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PEDAGOGIE INSTITUTIONNELLE. PEDADOGIE DE L’EXISTENCE

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Pierre RICCO

mercredi 25 mai 2016

PEDAGOGIE  INSTITUTIONNELLE

 

PEDADOGIE DE L’EXISTENCE

 

 

Pierre Ricco’

 

Un établissement établit un ordre en produisant des règles qui ont vocation à être pérennes. Cet ordre crée une homogénéité où la surprise serait absente, et chacun devient un agent agencé presque engoncé dans le règlement. Le désir est absent, la parole impensable, il y a déficit de Loi.  L’établissement s’enferme et se ferme au monde. La société ne lui demande que ce qu’il sait faire. Nous sommes dans la répétition. L’établissement et l’organisation sociale ne sont plus en situation clinique pour entendre les besoins, interpréter les appels, c’est le blocage.

Ne parlons plus de demande mais d’appel. La demande s’adresse à un répondant  constitué, mais l’appel éclate dans un espace qu’il ouvre en abîme et que ce serait fermer que d’y loger une réponse qui n’aurait été, elle même mise en question dans son propre vide.  Henri Maldiney

Une institution institue dans le désir, elle fait Loi, elle se projette vers un devenir. La Révolution française n’a-t-elle pas créé les Instituteurs pour instituer la République ? Une institution vit dans l’hétérogénéité où la surprise est possible, où la surprise fait événement, qui, analysé par le parler ensemble dans cette hétérogénéité devient avènement de proposition nouvelle, ça fait ouverture. Cette analyse interroge l’institution pédagogique où elle se produit, mais aussi l’organisation sociale. Elle est forcément politique. Ainsi un incident n’est pas lu comme un manquement au règlement de l’établissement, mais comme un appel à l’ouvert. Alors, ne parlons plus d’ agent, mais d’ acteur  qui en ayant conscience de son rôle agit vers le changement ; voire d’ auteur  en capacité de créer, d’être citoyen co-auteur d’une société hétérogène allant vers un ouvert pour exister.

Si l’établissement établit, ses agents établissent, ils font œuvre définitive en produisant des définitions académiques, des évaluations chiffrées faussement scientifiques mais si utiles à l’ordre social établit.

L’institution par un cadre méthodologique rigoureux, va produire une  réflexion où le tâtonnement est gage d’hétérogénéité et de réponses nouvelles à l’interpellation d’une personne, d’un groupe, de la société. L’institution sait transformer par la parole en groupe, un fait, un accident, une pratique en source de compréhension originale à l’origine de réponses éducatives surprenantes.

 

La réflexion n’a pas seulement dévoilé l’irréfléchi, elle l’a changé, ne serait-ce qu’en sa vérité.

Une pratique réfléchie, est déjà une pratique modifiée . Maurice Merleau-Ponty

L’acteur de l’institution n’a peut-être pas l’assurance de l’agent de l’établissement, mais il sait que toute réponse nouvelle n’est que provisoire, qu’il va d’éphémère en éphémère. La nouvelle décision  qui est mise en place comme réponse individuelle, de groupe où institutionnelle est déjà quelque chose du passé. Elle est dépassée. Nous pouvons l’appeler moment institué (participe passé) par rapport au moment de surprise, de questionnement, de doute et d’analyse que nous pouvons appeler moment instituant  (participe présent).

Toute la dynamique de la pédagogie institutionnelle nait de ce rapport fécond entre moments instituants et moments institués.

 

Une pédagogie institutionnelle est une réponse dynamique et citoyenne de l’éducation spécialisée, une inspiration pour le travail social communautaire de quartier.  Sa devise :

 

RYTHME–PAROLE–EXISTENCE.

RYTHME

 

Le rythme , dit Henri Maldiney, s’articule en instants critiques résolus les   uns dans les autres dans le cours d’un ressourcement mutuel…...une présence….exposée à l’espace, le rythme l’égale à l’espace, comme il le fait de son présent le temps. Une pédagogie institutionnelle est une pédagogie attentive à l’espace que modifie le temps pour une dynamique nouvelle de l’institution, de l’équipe, de chaque enfant. Le rythme n’est pas la cadence obligée dans les établissements.

Les troubles du développement,……sont toujours en lien avec une carence de l’implication rythmique de la parentalité par défaut ou par excès……….d’où il résulte pour l’enfant, y compris pour l’enfant devenu adulte, la non ouverture au rythme et à la dépression originaire ; dans le même temps qu’il reste enclos à l’intérieur de la destructivité narcissique omniprésente. Dominique Thouret.

Dans une institution, le rythme vit par trois axes.

 1-L’organisation de la présence du personnel, l’éducateur qui dit « bonne nuit » le soir est aussi celui qui dit  « bonjour » au réveil, etc.…

 2-l’observation écrite des faits individuels et de groupes pour s’émerveiller des murmures du désir de chacun dans son développement, pour travailler en équipe voire avec les jeunes ce murmure. C’est cette implication du personnel dans une équipe parlante qui pourra donner à chaque enfant la capacité à se dresser au péril de l’espace et de se tenir debout les mains ouvertes vers le possible.

 3-La mise en place dans le temps et l’espace des analyseurs construits.

PAROLE

 

Le but de toute éducation est le renoncement à la mère car est citoyen celui qui est en capacité d’établir des liens avec la société. C’est la loi qui active ce renoncement. Cette loi est parole. Ces jeunes qui sont confiés à l’éducation spécialisée ne sont pas dans ce renoncement. Ils nous sont confiés parce que le tiers a manqué et ainsi, toute institution éducative produira des dyades que Jean OURY qualifie de forcement mortifères. La pédagogie institutionnelle introduit le tiers par la parole. Le parler en équipe est le tiers éducatif indispensable au renoncement progressif. Cela veut dire aussi une institution avec une hiérarchie éducative, c’est à dire une hiérarchie où chacun exerce sa fonction, où chacun reconnaît ces fonctions, condition pour le parler ensemble.

La pédagogie institutionnelle est une expérience du vivre ensemble, mais surtout une possibilité de parler cette expérience pour la modifier. Une pédagogie ne passe pas par des discours faits aux jeunes et des punitions, mais par des expériences vécues. C’est en cela qu’elle est aussi un entrainement à la citoyenneté par la pratique des analyseurs construits.

Est analyseur celui qui par son écoute permet la parole, mais aussi un espace-temps qui permet le dire. Non pas la parole parlée (participe passé) mais la parole parlante (participe présent) comme dit M. Merleau-Ponty, cette parole qui me surprend, qui me défait et refait.

Il y a pédagogie institutionnelle, lorsque l’institution prévoit les analyseurs construits dans un rythme hebdomadaire, trimestriel et annuel. Les réunions pour l’organisation et la gestion du budget, les réunions pour parler la vie du groupe ou de l’institution, les entretiens à la demande des adultes, mais aussi des jeunes avec la présence de personnes choisies par chacun d’eux, réunions de fin de semaine avec tout le personnel, cette réunion ouverte aux parents, aux voisins, aux autorités etc...comme tiers éducatif en action.

La pédagogie institutionnelle est aussi et avant tout contretransfert afin de favoriser chez chacun la projection de scènes antérieures pour les dépasser. Il n’y a pas de transfert sans contretransfert. Cette force pédagogique existe seulement dans les institutions où existe une hiérarchie éducative (et non pas une hiérarchie de statut comme dans les établissements), l’observation active,  des groupes de parole pour reconnaître le «jeu», le parler afin que les scènes répétitives provoquent des scènes résolutives.

EXISTENCE

 

Existence au sens de ex  : hors et sistere  : avoir sa tenue. Donc sortir de son état, aller vers l’ouvert.

Qu’est ce que je fais de ce que l’on a fait de moi.  Jean-Paul Sartre.

Passer d’une logique du réel à une logique du possible réel.

Les jeunes enfants nous sont confiés pour qu’ils fassent un pas de côté du chemin déjà établit hélas entre la société et les parents, interrompre ce cycle personnel de reproduction.

 Connaître un autre lieu culturel qui ouvre au monde social.

Des adolescents nous sont confiés car pour eux ici dans ce monde, l’espace où ils essaient de vivre, et bien cet espace, çà ne veut rien dire. Ils sautillent d’un point inconfortable à un autre point inconfortable comme un oiseau qui ne peut prendre son envol. L’institution éducative est un espace qui donne lieu à travail du sens par la combinaison du rythme et de la parole. L’institution éducative est un nid où le jeune apprend à voler de ses propres ailes, car dans cet espace-temps, le vivre ensemble n’est pas aussi violent qu’à l’extérieur, il y a ici, une combinaison rythme et temps préparatoire à une vie sociale qui jusqu’ici mettait en difficulté tel ou tel jeune à nous confié.

Un jeune est dans une institution éducative pour qu’après la fameuse couverture chaude  proposée par Winnicott il comprenne pourquoi et comment il est arrivé ici.

L’homme comprend en se projetant et il se projette en se comprenant.  Jean- Paul Sartre.

Exister c’est se pro-jeter. Alexandre Lothellier nous apprend que le verbe se projeter  ne se conjugue pas avec le verbe avoir, mais avec le verbe être. La pédagogie institutionnelle est un espace-temps donné à un jeune pour qu’ici et maintenant il comprenne le chemin qui l’a conduit jusqu’ici. C’est cette compréhension et seulement cette compréhension qui l’autorisera à imaginer un autre chemin possible par le renoncement à la mère.

Chambéry,  mars 16

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En Ligne.

RICCO’, P. Une réponse éducative à de la violence en institution.  Psychasoc.com

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