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Quand le dévoue ment

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Alain Thiery

dimanche 05 juin 2011

Quand le dévoue ment

       Un élu, conseiller général, confronté à un mouvement de grève du personnel départemental et notamment des travailleurs sociaux, jugea bon de développer un discours saluant le ''dévouement'' des personnels au service des ''usagers'' (des usagés ?).

       De la lecture de ce terme, a d'abord surgi pour moi ce mot d'esprit : « qui se dévoue ment », dont le sens ne m'est apparu que dans l'après coup, dévoilant la tromperie de celui qui prétend ainsi se vouer à l'autre. A chacun sa névrose, et sa manière symptomatique de tenter de s'en accommoder. Jean-Pierre WINTER, dans son livre «  Dieu, l'amour et la psychanalyse  », énonce à sa manière l'imposture : «  le désir qu'a l'homme de se surpasser par la moralité est un piège qu'il se tend avec la complicité de la société  ».

       Mais au-delà du mot d'esprit, cette anecdote m'a inspiré un commentaire quant à ce que véhicule, au fond, un tel discours démagogique.

       La fréquentation de la psychanalyse enseigne la ''méfiance'', par rapport au signifiant. Si la personne ment, le signifiant lui, dit la vérité, souvent à l'insu de celui qui la profère d'ailleurs. Ainsi, je ne crois pas un instant à ''l'innocence'' d'un tel dire, même et surtout lorsqu'il échappe à son auteur.

       La référence au dévouement dans la bouche de cet élu commentant la colère de personnels épuisés par des conditions de travail toujours plus lourdes, dit la manière dont il considère ce travail dit « social », une action dans laquelle le ''dévoué'' doit s'engager sans compter, un sacrifice en somme.

       Ce que loue cet élu en effet, c'est l'absence de limite dans l'action du personnel, qui serait tout entier dévoué au service des ''pauvres''.

       On peut y voir bien sûr la marque de vieux réflexes judéo-chrétiens culpabilisants. Mais au-delà ce discours est l'empreinte plus sournoise, du discours néo-libérale, celui qui prône  l'absence de limite, y compris, dans l'investissement qui est attendu des ''travailleurs''.

       L'air de rien en effet, ce qui est remis en cause, c'est justement ce qui vient aujourd'hui encore, faire limite à l'investissement professionnel de chacun et surtout barrage aux exigences que l'employeur peut développer envers son personnel. On pense notamment au droit du travail, régulièrement attaqué, grignoté par les tenants de l'idéologie néo-libérale et de la flexibilité.

       Bien plus qu'une maladresse de langage, une erreur de com comme on dit aujourd'hui, cette parole est donc à entendre comme une ''vérité'' de celui qui l'énonce, et qui prône tout bonnement l'asservissement. Bien plus qu'une petite phrase déplacée, j'y vois un programme qui ne se dit qu'à mots couverts, et qui consiste ni plus ni moins qu'à la mise en place d'une forme moderne d'esclavage.

                                                  Alain THIERY

                                                     mai 2011

J-P Winter : « Dieu, l'amour et la psychanalyse - Une lecture profane des dix commandements » – Bayard - p116

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