis rassurant, cette quiétude qu’il élabore dès son premier village, dans l’espace frontalier du fleuve qui sépare un espace très socialisant, indexé de valeurs « paternantes » et un espace qui le nourrit d’affection, voire très maternant. Ici les ponts pour passer d’une rive à l’autre rive, restent à poser mais ils sont disponibles ; ce que nous confirme le troisième village où les ponts verbalisés apparaissent (même si certains sont ôtés avant la fin de l’exercice de la tâche).

Rester sur son île au cœur de la transe, dans l’entre deux de ses parents qui se sont affrontés et se sont outrancièrement désignés mutuellement, pourrait être un problème même s’il s’y sent protégé. Il n’oublie pas le trauma qui l’accable toujours de s’être fourvoyé, à l’âge de 4 ans, en accusant son père de maltraitance, « croyant faire plaisir à sa mère ». Trauma d’autant plus intense qu’à la suite de la réhabilitation de son père, sa mère non seulement lui a dit sa surprise qu’il l’ait dit pour cela mais lui a de plus reproché d’avoir menti et de l’avoir induit en erreur jusqu’à porter plainte contre Monsieur.

Adrien attire le regard par son étrangeté, absorbé par un intérêt extrême pour le monde végétal, sa passion pour les plantes, un côté plutôt lunaire qu’il affiche en décalage de ses connaissances intellectuelles et ses capacités de raisonnement logique. Les professionnels de l’éducabilité cognitive le diraient dysharmonique.

D’un premier village pourvu de figuratif et d’animaux (pas d’humains) nous nous ancrons dans un second village très végétal, très nature et dépourvu de figuratif. S’il reste quelques habitations figuratives, elles sont posées sans choix déterminé. Les arbres, la mer, les bateaux et les quelques maisons font village.

La protection, la maîtrise dominent, à l’instar de ce qu’il nous dit dans le second village, à savoir qu’il ne faut pas se laisser envahir par le danger qui peut venir de loin sans qu’on s’y attende (les jumelles qui contrôlent le tsunami au loin). Il faut veiller au repos, à la non-pollution (physique et psychique). Il faut protéger la position de repli sur soi. C’est, entre autre, la fonction principale des digues amovibles.

Le troisième village se présente comme une focale sur cette île et ce qu’elle représente métaphoriquement : une belle île mais dépourvue d’animaux et d’âmes qui vivent. Il y a surtout cette abondance végétale qui le ressource et le préserve comme lors des séances d’hypnose adjointe à l’exercice ludique des villages itératifs. Séances qui vont faire lien entre ce construit dont il est l’architecte et son corps ; ce corps qui nous amène en entretien ses maux divers, des doigts, des jambes, de la tête et surtout du dos. Cette douleur à la colonne vertébrale à l’instar du centre de gravité du village symbolisé à chaque fois par cette mairie/église qui contient contre vents et marées cette double image de référence qu’il voudrait incorporer en tentant d’apposer, voire concilier les opposés qui seraient susceptibles de structurer son identité. De les concilier ou de les séparer comme le fait Hugo Horiot (6), pris entre ce que recouvre ses deux prénoms Julien et Hugo qui lui paraissent inconciliables. Celui qui entrave, empêche et celui qui permet et autorise. « A ce moment de ma vie, je maîtrise la communication mais je n’ai plus du tout d’ouverture. Plus tard, bien plus tard j’apprendrai à desserrer les boulons » nous dit-il.

Ces maux du corps d’Adrien que la transe, l’état hypnotique vient exsuder et soulager lorsqu’il devient l’île, ballotée, bercée par des clapots d’une petite mer calme. « Un gravis » puisque c’est ainsi qu’il la nomme (en référence à l’île de Gravinis), qui se détend, devient flexible, se laisse porter par l’ondulation des vagues et au final laisse place au ressenti puis aux mots pour exprimer d’abord quelques peu ses douleurs et après ses espoirs.

C’est ce qu’il exprimera lors de la restitution qu’il fera de son travail, de son cheminement personnel à ses deux parents en notre présence, les invitant à le rejoindre dans son besoin de protection d’une part et les invitant à faire un travail parental dans le but de revisiter leur histoire. Il leur rappelle que quelque soit les évènements passés il est le fruit de leur amour et si cet amour comme le mentionne F. Jullien (9) est ce bruyant éphémère, lui leur fils reste le représentant de l’intime qu’ils ont partagé et qui perdurera quels que seront les aléas de l’histoire.

Même s’il y a « toujours des choses qui échappent, comme des tics dont on ne peut se défaire » celles-ci se transforment, de manière résiliente, en ressource tout comme les animaux du premier village «  qui en appelle à être bien traités ». Adrien en appelle à ce que non seulement on ne leur crie pas dessus mais qu’on les aide à s’y retrouver, à sortir de « ce labyrinthe », à se soulager et se repérer dans un cadre structurant. Une grande quête de sérénité émerge et il le verbalise à ses parents quand il leur demande de l’aider à mettre des ponts pour rejoindre les deux côtés de la rivière, à l’aider « à passer d’une rive à l’autre ». (27)

Adrien a mis au travail sa quête de solidité et d’assouplissement, sa quête de sécurité et de liberté indexée d’une envie de spontanéité qui s’est éteinte depuis quelques temps. Cette quête légitime l’invite, à l’image des contradictions susceptibles de nous affecter, à dépasser cette dualité psychique (contrôle et lâcher prise) en la mettant au travail personnellement. Cheminement personnel d’une part afin que ces deux pôles soient susceptibles de faire unité identitaire. Et d’autre part invitation à ce que les deux pôles parentaux qui lui servent de références identitaires soient vigilants à protéger un minimum leurs articulations relationnelles afin que la dimension ternaire de la structure parentale se restaure dans son intérêt. Ce que nous pourrions transcrire de manière métaphorique, en disant l’espoir que les deux berges se rejoignent suffisamment dans le respect de la différence des deux territoires et qu’au bout du compte un « en commun » parental s’instaure pour des prises de décisions communes qui fassent autorité conjointe. Ce que ses deux parents sauront entendre et saisir afin de faire le deuil de leurs déceptions conjugales et de redéfinir une construction parentale dans l’intérêt de leur fils qui sortira de son repli quelque peu « autistique ». La structure va s’enrichir des effets du parallélisme fondés sur la polarité (père, mère) par ses jeux de corrélation et d’alternance. Toute une dynamique et une mise en mouvement vont pouvoir se projeter dans un processus  d’évolution vitale résultant de cette compétence à transcender les points de vue individuels, les images personnelles relatives dans un absolu qui fera autorité (11). Le positionnement, l’accord de ses deux parents pour s’investir dans un travail parental pose une ligne de fuite à cette impasse qui figeait le temps et les engluaient dans des tensions qui les ont précipités dans une détresse affichée par les troubles d’Adrien (8). La dynamique impulsée par leur fils devient libératrice car dès lors la méfiance qui n’est plus de mise laisse place, sinon à une confiance du moins à de la vigilance. Vigilance qui a l’avantage de poser, fixer la dimension ternaire nécessaire à leur parentalité.

Ce cheminement avec le support du V.I.M., comme nous l’avons observé sur le plan individuel invite l’enfant à concilier dans son imaginaire (cf. page 3) les deux espaces parentaux, double référence identitaire qu’il a intégré comme étant clivé. Et au niveau du groupe d’appartenance le retour que le jeune fait de son travail personnel à ses parents s’offre comme invitation à ce qu’ils se mobilisent dans son intérêt.

Laura, face aux divergences parentales représentées dans le village prend en considération cette séparation voire cette dichotomie parentale. Elle arrête de s’aliéner à une position de réconciliatrice et choisit de faire un pas de côté pour se nourrir de ce qu’elle prend de ses deux parents. En passant au crible, en tamisant les avantages et les inconvénients de ce que lui offrent ces deux figures de référence identitaire elle parvient à saisir ce qui déploie sa créativité dans cet entre deux.

Adrien, quant à lui, parviendra à édifier le pont pour passer d’un côté à l’autre du fleuve en conciliant les deux rives opposées ; ce qui lui permet de se situer en phase avec l’amélioration des relations de ses deux parents qui parviennent à se reconnaître mutuellement et à s’articuler au mieux dans l’intérêt de leur fils.

3-Deuxième outil dans l’entre deux : le travail parental de médiation et de structuration

Dans notre pratique, en conformité avec les demandes qui nous sont faites, nous adoptons deux modélisations pour travailler en coopération avec les parents, la médiation parentale et la structuration parentale.

La médiation parentale  de notre point de vue, a pour fonction de réguler ce qui fait tensions en trouvant des compromis organisationnels qui polissent et colmatent les aspérités de la crise. Très souvent empreinte de nostalgie d’un vécu d’avant la crise, la médiation a l’avantage d’apporter de l’apaisement, de la réconciliation et de l’en-commun. Elle est prédictive et le processus engagé est conforme à l’objectif que l’on s’est donné ensemble.

Cependant, à l’instar de toute conduite de régulation dans une structure sociale et humaine, elle a l’inconvénient de suspendre la dynamique et la temporalité susceptible de s’amorcer. En parlant trivialement nous dirions qu’elle suspend et arrête les horloges de la vie. En effet, elle entrave la redéfinition d’un nouvel équilibre sous-tendu par toute crise, car sa fonction principale consiste à étouffer les effets de crises par la quête de compromis à tout prix.

Cependant, outil fondamental de contrôle social, le travail de médiation parentale présente l’avantage de détendre les relations et dès lors se présente comme préalable, comme moyen  pour initier favorablement un travail de structuration parentale. La médiation s’offre à nous comme une phase quasi indispensable dans le processus de travail avec les parents ; plus particulièrement lorsque le conflit conjugal est d’actualité, en « phase de dé-fusion » par exemple, dilemme inévitable, tension entre le « Je » et le « Nous », entre besoin singulier de liberté et la nostalgie d’une relation primaire conjugale qui se voudrait durable coûte que coûte. (5)

En convoquant François Jullien, nous soulignons que la structuration du travail parental  est à entendre et à lire comme complémentarité ou plutôt comme négativité de la médiation parentale, en ce sens qu’ils se présentent tous deux comme deux pôles d’intervention contradictoires d’un même processus clinique. Ainsi, ce paradoxe apparent en appelle au dépassement de la contradiction qui le tient. (12)

En effet la phase de structuration bénéficie de la régulation parentale pour restructurer , restaurer et réhabiliter l’articulation des points de vue des deux parents afin de nourrir le débat contradictoire nécessaire à la parentalité.

Si « le monde n’existe que comme représentation » comme le mentionne A.Shopenhaueur, la réalité partagée par chacun des parents est de l’ordre de l’image qu’il s’en fait, donc de l’imaginaire. Et comme chacun a raison de son propre point de vue, il apparait essentiel dans l’intérêt de l’histoire à transmettre à l’enfant, de permettre à chacun des parents de transcender son propre point de vue afin d’accéder sinon à une certaine communion, du moins à une quelconque conjonction située en surplomb des points de vue personnels.

Le travail parental est de structure en ce sens où, empreint de dialectique, il exploite la crise et ses effets dynamiques. Il favorise un espace symbolique, de débat contradictoire où chacun est amené à développer une critique de ses propres images, de ses propres convictions. Cette phase du processus engagée est non prédictive, indéterminée .

Notons au passage que l’espace symbolique est par excellence un espace transitionnel qui dans « l’entre deux » a pour objet fondamental de relier les deux figures parentales présentes. Symbole vient étymologiquement du symbolon (grec ancien) qui consiste à mettre ensemble, à joindre et à échanger pour relier. Symbole nous dit S.Resnik (23) « signifie liaison et permet une articulation avec le monde ». Dans notre propos l’espace symbolique a pour fonction d’articuler deux représentations d’une même figuration parentale.

Il en résulte un travail clinique qui favorise la redéfinition des équilibres dans une temporalité. Trivialement nous dirions que les aiguilles de l’horloge parentale sont remises en mouvement. La structuration met donc les points de vue opposés, les contradictions au centre d’un débat contradictoire. Elle tamise avantages et inconvénients de nos points de vue, en reconnaissance de celle du partenaire parental dans ses ressemblances et ses différences. Elle réactive la pensée partagée. « Penser signifie accepter le conflit avec l’autre et avec soi même » écrit Michela Marzano (18). Quand le château de cartes s’écroule plutôt que de se crisper sur ses convictions, cette phase est à recevoir comme une invitation que nous fait la vie, d’accepter une certaine confusion, les incertitudes qui se présentent pour ensemble s’accorder à minima pour traverser le gué vers autre chose.

Au bout de ce cheminement, ponctué par ces deux phases successives, les reproches mutuels ne seraient plus des atteintes mais des recommandations réciproques (11). Dès lors ils deviennent ressources et mettent en scène les similitudes et les divergences de point de vue pour l’édification, non seulement de compromis  mais également et surtout pour accéder à une troisième voie; transcendance de ces deux points de vue pour prendre et poser des décisions communes afin de dessiner les meilleures orientations, les meilleures perspectives dans l’intérêt des enfants. Il ne s’agit plus de restaurer le passé mais de passer à autre chose. En finalité, il s’agit dans un premier temps de canaliser  les tensions, sans les étioler complètement, afin qu’elles facilitent dans un second temps un cheminement qui se voudra structurant.

4-Quand les parents invitent leur enfant à se repositionner : une vignette clinique.

A l’inverse de ce que nous avons décliné précédemment, il arrive que des parents, réunis autour de l’inquiétude que leur procure leur enfant, peuvent cheminer à partir de la crise qui émerge au sein de la famille et parviennent à restaurer une Autorité parentale conjointe. Ce cheminement engagé, en dépassement de leurs tensions relationnelles conjugales leur permet, dans l’intérêt de leurs enfants, de réhabiliter le niveau parental et tous les rituels susceptibles de le structurer. Malgré cela, les enfants, surtout les adolescents, engoncés dans le personnage qu’ils ont construit, devenu quasi endémique, résistent à bénéficier de ce nouvel équilibre, de cette nouvelle homéostasie parentale. S’étant personnellement construit, avec divers bénéfices secondaires, dans un tel contexte de conflit relationnel, de rivalités parentales, ils ne lâchent pas l’affaire comme cela. Ils résistent au changement encouragé par leurs parents, allant même jusqu’à tenter de réactiver les tensions parentales au cœur desquelles ils ont grandi avec toutes sortes d’avantages additionnés d’une adhésion à une appartenance constituées de pairs souvent anomiques et marginaux.

Clément, adolescent de 16ans, est le fils de deux personnes qui vivaient conjugalement sans avoir élaboré une parentalité. Du fait de son métier de commercial Monsieur est souvent par monts et par vaux. De même le week-end chacun a gardé ses activités de loisirs avec presqu’autant d’intensité qu’avant leur liaison. En conséquence Madame est souvent seule avec son fils. Une relation quasi fusionnelle s’est instaurée peu à peu sans que d’aucuns n’y trouvent à redire. Ce n’est que vers les quinze ans de Clément que les choses se corsent lorsqu’à défaut de tiers relationnel dans la relation à sa mère il commence, par des actes de petite délinquance, à en appeler implicitement à un tiers susceptible de lui apporter une distanciation vitale d’avec sa mère. A défaut de figure paternelle efficiente, les actes répétés de petite délinquance qu’il pose, de fait interpellent l’école et l’assistante sociale de secteur. Cela aboutit en finalité à un signalement fait à l’endroit du tribunal pour enfant qui à la suite d’une saisine puis d’une audience décide d’une prise en charge éducative. Ainsi, de manière analogique, nous observons que Clément a implicitement introduit un tiers éducatif dans la structure familiale. Même si au début il réprouve officiellement ce phénomène, il prend peu à peu conscience qu’il peut y être foncièrement pour quelque chose quand il est face au constat de la succession de ses actes qui inévitablement ont pour effet de convoquer différents intervenants.

Les résistances exacerbées et le refus de Clément de participer personnellement à l’accompagnement éducatif nous a très rapidement amené à coopérer avec ses parents. D’un désintérêt initial, démontré par leur absence à la première audience (fait rarissime), ils se sont vite investis dans les propositions de travail parental que nous leur faisons. Ainsi, bien qu’initialement non volontaire ils s’approprient vite le processus engagé ensemble. Ils formalisent des attentes et des demandes de plus en plus claires qui favorisent la dynamique dans laquelle ensemble nous nous engageons.

Nous intervenons à deux en co-intervention : un éducateur spécialisé et un psychologue clinicien.

Dans un premier temps une médiation relationnelle sera mise en   place afin de réguler  les tensions. En effet plus les délits de Clément augmentent, plus les relations entre les parents s’enveniment et les reproches mutuels s’accroissent. Dès lors ces reproches entre adultes, au lieu d’être des attentions réciproques, se déclinent en atteintes qu’ils s’adressent copieusement. Aussi, afin de décrire brièvement la situation, nous pouvons dire qu’incapable de débat contradictoire dans un espace symbolique parental, chacun s’y perd dans le jugement qu’il projette sur l’autre, attisant d’autant les braises relationnelles. Clément n’est pas sans reste, car aspiré par cette dynamique « folle », ses appels implicites adressés à son père sont retors et retournés officiellement contre celui-ci en allant jusqu’à des reproches inconsidérés à son endroit. Ses provocations prendront des allures outrancières du style  « je ne comprends pas comment un raciste comme toi a pu épouser une arabe ».Une agressivité, adressée à l’endroit de son père mais aussi de sa mère, qui les blesse même si dans le fond aucun ne se sent concerné par ses propos abusifs. Clément multipliera ainsi ce genre de propos à l’adresse de son père. Des paroles qu’il sait démesurées et qui se révèlent très blessantes, étant donné que bien que ses deux parents ne soient pas parvenus à construire une parentalité adéquate, ils restent conjugalement attachés l’un à l’autre. Monsieur ne correspond pas du tout à la description que fait de lui son fils et Madame, femme énergique et sanguine est certes d’origine kabyle mais néanmoins très imprégnée des us et coutumes français. Un procès d’un jeune, en quête d’identité, qui n’est que pure provocation à l’endroit de ses deux parents qu’il invite insidieusement et maladroitement à réagir. Ce qu’ils feront, tous deux forts de leur lien conjugal et surtout par prise de conscience de cette nécessité parentale pour leur fils auquel ils sont tous deux attachés.

La médiation parentale apportera ses fruits. L’apaisement sera assez rapide et à la force produite par la prise en compte de leur intime de couple, s’ajoutera leur compétence à se nourrir du regard normatif qu’on représente à leurs yeux. La restauration de l’équilibre « Intime/Norme » (20) va vite nourrir la pondération qui va s’inscrire en contrepoint des provocations itératives de leur fils.

La médiation qui a pour fonction de réguler ce qui fait tensions, favorise donc des compromis organisationnels qui colmatent quelque peu la crise. Elle apporte, nous l’avons dit de l’apaisement, de la réconciliation et de l’en-commun. Ainsi, à l’instar de toute médiation le résultat de cette phase d’intervention nous apparaît à la hauteur de ce qui était projeté, à la hauteur de la prédictivité  engagée. Elle procure à Mr L. et à Mme L. une plus grande sérénité. Bien qu’elle ait l’inconvénient d’une régulation à savoir de suspendre la dynamique et entraver la temporalité activée par la crise, qui en appelle à la redéfinition d’un nouvel équilibre familial, elle présente l’avantage de favoriser leur disponibilité pour s’investir dans un travail parental. Ce que chacun des parents va amplement démontrer.

La structuration du travail parental  à lire comme complémentarité, voire négativité de la médiation parentale, bénéficie ainsi de cette régulation pour restructurer, restaurer et réhabiliter l’articulation du point de vue des deux parents. Cela nourrira le débat contradictoire nécessaire à la reconnaissance mutuelle de leur altérité et par conséquence à leur structure parentale, à leur parentalité. Mr L. Et Mme L. s’investissent aisément dans ce processus que nous engageons en partenariat avec eux. La dichotomie, la rivalité laissent place à une dynamique empreinte de dialectique. Et de manière non prédictive  ils exploitent les éléments de crise qui les traversent et surtout les effets dynamiques qui en résultent. Le travail clinique parental ainsi engagé met les avis, les accords et les désaccords au centre d’un débat contradictoire qui édifie l’espace de l’entre-deux symbolique.

Dès lors, d’un côté nous sommes en présence de Clément qui, en quête d’identité, de dignité, se débat avec ses maladresses, ses provocations affichées, ses tourments et son aliénation à des convictions qu’il assène de manière sinon quelque peu dogmatique, du moins rigide.

De l’autre, étayés par le processus engagé, les deux parents non seulement ne s’en font plus l’écho mais, faisant « un pas de côté » se structurent d’autant plus comme parents qu’ils prennent conscience de cette nécessité dans l’intérêt de leur fils.

Le travail parental se déroulera sur l’année en raison d’une séance toutes les trois semaines.   Certaines séances seront individuelles afin   de clarifier les deux fonctions parentales, celle de père et celle de mère, en référence à l’histoire de chacun. D’autres séances, la majorité d’entre elles, seront réalisées avec les deux parents en présence qui en finalité, en feront un retour à leur fils lors de réunions familiales.

Les rencontres individuelles avec Mr L. sont l’occasion de redéfinir la fonction paternelle et de clarifier ce qu’il attend de la fonction maternelle. La triangularité et articulation parentale comme point de capiton sont au cœur de ces rencontres au même titre que la relation duelle père/fils. A ce niveau le fait de déplorer tout ce que Mr. pense avoir raté l’invite à plus d’investissement concret.

Quant à Mme, de la même manière, ces entretiens individuels dans le champ parental lui permettent de redéfinir les deux fonctions parentales en dépassement des dilemmes qu’elle repère, pour dénouer ce qui lui semble coincer et pour qualifier cette fonction paternelle clairement atrophiée aux yeux de son fils. Face aux dénégations de ce dernier, lors de rencontres familiales, elle lui rappellera quelques propos fusionnels qu’il répétait afin d’exclure son père de leur relation.

Entre temps, l’éducateur de référence rencontre Clément de manière périodique afin de l’accompagner d’une part vers une inscription sociale et professionnelle, d’autre part pour le soutenir au coeur de ces fluctuations familiales qui activent chez lui diverses turpitudes mais, font aussi émerger de l’ambivalence.

Et malgré tout ce cheminement que nous qualifions amplement de positif, malgré le dénouement de divers points névralgiques, Clément résiste malgré ses attentes d’un mieux être. Mais peu à peu dans l’entre-deux de ses ambivalences, le travail de réajustement et de transmission parentale sera effectif et lui permettra de s’en nourrir pour, à partir de son appartenance, définir ses propres choix qui se révèlent de plus en plus adaptés et structurés.

5- Dans cet entre deux  s’écrit l’articulation de deux champs d’application (celui du particulier et celui du groupe d’appartenance ) afin qu’une compétence réflexive  devienne   opératoire.  

Deux belles berges de chaque côté du fleuve ne suffisent pas pour que celui-ci soit favorable à la navigation. C’est la qualité de l’écoulement de l’eau, de son courant qui sera fondamental. Moins il y aura d’alluvions à s’amonceler plus le flux sera régulier.

A l’instar de cette métaphore il ne suffit pas que chaque parent en relation duelle à son enfant, lui procure toute son attention pour qu’il aille bien. Deux bonnes intentions n’y suffisent pas. Par contre comme le mentionnent Théodore Caplow et Philippe Caillé (3), le troisième axiome qu’est l’entre deux parental reste fondamental. « Un entre deux » déterminant pour ses effets envers l’enfant qui en est le réceptacle et le reflet. Si la relation est agrémentée de tensions, l’enfant s’en fera le manifeste par des comportements, des troubles conséquents. A l’inverse si la relation parentale est sereine car pourvue d’altérité, la détente et la bienséance de l’enfant en rendront compte.

« Entre deux parental » qui comme tout « entre deux relationnel » du patient et de son thérapeute laissera émerger une substance nouvelle. Une zone, un espace transitionnel où tout objet qui s’en épanouira, fera point de capiton, support susceptible de relier deux facettes pourvues de ressemblances et de dissonances, pour faire émerger une ressource, une axiologie nouvelle et commune. Point de capiton entre coinçage et reliance où pourront se dénouer deux pôles, deux références identitaires susceptibles d’être dépliées dans d’autres significations, vers une nouvelle dynamique, une troisième voie en l’occurrence. (17)

Ainsi dans l’intervalle de l’enfant et de ses parents le même jeu, dans une forme de transe relationnelle ouvrira un courant nouveau où le navire de la vie pourra prendre un nouvel essor. La crispation laissera place à la fluidité des points de vue.

La pathologie désignée d’un membre du groupe pris dans les rets de l’imaginaire, convoque un tiers (le médecin, le juge, le psychologue ou tout travailleur social) afin que ce nœud, ce nouage imaginaire qui s’articule dans le symptôme soit progressivement indexé d’une dimension symbolique. Le point névralgique, ce nœud que le symptôme manifeste, se métamorphose certes en béquille mais aussi en compétence pour se faire l’allier du thérapeute ou de l’intervenant social référent d’une mesure éducative.

Le symptôme étant la facette visible du problème, il est donc opportun qu’en appui sur sa bivalence, l’intervenant soit attentif à se saisir de cette facette, de cette fonction curative qui en appelle à du mieux être.

Ainsi comme nous l’avons décliné, l’enfant désigné, par son symptôme, par l’inquiétude qu’il suscite, peut être l’initiateur d’une dynamique parentale. Comme nous l’avons présenté à partir de nos deux vignettes cliniques, une dynamique singulière peut favoriser une dynamique d’appartenance.

De même, lorsque des parents enclenchent un processus de travail dans l’intention de restaurer leur parentalité et par conséquence une autorité parentale conjointe, ils peuvent favoriser l’apaisement et une quête de bien être, de bienséance de leurs enfants, comme nous l’avons présenté dans la troisième vignette clinique.

Cette compétence réflexive, dirais-je à la façon d’Heinz Von Foerster, résultant de ce qui se joue dans « l’entre deux », s’avère souvent indispensable pour vitaliser de manière pérenne, à la fois le particulier, l’enfant en l’occurrence et son groupe d’appartenance que sont ses parents, sa famille. Cette compétence qui fait énigme pour chacun des protagonistes, active suffisamment d’indéterminés  susceptibles de favoriser le saut vers l’incertitude qui les fera exister. « C’est dans l’indéterminé que je me trouve » nous dit JB Pontalis.

A défaut nous avons pu constater que des jeunes qui font un cheminement personnel peuvent se départir d’une souffrance et de surcroît de leurs symptômes.

Cependant ils sont souvent rattrapés dans leur élan par leur fonction familiale si le système reste englué dans la problématique qui l’accapare. L’enfant en appelle à ce que ses parents répondent au bon niveau au lieu de trianguler un nombre de soignants potentiels pour l’enfermer dans une problématique, un diagnostic à traiter simplement de manière linéaire. En conséquence de cet « entre deux » il est nécessaire que les intervenants que nous sommes, garantissent cette orientation d’un accompagnement de la structure familiale dans son ensemble, en précisant aux parents l’endroit où ils sont convoqués par leur enfant qui se signale en posant un symptôme (15). Une position charnière de l’intervenant afin de faire en sorte de s’affranchir d’un regard linéaire au profit d’un regard complexe où l’articulation va devenir centrale. L’enfant, par ce  volet de son symptôme qui en appelle à traiter un problème qui n’appartient pas qu’à lui, devient, comme mentionné plus haut, l’allier de l’intervenant. Nous pourrions aller jusqu’à parler de « l’enfant thérapeute ». De plus, de cet « entre deux » chaque intervenant a le devoir de se poser comme représentant de l’articulation susceptible de servir de support pour relier, concilier les deux facettes, les deux rives d’une difficulté partagée et ne pas rester au milieu du gué.

Et à l’aune de ce qui est mentionné lors de l’introduction, cette compétence réflexive est toujours la résultante de ce que deux personnes partagent ensemble de cette histoire qu’on se raconte. L’intime échangé n’est pas dans l’appropriation de l’Autre mais dans le partage du « Nous », d’une histoire qu’on se raconte ensemble (22), d’où émerge toute une dynamique de vie et qui se transmet.

Conclusion :

En convoquant François Jullien, nous mentionnons que « le vivre se situe dans un  entre; entre désir et satiété, entre indétermination et définition…» entre sentiment de permanence et flexibilité. Comme nous l’avions mentionné en préambule, ce n’est ni le thérapeute ni le patient qui font la thérapie, ce n’est ni l’accompagné ni l’éducateur spécialisé qui vont faire processus mais bien l’assemblage qui résulte de leur « en commun » et de l’appréciation de leurs différences. Une mise à jour de l’entrelacement de ces deux mondes va non seulement éviter de confondre les deux logiques mais, va faire émerger, jaillir pour chacun, soit par capillarité soit de manière spontanée, une découverte, une surprise et peut être le trouble qui va nourrir l’indéterminé  qui va les faire exister.

De là, chacun s’affranchit d’un sentiment de permanence trop ancré en accroissant à la fois sa flexibilité mentale et son sentiment d’adaptation à toute altérité susceptible de le nourrir, de le faire vivre. Permanence et flexibilité à l’instar de ce que dit Kalhed Hosseini (7) à propos de la cruauté et de la bienveillance, ne sont que des nuances d’une même couleur. Or, chacune d’elle a donc besoin de sa négativité pour s’épanouir et rester en mouvement. Deux versants qui épousent un même ensemble, un même écrin. Deux éléments qui sont si étroitement interdépendants, comme le dit Marcel Maus, à propos du sacré et du profane, que l’un ne peut exister sans l’autre. Là se révèle le propre de la compétence réflexive, d’une part de l’être humain capable de dépasser ses éventuels conflits intimes en faisant des choix déterminés, d’autre part des groupes d’appartenance susceptibles de se nourrir de leurs conflits de loyauté en les mettant en surplomb, en les transcendant vers des dynamiques particulières. Et, étant donné que l’énergie va où nous portons notre attention, le fait d’agir, comme de se mettre en mouvement vers une direction, va mobiliser notre créativité, l’indéterminé susceptible de jaillir de « l’entre deux » relationnel. Cela se fera d’autant plus sereinement que nous pouvons asseoir notre position d’intervenant social, de thérapeute entre la valeur déontologique qui nous sert de repère, de cadre légitime et la dimension éthique qui nous invite à prendre en considération ce qui est le plus bénéfique pour le bénéficiaire de notre accompagnement.

 Jean Pierre Le Duff

 45 rue Blaise Pascal

 56000 Vannes

 jpleduff@gmail.com

Bibliographie  :

1. Ausloos G. (1995) : la compétence des familles-temps, chaos, processus, Erès, Ramonville

2. Ausloos G. (2014) : conférence du20 avril 2014 à FORSYFA Nantes

3. Caillé P. (1985) : « Un et Un font trois, le couple révélé à lui-même », ESF

4. Guillebaud J.C (2012) : « Un autre monde est possible », L’iconoclaste

5. Hefez S. et Laufer D. (2010) : «  La danse du couple », Fayard/Pluriel

6. Horiot H. (2013) : « L’empereur c’est moi », L’iconoclaste, Saint-Amand-Montrond

7. Hosseini K. (2013) : « Ainsi résonne l’écho infini des montagnes », Belfond

8. Jullien F. (2005) : « Nourrir sa vie », Seuil, Paris

9. Jullien F. (2013) : « De l’intime, Loin du bruyant amour », Grasset, Paris

10. Jullien F. (2011) : « Philosophie du vivre », Gallimard, Paris

11. Le Duff JP. (2012) : « L’autorité parentale partagée, un absolu du couple parental », Psychasoc, Montpellier

12. Le Duff JP. (2005) : « La pratique de réseau secondaire comme voie d’accès à la complexité de la structure familiale », revue de thérapie familiale, Vol.26, N°2, pp.175-195, Genève

13. Le Duff J.P. (1996) : « De la loi à la clinique, l’A.E.M.O. comme support d’accès à la subjectivité », revue de l’A.F.S.E.A, 1.Paris, Expansion Scientifique Française, pp .40-50.

14. Le Duff J.P. (2011) : « Un toubab chez les Bambaras de Mopti », Psychasoc, Montpellier

15. Le Duff J.P. (2013) : La place de l’intervenant social comme « tiers structurant » conférence du 21/11/2012 à EESP Lausanne, Suisse, (Sauvegarde 56, bibliothèque, intervention lors de congrès et Psychasoc, Montpellier)

16. Leclaire S. (1975) : « On tue un enfant » points-essais ed. Seuil

17. Lemaire A. (1977) : « Jacques Lacan » ed. Pierre Mardaga, Bruxelles

18. Marzano M. (2012) : « Légère comme un papillon », Grasset

19. Mucchieli R. (1976) : « le test du village imaginaire », E.A.P. Issy les Moulineaux

20. Neuburger R. (2011) : « le sentiment d’exister », Payot,

21. Prieur N. et B. (2004) : « Les trahisons familiales: une chance pour l’évolution des couples et des familles », revue de thérapie familiale, Genève, vol. 25, N°3, pp 357-370

22. Prieur N. (2010) : « Petits règlements de compte en famille », Albin Michel, Paris

23. Resnik S. (1973) : « Personne et psychose », Payot, Paris

24. Rey Y. et Caillé P. (1990) : « Les objets flottants », ESF

25. Roustang F. (2009) : « La fin de la plainte », Odile Jacob, Paris

26. Roustang F. (2010) : « Qu’est ce que l’hypnose », les éditions de minuit, Lonrai

27. Rouzel J. (2012) : L’acte éducatif  §« lieux d’accueil » ed. Eres Toulouse

28.Virot C. (1988) : Hypnose, stratégie et psychothérapie, « une approche clinique de Milton Erickson » Thèse pour le diplôme d’état de docteur en médecine à l’Université de Rennes

29. Winnicot D.W. (1988) : Jeu et réalité, Gallimard, Mayenne

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