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Pratiquer l’émotion ou l’émotion dans la pratique

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Antoine PASSERAT

mercredi 31 août 2011

Pratiquer l’émotion ou l’émotion dans la pratique

Un coup de crayon,

Une explosion dans ce cafouillage, ce nœud rempli de couleurs.

Les lignes se rejoignent, et,

Les dessins qui apparaissent en témoignent

C’est une lourde esquisse de douleur

Je recherche les formes

Je n’y trouve que souffrance

Son regard est froid est rempli d’horreur.

Récemment, j’ai été confronté à des émotions lourdes à porter. Un des adultes handicapé mental, ayant des troubles psychotiques et des troubles associés a changé de comportement en quelques jours, 3, 4 pas plus. Au moment où j’écris, nous n’avons pas trouvé de solution, pas tout analysé, mais j’ai un premier recul suffisant pour poser quelques mots. Les poser plus tard serait à mon sens synonyme de perte de charge dans l’intensité des émotions que j’ai vécues et que je souhaite transmettre.

Ce jeune, j'en suis son référent. Nous avons quasiment le même âge, et bien souvent j’ai senti qu’il cherchait à s’identifier à moi comme il le fait avec son frère et ses sœurs. Je me suis fait la réflexion plusieurs fois que ce genre d’accompagnement est intéressant mais me convoque à un endroit où je n’ai pas forcément l’habitude. Des liens se sont créés, et malgré la distance que je maintiens afin d’être au plus proche de ma vision d’un éducateur « suffisamment » professionnel, force est de reconnaître que je m’implique beaucoup dans son suivi et que chaque rechute, soucis qu’il rencontre peut me faire violence.

Il y a de cela quelques jours, en l’espace d’un week-end, il a changé de comportement et je l’ai rencontré le lundi matin et les jours qui ont suivi différemment de d’habitude. Cet écrit a pour objectif d’essayer de retranscrire ce que j’ai ressenti en tant qu’individu et comment j’ai essayé de me professionnaliser et de donner du sens à cette souffrance, et cette violence qu’il m’a renvoyée, pour, comme je le redirais plus tard, me retrouver en plein dans ma pratique d’éducateur. J’apporte dans cet écrit des instants bruts dans l’écriture que j’alterne avec des passages explicatifs, ce qui correspond à ma manière de travailler au quotidien. Je vis des émotions et j’en fais ensuite quelque chose.

Face à un nœud d’intolérance psychique, l’impossibilité de trouver une manière de le dénouer provoque un emmêlement semblable à un labyrinthe de pensée. Labyrinthe de pensées dont je n’arrive pas à trouver la sortie. Pourtant je le connais, je l’ai déjà vu, alors, je cours, je m’essouffle. L’envie me prend de choisir le raccourci, la voie plus destructrice pour l’autre, le chemin du plus simple, du moins en apparence.

Un sursaut de je ne sais quoi, professionnalisme, rigueur, ou simplement humanité me pousse à choisir la voie de pensée la plus longue et cette même pensée devient une voix dans ma tête qui me pousse à construire.

J’imagine ce labyrinthe, il devient alors un plan, une analyse, dans un premier temps, ce que je vois, ensuite ce que je ressens, puis la même chose avec du recul. Je rajoute le regard des autres. À ce qui se forme dans mon esprit, j’ajoute quelques couleurs, une déformation personnelle de toujours vouloir imaginer le mieux, colorée les choses. Avec tout cela est-ce que je comprends mieux ? Est-ce que je le comprends vraiment mieux ?

Je ne sais pas encore, mais ce qui est certain alors pour moi c’est que je ne suis plus face à un nœud, je vois un ensemble complexe de choses qui une fois dénouée reprendront du sens, quelque chose qui du coup ne me repousse plus, et là ça y est je sens que je suis retourné en plein dans ma pratique d’éducateur.

Comme je l’ai expliqué précédemment, je parle ici d’un jeune homme et de comment je l’ai retrouvé après seulement deux jours d’absence.

Ce qui est surprenant et déstabilisant c’est que cet homme habituellement est charmant, un peu pataud parfois pour demander les choses, mais aimable, jamais un mot déplacé face aux autres. Dans l’état où je l’ai trouvé, bien que toujours courtois, en quelques minutes il m’a mis dans un état où je sens en moi de la violence, chose inhabituelle. J’avais alors envie de ne plus le voir, de l’engueuler à chaque instant. En un week-end, j’ai trouvé une personne complètement perdue dans ses phrases, ses gestes du quotidien.

C’est d’habitude un homme qui malgré des lacunes sait quand même se prendre en charge, a un minimum de logique dans ce qu’il fait. Lorsque je l’ai trouvé changé, il était complètement différent, enchaînait les actions insensées. Je n’ai pas compris son comportement, je n’ai pas vu tout de suite qu’il avait un souci profond et j’ai alors repris tout ce qu’il faisait en lui expliquant sèchement qu’il ne faisait rien comme il faut. Je ne sais pas alors, d’où cette violence dans la relation est venue. Je pense que le voir aussi perdu, insensé, en l’espace de quelques jours seulement, a dû m’effrayer. Face à une telle situation ma réponse instinctive à été l’énervement, comme si le fait de hausser le ton allait l’obliger à arrêter de « faire l’imbécile », « arrêter de délirer », impliquant que sa folie, sa désorientation ne soit qu’une saute d’humeur, une provocation.

Avec le recul, c’est assez narcissique comme réaction de voir dans la difficulté de l’autre une provocation. Je pense aussi qu’ayant quasiment le même âge, l’effet miroir a été important pour moi, voir celui qui est en face perdre d’un coup beaucoup de capacités m’a fait violence.

Les jours ont passé et la sonnette d’alarme a été tiré par tous les professionnels intervenant avec lui au quotidien, en internat, en atelier. Nous avons parlé en équipe en présence du chef de service de l’état de cette personne, et force est de constater que chacun a pu renvoyer, que l’état du jeune homme renvoyait à chacun des choses compliquées provoquant de l’énervement en des temps records chez les professionnels.

Je situe cette réunion au moment où je parle plus haut de l’instant où je suis retourné dans ma pratique d’éducateur. Finalement c’est l’instant où nous avons réussi à mettre des mots et au-delà de la violence que nous ressentions, que je ressentais. C’est le moment où nous avons pu imaginer la souffrance qui devait provoquer toutes ces émotions chez nous.

Ce qui a été choquant dans l’état du jeune homme c’est son regard, lourd de sens, de folie, un regard que nous avons qualifié pour plusieurs de maniaque. Qualificatif qui a été utilisé par le psychiatre qui craint une phase maniaque.

Au jour où j’écris nous n’en savons pas plus, l’accompagnement se poursuit et tout est mis en place, observation, rendez-vous médicaux, lien entre les professionnels pour assuré un accompagnement éducatif et médical de ce résidant.

Voilà ces quelques lignes, pour moi, témoignent bien d’une pratique éducative où nous sommes confrontés quotidiennement à des émotions qui nous traversent, et à ce que nous en faisons ou essayons d’en faire. C’est à mon sens un des principes de notre métier, vivre des émotions, et les penser pour ne pas les laisser à l’état brut.

Antoine PASSERAT, moniteur éducateur, en formation d’éducateur spécialisé.

Rédigé en septembre 2011.

Commentaires

la pensée

et si le labyrinthe était aussi le notre.
nos idées sont parfois balayé par leu réalités

panser

alors tu penses ?
pourtant ta directrice la penséeeeeee ?

 

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