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Petit récit du voyage du Lieu de Vie La Bergeronnette au pays de la clinique... chez cadet ROUZEL

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Eric JACQUOT

jeudi 03 mars 2011

Petit récit du voyage du Lieu de Vie La Bergeronnette au pays de la clinique... chez cadet ROUZEL

17h départ, après moult rebondissements, c'est-à-dire ce qu’on appelle avec simplicité la routine, il n’est jamais aisé de quitter son Lieu de Vie …. Un taxi qui doit ramener un jeune chez sa mère est largement en retard. Nous le ramènerons donc nous-mêmes en faisant un petit détour sur la route qui nous amène (amen) chez Joseph Rouzel. Cela n’est pas du goût de notre GPS, d’ailleurs je trouve ça louche, c’est le seul qui trouve à redire ; Il hurle en continu ‘faites demi-tour immédiatement‘. Notre GPS ne fait pas dans les tergiversations cliniques et démontre une détermination pour le moins dénuée d’affects pour ce petit qui voudrait rentrer chez sa maman. Nous prendrons donc quelques minutes pour nous excuser de notre GPS auprès du petit. Une demi-heure plus tard, nous reprenons l’autoroute vers le sud, notre GPS a repris ses esprits, il parle meilleur, mais je n’aime finalement pas le ton de sa voix et sa mort clinique pourrait être programmée si à l’avenir et à l’approche de la Rue Jean Moulin, il nous demandait de faire demi tour immédiatement. « Je ne le supporterais pas ».

Dans le véhicule, « l’ambiance » si chère à OURY est de bon augure. Certains se sont déjà mis en ‘jachère’ et se rapprochent d’une position clinique en s’effondrant dans leurs sièges. D’autres échangent sur le boulot de ces derniers jours … « Tu as vu Pierre, il a encore lâché ses résistances, en faisant dans son froc, comme dit la psy :  « c’est qu’il va mieux et qu’il s’installe à La Bergeronnette ! »

C’est bon d’être là tous ensemble en route vers un sémaphore, un phare pouvant éclairer nos pratiques – c’est bon de savoir qu’il y a là, partout en France, des gens pour nous éclairer dans notre quête de sens – la clinique du sujet demande parfois du vagabondage et de l’itinérance et de questions en non réponses, elle s’élabore en inventant le chemin des « Bergers honnêtes ». Notre luxe à nous c’est de savoir que l’on ne sait pas et d’avoir du temps à consacrer à cette question. Je ne sais pas de quoi demain sera fait à Psychasoc et on verra bien, mais je sais déjà que c’est du temps de gagné sur le chemin qu’il nous reste à parcourir.

Visite nocturne dans le vieux Montpellier, repas sympa. Fin de soirée dans un pub irlandais. « Ce n’est que du bonheur aurait pu dire Franck Ribery, de se retrouver là, tous ensemble dans cette ville hospitalière et vivante, lieu de vie d’une jeunesse désinhibée, décoincée de l’étau des principes de plaisir et de réalité. On a toutefois pas vu Zahia…

La nuit sera courte, même pas le temps de rêver à ce que sera fait demain. Nous prenons la vie comme elle vient me disait ma sœur en étendant le linge la semaine dernière. Dur, la sonnerie du réveil. Il faut remettre nos costumes de praticiens raidis par le froid. Nos vieilles perruques de normopathes traînent au pied de nos tables de nuit, nous devons maintenant forcer le pas. Que va dire le maître si nous arrivons en retard ?

Il est là devant nous. Bien plus beau que je ne l’avais imaginé. « Quel bel homme » : aurait pu dire J. LANG. D’un regard averti, il observe, s’amuse discrètement de nos teints blafards. Il a le regard du sage qui voit revenir l’exalté voyageur d’une lointaine contrée ou le troupeau à la bergerie. Sa voix est de velours, le ton est calme, posé – l’écouter donne immédiatement de l’assurance. L’assurance d’être écouté, voire d’être entendu. C’est rare dans notre métier. C’est l’assurance de ne pas être venu pour rien, car il fait bon chez lui, bercé par le crépitement de la cheminée de sa cafetière entartrée. Il cause vrai, il ne lâche rien. Tel un Cyrano de Bergerac, il a du nez, il pointe, il esquive, il touche sur ce qui fait sens. « C’est qui le chef ? Est-ce qu’il est plus payé que les autres ? C’est quoi votre projet ? Quels sont les mots (les maux aussi) qui le fondent ? » Il nous remet à notre place sur le métier, celui de tacherons du quotidien. Redéfinir les mots et leurs sens, redéfinir ce qui nous fait être là aujourd’hui ensemble devant lui et qui fait projet en nous. Joseph, il explore la singularité en détricotant du collectif et il allume en chacun de nous un feu salvateur propre au mouvement « aux armes citoyens ». Il nous fait naître ou re-naître en nous disant que nous sommes des êtres pas finis, mal définis. Il a l’œil du père bienveillant qui donne l’envie et le désir de faire, de continuer, de douter, d’apprendre, de se laisser apprendre, de rêver et de continuer à créer notre propre utopie. Il s’inscrit dans une triangulation entre nous et la clinique dans un élan presque anti-oedipien car il est tout sauf le père castrateur ou le tiers séparateur, car il est à la fois étonnamment le père te la mère réunis en un seul, sans fusion, ni confusion mais dans une praxis bien maîtrisée (bien matinée). Il donne vie à ce qui nous touche en lui donnant la force et la résistance nécessaire à sa survie. C’est le maître des mots qu’il distille sans suffisance en se mettant à la hauteur de celui à qui il s’adresse. Il m’a fait du bien et à l’équipe toute entière aussi. Voilà une rencontre que je n’avais pas imaginée il ya quelques années qui vient faire sens dans ce que je suis et ce que nous recherchons. Voilà un moment que j’aimerais à nouveau partager . J’aime ces gens qui vous donnent l’autorisation d’être vous-mêmes. Merci à eux. Merci à l’Autre. Ils sont à la fois rare et précieux dans notre société, il faut leur dire et les protéger, c’est de notre devoir.

« Je vous demande de vous arrêter » : disait Balladur un soir de grande solitude. « Il n’y a pas d’arêtes dans le beefsteak » lui répondit l’écho de Max le résistant dans sa geôle d’une prison lyonnaise.

Et c’est comme ça qu’a commencé mon voyage au pays de la clinique au pays des mille et une idées.

« Un voyage interstellaire, méga fusion, hyper vitesse ! », m’a dit notre fils Nils, 4 ½ ans, en rentrant à la maison après 30 heures de séparation et j’étais plutôt d’accord avec lui.

Eric JACQUOT

PR

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