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N’avons-nous pas provoqué le malaise dans nos métiers ?[

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François Simonet

mardi 18 août 2015

N’avons-nous pas provoqué le malaise dans nos métiers ?[1]

Présentation du thème de la rencontre

Dans son article de 2002 : «  Bourdieu et les « fantassins du social  », Yann Le Pennec[2] explicite cette formulation de Pierre Bourdieu (métaphore militaire qu’il a utilisée pour «  qualifier l’action des travailleurs sociaux  », p. 265) :

-    «  L’image du «  fantassin du social » évoque la guerre de tranchée, le combat harassant pour sauver du gouffre quatre millions de français et quelques autres dépossédés d’un emploi, de projets pour l’avenir, de parole collective  ». (p. 265)

-    Pierre Bourdieu, par cette métaphore, «  rendait, sans doute, hommage, à ceux qui tentent inlassablement de refaire le lien social, d’en remailler le tissu, d’en ravauder les lambeaux sans trop vouloir s’inquiéter de la texture de l’ensemble, sans repérer les tensions qui le traversent, les trous qui le déchirent . » (p. 265)

Lutter face à l’instrumentalisation du social : pour l’autonomie des professionnels et des acteurs agissant dans l’espace social. Une résistance à la «  taylorisation  » de nos métiers et du travail social. Taylorisation qui s’opère avec : «  l’émergence d’une « ingénierie sociale  » », et la prégnance puissante des experts ; la «  bonne gouvernance  » ; la logique procédurale de la «  qualité  », de l’«  évaluation  ».

Concernant la formulation utilisée pour le thème de cette présentation : «  comment pouvoir et puissance se retrouvent dans nos métiers … ? », elle stimule la réflexion : de quel pouvoir et de quelle puissance s’agit-il ?

Ce qui est vécu actuellement, à tous les niveaux, autant dans la sphère publique (lieu d’exercice professionnel, militant, etc.) que dans la sphère privée : c’est un malaise. Les interrogations, les frustrations, sont générées par des contradictions, des aberrations, des mensonges – érigés en mode général de fonctionnement social. Ce qui met à mal nos activités, nos pratiques.

1 – Le pouvoir

La relation que l’on peut avoir avec le terme pouvoir est particulière, complexe, parcellaire, confuse et diffuse. Les définitions peinent à le saisir. Il renvoie à la nature humaine et en cela, les interrogations qu’il suscite ne sont pas neuves. «  Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir  »[3] est précis et explicité sur le rapport à la chose ! Les fables ne manquent pas pour traiter de la nature humaine et du pouvoir.

Lorsqu’il est évoqué, le terme fait généralement écho au domaine du pouvoir suprême, avec l’apparition des trois piliers : politique, justice, financier. L’ensemble enveloppé d’un décorum.

Le Politique actuel est en relation étroite avec le monde des affaires, et nous pouvons remarquer :

-    qu’il est investi par une certaine élite, qui verse facilement dans le système oligarchique , népotiste  ;

-    que c’est un microcosme fait de copinages , de courtisaneries , de réseaux multiples marqués par des appartenances ; avec des connivences , des privilèges , des arrangements , relevant du domaine de l’arbitraire ;

-    Microcosme où les pressions ne manquent pas : l’intérêt consistant à « tirer les ficelles » avec plus ou moins d’habileté, d’intelligence, sachant utiliser les « confidences », les « secrets »… ;

-    où les jeux sont permanents  : jeux de pouvoirs (des appareils par exemple), d’ influences (le lobbying), avec des moyens d’actions appropriés. Jeux de vanités et d’egos ;

-    que les ambitions personnelles , les intérêts particuliers , se font au détriment de l’intérêt général ;

-    que les conflits d’intérêts sont permanents ;

-    Tout cela enrichi par les cabinets de communication ; les think tanks (laboratoires/réservoirs d’idées).

La sphère du pouvoir, réduite généralement au politique, opère autant une répulsion (toute relative) qu’une attraction (tout dépend des ambitions et des frustrations). Nombreux sont les auteurs qui se sont interrogés et qui se sont voulus, par leurs réflexions : le mentor, le conseiller du Prince, le guide, le maître es techniques de la discipline (du métier/de la profession dirons-nous aujourd’hui). Par exemple : Xénophon et La Cyropédie  ; Platon et La République  ; Isocrate donnant des conseils politiques, Aristote et son Éthique à Nicomaque  ; Plutarque et ses Conseils aux politiques pour bien gouverner  ; Marc Aurèle et ses « pensées », Machiavel avec son Prince  ; Fénelon et Télémaque… Auxquels il convient d’ajouter les mémoires et autres écrits de politiques.

Domaine où l’imagination et l’imaginaire fonctionnent à plein régime : les œuvres littéraires et cinématographiques ne manquent pas. Dernièrement : « Les marches du pouvoir », production hollywoodienne de Georges Clooney ; « la Conquête », documentaire français concernant le président Sarkozy, « L’exercice du pouvoir », du réalisateur français Pierre Schoeller.

Par facilité, par confusion, sachant que le pouvoir s’inscrit dans des jeux de pressions, de tensions, de transactions, de diplomatie, de relations fortement hiérarchisées, ne faisons cependant pas de confusion entre « pouvoir », « puissance », « force », « autorité », « domination » et « violence », comme le précise Annah Arendt [4].

Ceci étant exprimé, ce n’est pas sur le pouvoir lié à la dimension politique, juridique et économique que je veux porter ma réflexion. En effet, quelle action pourrait avoir le professionnel sur ce pouvoir sans que cela le mette en danger ? À la différence du citoyen-électeur, qui peut appartenir à des mouvements, des organisations, des associations, avec des capacités d’action, les capacités d’action du professionnel sont limitées à son domaine – et sanctionnées en cas de dépassement.

Ma réflexion au sujet de ce « malaise » dans NOS métiers (et tous les métiers sont concernés) porte sur un autre type de pouvoir, qui provoque une violence, symbolique comme physique, redoutable par ses effets destructeurs, résultant de ce « modernisme » progressiste évoqué en leitmotiv obsessionnel :

* le pouvoir technocratique, procédural à l’extrême, qui renforce

* le modèle d’organisation qu’est l’ entreprisation du monde ( modèle entrepreneurial ), et cette méthode de fonctionnement qui gouvernent aujourd’hui la société : le management  ; (méthode  managériale), avec la figure choyée de l’expert ;

* appuyés par la communication , comme forme de propagande.

Ce qui correspond à des conceptions qui induisent et mobilisent nos actions (nos manières de faire) et façonnent nos mentalités.

2 – L’ «  entreprisation  » du monde : modèle et méthode d’action performante

Nos actions (modes d’agir) sont mobilisées selon un processus de rationalisation des relations et des modes de communication, régi par des normes et des procédures (impersonnelles). Dans cette logique rationnelle-efficace, l’évolution technocratique de la société va de pair avec la bureaucratisation et la professionnalisation des organisations, d’où la spécialisation des pratiques dans l’ensemble du champ social et l’existence des experts (une expertisation du social).

Trois aspects à considérer :

-    Le technocratisme ;

-    L’«  entreprisation  » du monde, avec la conception managériale de la société ;

-    La puissance de la communication comme conditionnement mental.

Le technocratisme : règne de l’expert

Le ISME en suffixe à technocrate : l’excès de technique dans la société technicienne[5] ; qui favorise la technocratie, le pouvoir des techniciens, du technocrate.

Le monde est instrumentalisé à outrance, devenant procédural et évaluable.

Tout en se donnant des apparences humanisantes, la technique reste froide, impersonnelle, sans état d’âme. Le pouvoir de la technique reste uniquement technique. Sur ce plan, les slogans prônant de rendre la planète intelligente relèvent d’une tromperie. En effet : de quelle manière, et à partir de quoi cette planète devenue plus intelligente serait-elle moins polluée par exemple ?

Dans le but de justifier rationnellement les pratiques par la performance et l’efficacité, la technocratie participe d’un totalitarisme social prononcé : fragmentaire, concentrationnaire.

Un technocratisme qui, au nom du tout sécuritaire, soutenu par des discours justificateurs, déresponsabilise, limite l’engagement, étouffe l’initiative, restreint la liberté de pensée et d’expression par une autocensure. La responsabilité se réfugie derrière les procédures, ne pouvant que se « protéger » du fait des risques et de la précaution érigée en principe. 

L’espace social, avec ses technostructures, est soumis à un appareillage technique, avec un arsenal de moyens toujours plus sophistiqués[6], crédité par le discours scientifique[7] où règne l’expert. Le technocratisme nécessite une (haute) spécialisation qui ne peut qu’être la place du technicien-spécialiste-expert. Expert qui est devenu une « classe dominante »[8] récente, gardien du temple.

Expert qui a pris cette figure crédibilisée, légitimée, autorisée, détentrice d’un pouvoir absolu. Le moindre événement vaut une émission médiatique avec un plateau d’experts, habituellement les mêmes d’ailleurs[9], avec de pseudos débats. Omniprésence, omnipotence et omniscience de l’expert.

L’organisation entrepreneuriale comme modèle social

L’entreprise, érigée sur le socle de la modernité, se présente aujourd’hui en modèle contemporain : d’organisation sociale, économique, politique, technologique, idéologique et esthétique. Notre monde technico-scientifique fonctionne d’après ce modèle, imposant des pratiques, des méthodes, des principes, une sémantique. Une véritable logique d’«  entreprisation du monde  »[10].

Une entreprise qui mobilise en permanence et stratégiquement ses ressources, y compris au niveau des relations humaines, laissant entendre son intérêt pour les individus compétents et talentueux. L’obsession compétitive tient à la quantification et aux records : toujours plus ! La réalité professionnelle ne se conçoit pas autrement.

Cette fascination obsédante pour l’entreprise passe par des références à des conceptions nationales particulières : modèle japonais, allemand, américain (anglo-saxon). Modèles qui ont leurs limites, mais dont nous en sommes obsédés, comme s’ils étaient des remèdes.

La mondialisation répand cette vision unique de l’organisation entrepreneuriale en expansion.

Entre entreprise , administratif et associatif , la distinction n’est plus aussi radicale :

-    L’entreprise : domaine centré sur le marché, le monde entrepreneurial, avec des modes d’organisation spécifiques ;

-    L’administratif : comme cadre de référence, aux représentations très hiérarchisées, qui vise à normaliser en imposant des valeurs (prescription).

-    L’associatif : pris dans cet étau, l’associatif fonctionne au diapason de ces deux « modèles » : entre une logique de prescription des normes et une logique prégnante de l’exploitation technique et économique des ressources. Où se situe la part sociale ? celle centrée sur la personne. Quelles valeurs l’identifient ?

La conception managériale de la société : une méthode mobilisatrice

Le management s’est imposé en méthode rationaliste significative du modèle entrepreneurial, dans le culte idéologique de la gestion. Il envisage ainsi l’organisation de la Cité et de l’État[11] sous l’angle de la gestion bureaucratique et budgétaire des affaires.

Il prône la motivation (et non la mobilisation), la participation, la flexibilité, l’esprit d’équipe, et incite à l’enthousiasme, jusqu’à parler d’épanouissement personnel. Ce qui induit la confusion des frontières entre domaine public et sphère privée : chacun finit par accepter de croire que l’essentiel est d’être mobilisé, managé, coaché[12] - pour exercer un contrôle permanent sur soi.

L’incantation permanente en appelle au changement, à l’évolution, jusqu’à ne plus considérer passer sa vie professionnelle au sein de la même entreprise/organisation.

La méthode ne fait que générer un véritable mouvement de standardisation des comportements, de mise en conformité des conduites, de « formatage » des pratiques et des productions sociales et culturelles. Méthode qui s’est imposée avec facilité, par les formations visant à décoder et à maîtriser l’autre dans les interrelations et les interactions ; déceler la personnalité, pour un «  rendement et une rentabilité des rapports sociaux  »[13] ; dans l’idéologie d’une «  « communication totale » et de relations enfin transparentes . » (p. 9). Ce qui s’appuie sur l’idée d’une «  vision outrée et caricaturale des relations interpersonnelles, mécanistes à outrance, ostensiblement manichéennes . »[14]

-    L’évaluation et le projet

Pris dans cette conception entrepreneuriale et managériale du monde, nos vies, privées comme publiques, sont réglées d’après le registre de deux notions quasi indissociables : l’évaluation et le projet. Deux véritables modèles de l’action rationnelle, au sens d’action intentionnelle, par lesquels il s’agit d’expliciter les buts et la manière de les atteindre, dans les moindres détails. Autant de moyens qui ont pour intérêt l’efficience de la conduite. Tout est sujet à projet et à évaluation, où la seconde vient évaluer le premier, et où celui-ci contient dans son processus même celle-là.

Deux marques idéologiques qui se positionnent en diktats, comme universalisation d’une conception, d’un mode d’action, imposant un processus d’uniformisation. Ce qui est privilégié, c’est l’aspect technique, instrumental, où l’évaluation est majoritairement préconstruite, appliquée et imposée, plutôt qu’une démarche sociale élaborée en considération des valeurs culturelles institutionnelles et des individus, en termes d’implication volontaire et réciproque.

Le maître mot actuel est celui d’évaluer, et tout est soumis à cette injonction !

La communication : méthode d’endoctrinement

Avec l’hypermédiatisation, c’est la dimension de l’évènementiel, du divertissement, qui s’appuie sur le pulsionnel et l’émotionnel. Une banalisation des évènements consommés dans l’immédiateté, essentiellement par l’image, influençant notre perception du monde – réduit à du sensationnel et du spectaculaire -, nos préjugés. Dans un discours de l’ à-peu-près ambiant, tout ce qui est annoncé est entendu comme vérité : par une quantité prodigieuse d’informations difficilement vérifiables.

Passant les évènements dans son appareil interprétatif amplificateur des discours, les médias sont un organe de communication : ils fabriquent la réalité telle qu’ils la conçoivent et non telle qu’elle est ; la sculptent selon leurs critères, pour lui donner une apparence acceptable selon leurs codes, l’art du bluff en substance.

Les artifices sont nombreux et des plus sophistiqués pour construire la réalité sur le modèle des fictions hollywoodiennes, appuyées d’effets spéciaux. Le storytelling impose sa vision du monde en fabriquant des histoires auxquelles c’est à la réalité de se conformer, conditionnant et formatant les esprits[15]. Le monde va comme le storyteller, maître du jeu d’un nouveau pouvoir, le récite, en correspondance avec les traits caractéristiques de la société.

La communication se présente comme un mode d’organisation rationnel qui, à grand renfort de « technologies de l’information et de la communication » (les TIC), de ruses subtiles de marketing, de « relations publiques », distille, au travers d’ingénieux scénarios, des messages qui proposent de consommer des modèles, des styles de vie[16] en bonne conscience – pour une planète « intelligente » ! La communication prend en fait la forme déguisée d’une propagande. De celle qui sert à façonner l’opinion. Une communication qui sonne comme une injonction obsessionnelle, endoctrinante. Une communication qui, pour mieux convaincre, sait user et abuser de la novlangue.

«  Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde  » écrivait Albert Camus.

Le monde va comme il est nommé ! L’usage des mots est souvent réducteur et trompeur, induisant les pratiques. Le pouvoir du langage joue sur la relation dominants/dominés : mots d’ordre prônés et modes d’organisation sont des simulacres et des valeurs-écrans. Les mots participent de la logique de la société qui les mobilise. A travers nos valeurs, et par le truchement du langage, nous véhiculons des caractéristiques idéologiques puissantes[17].

Des exemples de discours paradoxaux :

-    La réclame d’un produit alimentaire qui indique que : «  pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé  ». L’adverbe « trop » annulant toute indication.

-    les salariés sont des «  collaborateurs  », gérés (plutôt qu’ exploités  ?) comme «  ressources humaines  » ;

-    les vieux sont devenus des «  séniors  », après avoir été des «  personnes âgées  ». Honte du vieux au monde du jeunisme, alors que l’on utilise constamment « jeune » ;

-    les syndicats sont transformés en «  partenaires sociaux  » (sur les bases de quel contrat de confiance ?). Partenaires sociaux « utilisés » comme faire valoir, voire instrumentalisés, dans le cadre de débats, de projets et de négociations ;

-    pour rester dans le domaine : «  restructuration  », puis désormais «  plan social  » : cynisme qui évite d’utiliser le terme licenciement ;

-    faire état d’une «  libre expression  », de «  concertation  », de «  participation  », alors que la censure est toujours proche, voire la sanction ;

-    aux valeurs affichées de «  respect  », de «  confiance  », de «  dignité  », de «  tolérance  », de «  solidarité  », obsessionnellement évoquées, dans les faits, apparaissent la mauvaise foi , le mensonge , la duperie , la fourberie . Quel intérêt donc de valoriser les notions de compétences et de talents quand l’individu est autant méprisé ?

-    autre type de formule : «  nous sommes tous responsables  ! » Qui n’est en fait qu’une manière de se déresponsabiliser en diluant toute responsabilité. À être tous responsables, il n’y a plus de responsables.

Et toutes les manipulations langagières qui se font au nom du sécuritaire, du bien être et du bonheur.

 

Réflexion conclusive à propos de nos convictions et de nos valeurs.

Aujourd’hui, et pas seulement dans le travail social, c’est un désenchantement de la part des professionnels, qui vivent des contradictions provoquant de profondes blessures : un désordre dans les esprits et un malaise dans les organisations.

Dans le contexte actuel, l’effort est considérable pour défendre ses convictions, ses valeurs, et pour agir ; tout est fait pour dissuader d’avoir des convictions (qui durent) : censures et autres moyens (de pression) sont réguliers. Nous devenons les instruments d’une organisation impersonnelle.

Concilier convictions et actions , ne serait-ce pas commencer par accepter de mettre la question en débat au sein de chaque organisation ? Débat dont les organisations ne peuvent retirer que des avantages : 

-  Quelle légitimité d’action : qu’ai-je le droit de faire/dire ? Qu’est-ce que je m’autorise à faire/à dire ?

-  Quid de la liberté ? : liberté d’agir selon des convictions/d’avoir des convictions pour l’action ?

La plupart du temps, nous nous défaussons : « c’est le système ! ».

«  Lorsque j’adhère à l’idéologie du moment, j’ai besoin de me persuader que c’est librement ; et c’est ce mensonge qui donne à cette idéologie un pouvoir social irrésistible . »[18]

« En effet pour Charbonneau, l’homme est un animal social qui rêve d’une liberté qu’il ne supporte pas  ; et s’il ne la supporte pas, ce n’est pas parce que cette liberté est impossible (…) mais parce qu’elle est tragique et source d’angoisse douloureuse. »[19]

«  La liberté est action, elle est libération . »[20]

-  Résister au conformisme social et s’en affranchir : ne pas se laisser abuser, s’indigner, s’insurger, déranger… et agir ;

-  Refuser l’impersonnalité de cet ordre social (qui déshumanise) : ne pas accepter la déresponsabilisation ; être responsable, c’est accepter pleinement les responsabilités qui y sont liées [la dépersonnalisation est liée à la déresponsabilisation : nous voulons être pris en charge pour éviter tout risque : d’être malade, d’être agressé. Nous voulons ne plus rien risquer. Qu’est-ce que je risque par un engagement ?].

-  Ne pas occulter le fait que convictions et actions peuvent être au « service » (pour servir) d’ambitions personnelles. Quelle action pour le collectif alors ?

 

Une phrase de Bernard Charbonneau interpelle : « … ce qui manque à l’homme moderne, c’est (…) la capacité à mettre en pratique, à incarner, ses valeurs dans son action . »[21]

François SIMONET

Pau, 24 novembre 2011

NOTES

[1] Intervention dans le cadre d’un Café Social organisé par l’ANPSE 64 (Association Nationale des professionnels et acteurs de l’Action sociale, médico-sociale et sanitaire en faveur de l’enfance et de la famille), sous le thème : « « Les fantassins du social » … Ou comment pouvoir et puissance se retrouvent dans nos métiers… ?  ». Jeudi 24 novembre 2011, à Pau.

[2] Yann LE PENNEC, « Bourdieu et les « fantassins du social », Les Cahiers de l’actif, n°314-317, 07/10/2002, p. 265-270. Yann Le Pennec, directeur départemental de la Protection Judiciaire de la Jeunesse dans le département du Morbihan jusqu’en 1998.

[3] Jean de La Fontaine, Les animaux malades de la peste , Fable 1 du Livre septième. 1678.

[4] « Il est cependant plausible de présumer que ces mots se réfèrent à des qualités différentes, et leur sens devrait donc être soigneusement examiné et déterminé… L’usage correct de ces mots n’est pas seulement une question de grammaire, mais aussi de perspective historique […] Au-delà d’une confusion apparente demeure la ferme conviction que des distinctions terminologiques plus précises seraient, au mieux, d’une importance mineure : la conviction que le problème politique essentiel est et a toujours été de savoir qui domine et qui est dominé. Pouvoir, puissance, force, autorité, violence : ce ne sont là que des mots indicateurs des moyens que l’homme utilise à des fins de dominer l’homme ; on les tient pour synonymes du fait qu’ils ont la même fonction […] ». Annah ARENDT, Du mensonge à la violence ; Essais de politique contemporaine , Paris, Calmann-Levy, Agora, traduit de l’anglais par Guy Durand, 1972, p. 143-144.

[5] Jacques ELLUL, La technique ou l’enjeu du siècle, Paris, Economica, Classiques des sciences sociales , 1990.

[6] Au rang desquels la simulation. Ainsi, ce n’est pas tant l’expérience d’un phénomène réel qui est retenue pour opérer une anticipation de probables mais plutôt ce qu’en « disent » les logiciels (et les algorithmes), les probabilités, les statistiques et les modélisations.

[7] Une science qui ne retient que les faits, objectivant le réel pour le rendre abstrait et qui, à vouloir prouver en faisant aussi appel à des connaissances fausses, n’est pas à l’abri de délires et de supercheries intellectuelles. L’histoire ne manque pas de ces supercheries !

[8] Jacques ELLUL, Le bluff technologique, Paris, Hachette, Pluriel , 1988.

[9] Pierre Bourdieu, Sur la télévision, suivi de L’emprise du journalisme , Paris, Raisons d’agir, 1996.

[10] Ce qui fait dire que : « le réflexe des gouvernements (quels qu’ils soient) de soutenir – spontanément et massivement – des entreprises ne prouve-t-il pas à quel point notre monde est organisé par et pour l’entreprise ? » André SOLÉ, in Jérôme MÉRIC “et. al”, La Société du Risque : analyse et critique . Paris, Economica, Gestion , 2009, p. 47.

[11] Considérant que « le public se met aux méthodes du privé ». in revue Management , février 2011, revue mensuelle, article de Muriel Jaouën, p. 88-90.

[12] Roland GORI ; Pierre Le COZ, L’empire des coachs ; une nouvelle forme de contrôle social , Paris, Albin Michel, 2006.

[13] Pascal LARDELLIER, « Du fol essor des “pseudothérapies relationnelles” et autres “chiromancies du décodage non-verbal” dans le champ organisationnel », colloque international, Angers, novembre 2010, p. 5.

[14] Pascal LARDELLIER, op. cit., p. 16.

[15] Christian SALMON., Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits , Paris, La Découverte, 2007.

[16] Naomi KLEIN, No logo ; la tyrannie des marques , Paris, Actes Sud, J’ai lu , essai traduit de l’anglais par Michel Saint-Germain, 2001.

[17] HAZAN É., LQR ; La propagande du quotidien , Paris, Raisons d’agir Éditions, 2006.

[18] Daniel CÉRÉZUELLE, Écologie et liberté ; Bernard Charbonneau précurseur de l’écologie politique , Paris, Paragnon/vs, 2006, p. 139-140.

[19] Daniel CÉRÉZUELLE, op. cit., 2006, p. 141.

[20] Daniel CÉRÉZUELLE, op. cit., 2006, p. 156-157.

[21] Daniel CÉRÉZUELLE, op. cit., 2006, p. 158.

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