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Séminaire

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Joseph Rouzel

lundi 05 mai 2008

Ce texte est une suite de notes sur lesquelles j'ai pris appui pour la séance du séminaire de mars. Si je les publie ici, telles quelles ou parfois réarrangées, c'est pour donner à voir que la pensée ne tombe pas toute cuite, qu'il faut en suivre les méandres pour de temps à autre parvenir à bon port. L'écriture produit de la pensée. Y compris sous cette forme bredouillante, vacillante, gribouillante, ces squiggles dont nous parle Winnicott. C'est un paradoxe là où l'on voudrait au contraire que les pensées que l'on dit avoir en tête produisent de l'écriture. Ce qui relève de l'impossible. Il y a bien, comme l'énonce Lacan, une discontinuité entre le « je pense » et le « je suis ».

Rewind!

4ème Séance.

1ère: brassage large.

2ème: Film de Pierre Legendre, Dominium Mundi , les entours de la question institutionnelle, comment la management vient boucher le point de vacuité qui soutient toute institution.

3ème séance: exposé de Jacques Cabassut sur son ouvrage à paraître: L'institution parlante . Avec cette idée que ce qui se joue dans les espaces de rencontre singuliers (comme l'entretien avec le psy) se joue aussi sur la scène institutionnelle. D'où un va et vient permanent entre les différents espaces. Les espaces quoique différenciés, ne sont pas étanches. C'est quand on se parle entre professionnels que ça produit de l'institution.

Un mouvement se dessine dans ce séminaire. Comme dans le film d'Hitchcock Fenêtre sur cour : zoom avant. Du plus lointain au plus proche. « Du monde entier au coeur du monde » ( Blaise Cendrars)

Aujourd'hui j'aimerai reprendre la question à coeur, comme on dit d'un bon fromage qu'il est fait à coeur. A coeur, c'est à dire à partir de la question du commencement que j'ai juste esquissée la fois dernière en préambule à l'intervention de J. Cabassut.

Partons de cette phrase de Jean Tardieu à propos du travail du peintre Alechinsky, qui me trotte dans la tête. Il parle du « tonnerre de la joie de créer ». On peut reproduire cette phrase en trois cercles qui donnent une topologie de la création: « créer» au centre; dans un cercle plus large qui l'englobe: « joie »; puis encore plus large « tonnerre »

Jean Tardieu nous emmène au coeur de la création. Mais la joie ne jaillit qu'avec le tonnerre, une des manifestations des être divins. On pourrait reprendre ces trois cercles dans le noeud borroméen: Créer: réel; joie, symbolique; tonnerre, imaginaire. Il n'y avait rien, et soudain, du fait d'un acte humain, il y a quelque chose. Création ex-nihilo . Toute institution est conditionnée par ce « ex-nihilo », c'est son point de fondation. Evidemment la façon dont on borde ce point de vide à l'origine n'est pas sans conséquences sur la logique et la dynamique institutionnelles.

Penchons-nous sur deux grands mythes de création: la Genèse et Totem et tabou de Freud. Mais j'ouvrirai la question en partant d'un roman étrange qui vient de paraître: Les disparus, de Daniel Mendelsohn. Le narrateur, qui est très proche de l'auteur, va partir à la recherche du frère de son grand père et de ses enfants, portés disparus. C'est comme un trou noir dans la généalogie. C'est « ce qui commence et ce qui commande », pour reprendre une belle expression d'Hannah Arendt. C'est ce qui commande le livre, la recherche. Le seul signifiant, le seul « label » comme l'écrit Mendelsohn, qui vient border ce point de disparition qui fait l'énigme du commencement de la recherche (encore 3 dimensions ou 3 cercles ici) , sont ces paroles véhiculées par la famille : « tués par les nazis ».

Le premier chapitre du livre est intitulé: Berechit . C'est aussi le premier mot de la Bible. Et on comprend que la recherche des disparus va concerner non seulement ceux de sa famille morts dans les camps, mais interroger l'ensemble de l'humanité. Car, précise, l'auteur, « Il est plus naturel et plus attrayant pour des lecteurs de comprendre le sens d'un grand événement historique à travers l'histoire d'une seule famille ». Autrement dit c'est le mouvement même de la clinique : du singulier à l'universel en passant par le particulier. (encore la trinité!)

L'auteur et narrateur, va alors se lancer dans une quête éperdue pour border ce point de disparition. On retrouve cela chez Georges Pérec avec son roman La Disparition construit à partir de la disparition de la lettre « e », qui revient en masse dans le roman suivant intitulé, Les Revenentes , et dont on apprend dans la dédicace de W ou un souvenir d'enfance que c'était pour « eux ». Perec est en panne d'écriture pendant plus de 10 ans. Il lui a fallu plusieurs années d'analyse avec Pontalis et la rencontre avec Queneau pour relancer la machine à écrire qui ne cesse pas d'écrire ce qui ne cesse pas de ne pas s'écrire. ça fait institution d'écriture. La disparition vient inscrire dans le réel ce qui est forclos du symbolique. Le lent travail de l'écrivain reconstruit les bords, la margelle d'un puits vide, ce puits d'où la vérité jaillit toute nue, parée des voilages de l'impossible.

Berechit dans la Bible.

Premier mot. « Bereschit bara Elohim et-hashamaim v'et ha'aretz » . 22 authioth , 22 lettres-nombres. Qu'apprend-t-on du Bereschit , ces mots qui posés au commencement, et au commandement ( in principium , dit la Vulgate) pierre de touche de l'institution du judaïsme? Notons que les textes qui suivront établiront des généalogies et des lois.

Deux premières lettres: Beith et Reisch . Beith , la maison 2, archétype de toutes les demeures, de tous les contenants; et Reisch , 200, contenant cosmique, maison de l'Univers.

Développement:

Bara , extraire, séparer et sculpter.

Elohim , les forces formatrices.

Shamayim , les cieux

V'et , copule et séparation = et

Eretz , la terre.

D'abord il y a un lieu dans ses deux composantes: maison microcosmique et macrocosmique. Cf. Mallarmé: « Rien n'aura eu lieu que le lieu » ( Un coup de dé jamais n'abolira le hasard ). Ce lieu est le S1, le signifiant-maître de Lacan.

Suit un acte de sculpteur. La sculpture procède par enlèvement de matière, à la différence de la peinture qui procède par ajout cf. un petit garçon qui demande à Camille Claudel qui vient d'extraire un corps de danseuse du marbre: comment savais-tu qu'elle était à l'intérieur? Les rabbins qui ont commenté ce verbe, bara , se sont posé une question: avec quoi les forces formatrices ont-elles sculpté les cieux et la terre? Un petit opuscule vraisemblablement daté du VI é siècle avant notre ére, le Sepher Yetsira (le Livre de la formation) répond à la question: avec les 22 authioth .

On peut dire que notre maison humaine est maison de la parole et du langage, « trésor des signifiants », dit Lacan. Cette maison introduit d'emblée une séparation, le dedans et le dehors. Sont rejetées dans le dehors les ténèbres extérieures. Et à l'intérieur les Elohim jettent la lumière et jugent que la lumière est bonne. Ensuite cette séparation originelle va proliférer en une myriade de séparations, de coupures, de symboles qui à la fois séparent et unissent. . . Les cieux et la terre; la terre ferme et les océans; les plantes et les animaux; la poussière et l'homme. C'est le texte d'une double création: d'abord la maison cosmique, puis la maison humaine. D'où la création ensuite d'Adam ( Aleph , le 1, dans le dam , le sang). Mais les Elohim estiment qu'il n'est pas bon qu'il soit seul. Ils font défiler devant lui les animaux de la création, Adam leur donne un nom, mais il ne peut s'autonommer, il n'y a pas d'autonomie! Les Elohim extraient pendant son sommeil une de ses côtes, et c'est de ce manque dans l'homme que naît Eve, la première femme. Homme/femme: nouvelle séparation à l'origine de la sexuation, qui donne son principium , son archè , à la race dite humaine.

Totem et tabou.

Ouvrage paru en pièces détachées, en 4 étapes en 1912-1913. Dans une lettre à Ferenczi, Freud affirme « Je suis tout entier Totem et Tabou ». Et dans sa préface il précise: « à supposer même que celle-ci (la vérité historique ) se révèle finalement comme invraisemblable, je n'en estime pas moins qu'elle aura contribué, dans une certaine mesure, à nous rapprocher d'une réalité disparue et si difficile à reconstituer ». Dans ce mythe, le seul inventé au XX éme siècle, Freud, construit le principe, le Bereschit à l'origine de la fabrication de l'humain. A l'origine vit une horde sauvage sous l'emprise d'un mâle dominant qui seul a accès aux femelles. Un jour les jeunes mâles se réunissent- naissance du lien social – et tuent le vieux dont ils partagent le cadavre dans une cérémonie « totémique ». Naissance du symbolique comme « meurtre le la chose ». Puis ils s'interdisent tout commerce avec les femelles du clan – naissance de l'interdit de l'inceste et des règles de l'exogamie: pour jouir il faut aller se faire voir ailleurs! Le social commence à se tisser.

Totem et tabou démarre bien par une soustraction de jouissance: celle du mâle dominant, mais aussi des jeunes et des femelles. La fonction paternelle qui naît de cette opération castre l'agent qui l'occupe de son pouvoir; et la fonction maternelle n'opère que castrée de sa puissance. Le mâle dominant ne subsiste que comme nom, pure signifiant d'une disparition. Nom-du-Père il est aussi le Père du Nom, l'origine du signifiant à partir d'une extraction de jouissance. C'est ce qui constitue, comme l'écrira Lacan « l'humus humain ». C'est le S1 de l'humain, le signifiant-maître. Cette extraction de jouissance laisse place à un objet, objet perdu, précise Freud, et « il faut bien se contenter d'ersatz de cet objet perdu qui n'a jamais... existé ». Objet @ dit Lacan, objet plus de jouir, qui ne cesse de faire retour comme « substance négative », objet en creux, « objeu » que célèbre le poète Francis Ponge, qui met en branle, si l'on peut dire, tout désir. Le désir n'est donc pas sans objet; mais alors qu'on le voudrait chercher comme but, il se trouve à l'origine: de tout temps exclus.

Si l'on réunit ces deux mythes, on comprend que ce qui fonde toute institution, c'est qu'elle jaillit du néant, et ne prend consistance qu'à partir d'une perte radicale, d'un « pastout ». Le « ex-nihilo » une fois advenue la création, est imaginarisé comme perte d'une jouissance qui n'a jamais existé. En effet c'est bien l'entrée dans le langage qui autorise à construire cette logique en termes d'avant et d'après, de jouissance et de non-jouissance. Ce que le mythe d'Eden démontre assez bien. C'est de cette perte de jouissance, de cette perte du tout que le principe de différenciation peut opérer. Un S1va se répandre en « essaim », il va essaimer et produire des formes distinctes. Le S1 est un pousse-UN dans sa coquille, qu'il faut briser pour qu'il prenne son envol vers un S 2 « « y'a d'UN », disait Lacan. Et ça fait Un-stitution. Ce UN qui constitue la colonne vertébrale - c'est l'étymologie « ST » qui m'y fait penser, ce qui nous tient ensemble à partir d'un principe qui nous est interne, - ce UN comme pur vide, comme origine trouée, c'est le réel qui vient effracter et décompléter le symbolique: tout n'est pas dans les mots. Ce qui chez chacun tient l'ensemble. Depuis la Révolution « Liberté-égalité-fraternité » comme S1 président aux destinées de la République. Chez Pétain: « la jouissance »; chez Sarkozy: « moi-je ». Il y a donc à questionner d'emblée pour comprendre la fabrique institutionnelle le ou les signifiants-maîtres qui la fondent. Il faut bien penser les constructions institutionnelles sur un modèle pyramidal. En haut, tout en haut le S1 qui autorise toutes les séries qui en découlent:

S1 S2 S3 .... Sn. La nomination du S1 qui borde le point d'origine jaillit comme d'une source les grands totems (esprits, dieux, Dieu, valeurs, principes etc) qui régissent toute institution, et la différence des places qu'ils imposent. Le S1 fonde la hiérarchie institutionnelle (hieros-archè, le commandement et commencement du sacré, ce qui commence et ce qui commande pour que « ça crée »!) Donc le S1 introduit d'emblée le principe même de la différenciation: différence des places, des sexes, des générations etc Cette différence, de principe, constitue la matrice du sujet qui ne se présente que dans sa division en soi et dans sa relation à autrui. L'armature de cette différence structure la première des institutions à laquelle tout petit d'homme qui advient sur terre a à faire: le langage. C'est pourquoi les grands récits, les mythes fabriquent les fictions qui soutiennent toute institution. Il faudra donc pour toute institution interroger et les signifiants-maîtres qui la fondent et les mythes qui en découlent.

Tableau:

Humus humain

NON à la jouissance

Langage

Social

Loi(s)

Langue

Familial

Interdit de l'inceste

Lalangue

Subjectif

Castration

Parole

Jean-Pierre Lebrun, à partir de la logique de Russel, nous a appris l'an dernier a distinguer deux modalités de construction de l'incomplétude.

Soit on a à faire à un ensemble incomplet, mais consistant. C'est sur cette matrice que les sociétés se sont formées. C'est la figure de la pyramide. Soit on a à faire à un ensemble complet, mais inconsistant. C'est ce que tente de mettre en forme la post-modernité. C'est la figure du réseau.

J'aimerai dans la suite poursuivre à partir d'une réflexion menée sur deux textes à mettre en série: Psychologie collective et analyse du moi de Freud et le Séminaire XX, Encore de Lacan. La structure du signifiant. La naissance des 4 discours. Et les formules de la sexuation.

mars 2008

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