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Séminaire « découverte de la psychothérapie institutionnelle » « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes » (Première partie)

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Serge DIDELET

samedi 06 février 2016

Séminaire « découverte de la psychothérapie institutionnelle »

« Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes »

(Première partie)

 

  1. Présentation du séminaire, introduction à la PI

Jean Oury nous a quitté le 15 mai 2014, il avait 90 ans, et il était onze heures du soir à la Clinique de La Borde. Sa disparition – celle d’une figure historique de la psychothérapie institutionnelle (que j’appellerai PI pour faire plus court) – a généré des dizaines de textes, de numéros de revues, et d’articles, plus ou moins biographiques, voire parfois hagiographiques. Je n’ai pas l’intention de faire un séminaire mémoriel et nostalgique, mais plutôt que nous parvenions ensemble, à « attraper » certains de ses concepts opérationnels, de ses outils de compréhension de la maladie psychique, c’est-à-dire nous réapproprier sa pensée. C’est une condition de salubrité dans cet univers gestionnaire déniant tout intérêt aux pratiques institutionnelles, dans lequel le malade psychique est objectalisé, c’est-à-dire considéré comme un usager-client-objet de soins, et non sujet de sa guérison.

Durant ces trois demi-journées, et par-delà l’intitulé du séminaire : « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes », il y aura la Folie et le désordre. Cette Folie occupe la place, comme en filigrane. Autre signifiant maître : l’institution… et Oury durant toute sa vie se posera sans cesse cette question : qu’est ce qui fait institution ? Cette question de l’institution s’origine dans les pratiques d’analyse institutionnelle, nées à l’Hôpital psychiatrique de St Alban (Lozère), avec François Tosquelles et Lucien Bonnafé, pendant la seconde guerre mondiale. Cette praxis psychiatrique - qui sera nommée PI dans les années cinquante – redonnera la parole aux malades, leur permettant aussi de circuler librement dans les divers espaces hétérogènes de l’hôpital, et de participer à la vie quotidienne du collectif. Nous verrons que la PI accorde une grande importance au cadre de soin, c’est en rapport avec la société et ce qui fait lien social, car s’il y a une aliénation spécifiquement psychique (aliéné : perdre le lien avec le réel et le Symbolique), il y a d’abord une aliénation sociale qui impacte sur le psychisme des sujets les plus fragiles.

La PI est une double utopie psycho-sociale, fonctionnant encore en certains lieux qui résistent à la pression normalisatrice. Elle n’est pas, à priori une discipline d’enseignement, elle a un statut à part, comme la psychanalyse ; la PI n’existe que par / et dans les lieux « où ça se passe », s’originant d’un double mouvement, celui de la psychanalyse inspirée par Freud et Lacan, et le mouvement social de l’après-guerre, d’inspiration marxiste. Dans cette dynamique qui tend à soigner l’institution, et qui s’origine à St Alban, puis à La Borde et d’autres lieux, se dessine la sectorisation psychiatrique. Elle verra le jour en 1960, il s’agit d’une vision territoriale de la psychiatrie, qui s’illustrera par le développement d’une psychiatrie « extra-muros », où sera privilégié le maintien du patient au sein de sa famille. La psychiatrie est de plus en plus extra hospitalière, par le développement des CMP, des appartements thérapeutiques, par les hôpitaux de jour. En ce sens, et pour ironiser comme Jean Oury, en colère : « C’est l’antipsychiatrie qui a finalement gagné ! ». Ainsi, la politique de secteur, inspirée par Bonnafé, fut dévoyée et détournée de son esprit, et nous allons voir pourquoi. 

A partir de 1972 et de certains nouveaux textes régissant la psychiatrie, naît une tension entre une psychiatrie de l’évaluation médicalisée, inspirée par les neurosciences, la biologie, et le comportementalisme ; et les psychiatres institutionnalistes et désaliénistes, inspirés par la psychanalyse et la pensée de Lacan. On peut constater une dérive gestionnaire dès la fin des années 70, à la fois managériale et scientiste ; d’année en année, elle gagne du terrain, et tend à devenir hégémonique ; et ce n’est pas sans conséquences pour la psychiatrie, les malades, et les familles – et je regrette l’absence de praticiens en psychiatrie, afin d’accréditer ou contredire mes propos…qui ne tombent pas du ciel ! – Bon, concrètement, voici quelques conséquences funestes qui ressemblent à un sabotage de la psychiatrie et à une mort annoncée :

  • Disparition en 1992 de la formation et du diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique.
  • Banalisation médicale de l’internat de psychiatrie.
  • Sous encadrement des services induisant une recrudescence des mesures d’isolement et de l’utilisation des contentions.
  • Disparition, en quatre décennies de 60000 lits en psychiatrie.

Cette situation d’agonie n’est pas sans effets sociétaux : 1/3 de la population carcérale souffrirait de troubles mentaux, de même que 50 % des sans- abris. La psychiatrie, comme dans la grande distribution, travaille à flux tendus, s’efforçant de « gérer » [1]  les crises psychiques, afin de renvoyer le patient chez lui dès que c’est possible. On ne soigne plus, on tempère l’urgence, faute de lits, les places sont chères ! Dans un service de psychiatrie de liaison de la région, j’ai vu des praticiens hospitaliers bien embarrassés : il n’y avait qu’une place dans l’établissement, et il fallait choisir entre un patient mélancolique et suicidaire, et un bipolaire en pleine crise maniaque, dangereux pour lui-même et les autres ! Cruel dilemme pour un praticien hospitalier…il ne faut pas s’étonner si la France manque autant de psychiatres, ça ne se bouscule pas, tant il est de notoriété que la psychiatrie est déconsidérée, voire méprisée, et que les conditions de travail y sont de plus en plus difficiles.

Comme le disait justement Bonnafé, nous sommes passés de l’internement abusif à l’externement généralisé. La société veut ignorer la folie ordinaire, elle prône implicitement un monde sans fous, une société de consommateurs de semblants d’objets @ [2] , individus tous semblables, adaptés et dociles, béats-morts, anesthésiés, et amorphes. Quant aux plus atteints et les plus dangereux, ils finiront dans les oubliettes de la nuit sécuritaire, ce ne sont pas les lieux qui manquent ! La psychiatrie se veut contrôle social, elle se réfère au Discours de la Science, cela induit des thérapies protocolaires, médicalisées, celles qui sont le plus susceptibles d’être quantifiées, où règne le primat du paiement à l’acte, des pratiques évaluables, et selon le modèle dominant des « bonnes pratiques », prônées par la Haute Autorité de Santé.

Tel est le tableau de la psychiatrie contemporaine, celle qui se fait au détriment du sujet malade qui n’est pas écouté, aux dépens aussi d’une praxis institutionnelle qui a fait ses preuves pendant des décennies ; par la mise à l’index de la psychanalyse par le ministère de la santé, et notamment dans le soin des enfants autistes. Les patients subissent de plein fouet les effets d’une idéologie [3]  de la normalité, c’est-à-dire l’adéquation avec le vivre en société, par la rééducation psychosociale. L’injonction implicite est adaptation aux normes sociétales, c’est-à-dire à se conformer à ce que la société leur demande d’être, et ce faisant, en reprochant à l’insensé ce qu’il n’est pas, niant de ce fait toute la singularité du sujet.

Tous les praticiens en psychiatrie que je connais convergent dans le même constat : depuis deux décennies, les conditions d’exercice de la psychiatrie se sont considérablement dégradées. Compte tenu des sous-effectifs et du manque de lits, la demande de soin est bien supérieure à l’offre ; alors les malades échouent en médecine générale, en « soins de suite », en gériatrie ou en EHPAD [4]  pour les plus âgés.

Ce séminaire est l’occasion de se poser la question : est-ce que la PI a encore un avenir, en ce début de millénaire marqué par la pulsion de mort (et de meurtre) ? Notre époque n’est pas sans rappeler ce qu’annonçait déjà Freud – ce visionnaire – en 1929, dans « Malaise dans la civilisation » [5] . Alors, s’il y a un avenir, sortons de la tentation du passéisme, du « c’était mieux avant, la psychiatrie, avec Tosq et Oury… ».

Bien sûr que c’était mieux « avant », je peux en témoigner. Cet « avant » évoque en moi l’amour des commencements, et cette écriture intelligente, élégante et subtile, j’ai nommé l’écrivain et psychanalyste J.B. Pontalis [6]  :

« Quand Lacan, inspiré, nous entrainait dans la sinuosité de sa parole, apostrophant soudain son auditoire – nous étions à peine une centaine – et qu’il n’avait pas encore fabriqué de « lacaniens » 

Quand la psychanalyse était encore inventive ou même, dans un temps plus reculé, objet de scandale (…)

Quand le mot « Révolution » était porteur d’espoir (…)

Quand, et quand, et quand (…)

Mais cet « avant » ne doit pas nous empêcher de vivre le présent et d’essayer de le transformer, accueillir ce qui vient, aussi anxiogène soit-il, et ne pas rester « scotché » sur le passé, comme des anciens combattants.

Comme l’écrit si justement Joseph Rouzel [7]  « Certes, la nost-algie n’est plus ce qu’elle était, mais c’est quand même une sourde douleur qui prend au corps et au cœur. Une algie, une douleur du retour, du « c’était mieux avant ». Ça fait souffrir. Ça pince. Mais comment avancer à reculons ? Douleur ou doux leurre ? Ce qui en son temps marqua notre enfance de l’art, de se faire compagnons de route de dits « psychotiques », n’est plus que ruine de l’âme. Bien sûr, les doux noms de « Tosq », comme on l’appelait gentiment, Oury, Gentis, Bonnafé, Torrubia, etc., nous bercent, mais serait-ce d’illusions ? L’au-delà freudien n’a rien de religieux, c’est la pulsion de mort et ses avatars. La nostalgie en est un des fers de lance. Revisiter le passé à pied sec ne peut que poser en ligne de mire de le dépasser, de s’en libérer. Pas de s’y ficeler [8] .

Oui, il faut aller « de l’avant », même si « ce qui vient » est surtout anxiogène pour le soignant qui voudrait bien faire ce pourquoi il est payé. L’orientation biologico-comportementaliste de la clinique psychiatrique est dominante, même s’il y a de la résistance dans quelques bastions irréductibles. De nos jours, la parole du psychotique est déconsidérée et « hors sujet ». Les psychanalystes qui œuvrent en psychiatrie soulignent la nécessité de l’écoute de cette parole, de sa prise en compte, car il y a quelque chose à en apprendre. A notre époque non épique, la psychanalyse n’a pas le vent en poupe, mais elle s’en remettra, ce n’est pas la première fois qu’elle subit des attaques. Mais il y a quand même une tendance lourde en psychiatrie qui réfute l’approche analytique et institutionnelle, préférant privilégier la « raisonnable » association du scientisme, du comportementalisme, de la psychopharmacologie et des discours sécuritaire sur la dangerosité des plus fous. En outre, les inspirateurs – non inspirés – de cette psychiatrie agonisante sont très condescendants à l’égard de ceux qui animent – et à contre-courant- les derniers lieux où se niche la PI, c’est-à-dire ceux qui font encore de la psychiatrie. Les acteurs de cette psychiatrie humaniste et alternative seraient de doux rêveurs passéistes, et autres post-soixante- huitards attardés [9] . Ce n’est pas l’avis de Michel Marie-Cardine, psychiatre lyonnais qui écrivait : « La PI représente encore un mode de traitement privilégié des psychoses les plus graves » et en concluait dans le même article : « qu’elle demeure l’un des éléments majeurs du traitement des malades mentaux graves. (…) La PI, considérée comme le mouvement indispensable à l’exercice d’une psychiatrie ne se contentant pas d’un modèle basé sur la seule chimie du cerveau, ou sur le seul couple « stimulus /réponse ». [10]

 

Ce séminaire est l’occasion de visiter cette praxis de l’institution qu’est la PI, essayer d’en « attraper » quelques concepts, en particulier ceux issus de la « boite à outils » d’Oury ; de comprendre le sens et la nature de ce travail pathoplastique [11] , qui consiste à créer des lieux psychothérapeutiques, à haut potentiel soignant, un  travail qui s’étaye sur le collectif soignant /patients, sur les modalités du « vivre ensemble », un travail qui existe encore aujourd’hui en quelques lieux. Dans le contexte contemporain, il s’agit d’ilots de résistance, des lieux éthiques qui ne cèdent pas au fatalisme du discours dominant : dans certains services de psychiatrie publique et privée, dans certains lieux de placement de la Protection de l’enfance, je pense notamment à l’expérience de certains LVA [12]  qui ont gardé une éthique, ceux qui accompagnent et soutiennent les travailleurs handicapés en ESAT, ceux qui soutiennent les enfants en ITEP, en IME,  les personnes très âgées en EHPAD ; certaines classes expérimentales dans l’enseignement, puis enfin, certains instituts de formation tels que PSYCHASOC [13]  et les CEMEA [14] , pour qui la formation des travailleurs sociaux n’est pas un formatage, mais au contraire le lieu (topique) d’une prise de conscience et de transformation, dans et par le groupe de formation, tout en étant un espace d’apprentissage et de savoir. Auto-formation, mutuelle, guidée et active…

Aujourd’hui, nous rencontrerons Jean Oury par une brève biographie. Nous ferons ensuite – et pour paraphraser Michel Foucault – « un petit tour de folie », c’est-à-dire un détour historique en psychiatrie, sur la manière dont la société traitait ses insensés, à travers les âges. Mon support d’intervention est un texte que j’ai construit, il a demandé un temps de gestation, c’est du travail. Je vous l’ai envoyé afin que vous puissiez vous en servir de support. Si je l’ai écrit et que je souhaite le relire avec vous, en prenant le temps, et en le commentant, je ne veux pas que nous soyons rivés à mes signifiants, ce qui serait une aliénation de plus. Par conséquent, n’hésitez pas à m’interrompre, me poser des questions, de me demander de reformuler, je me nourris de vos interlocutions. Ce séminaire, comme celui de l’an dernier doit être rythmé par des discontinuités, des respirations, des ruptures, tout en gardant le cap, et un fil conducteur que nous déroulons ensemble, je sais où je vous emmène. Ces trois demi-journées ne seront réussies qu’à la condition de l’interactivité. Je ne fais pas un cours, et je ne vois pas au nom de quoi j’en ferais un, même si j’en avais la tentation. Mon intention est de vous transmettre quelques petits bouts de savoir épars, votre savoir à vous fera supplément d’âme à ce séminaire qui n’est que mon bricolage personnel ; fait de longues lectures, de vision de films sur la question, d’échanges avec des complices – et « maitres » ! – qui eux, ont bien connus Oury, Tosquelles et Bonnafé, et bien sûr, par ce travail d’écriture, lequel m’est indispensable. Je suis d’une génération de l’écrit et l’assume sans complexes.

L’an dernier, nous nous sommes réunis pendant trois matinées pour un séminaire intitulé : « Louis Althusser, entre génie et déraison ». Cette année, il s’agit de « Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes ». Il y a quand même un point de réel énigmatique entre ces deux thèmes, « ça » parle de la Folie. D’un « soigné » et d’un « soignant », et les deux ont laissé une œuvre, une empreinte dans le symbolique.

Serais-je marqué par la Folie ? Ferait-elle habitus ? [15]

 

  1. Une brève biographie de Jean Oury

Jean Oury est né en 1924, il a passé son enfance en banlieue parisienne, entre La Garenne et Nanterre, tout près d’une station de chemin de fer nommée « La Folie ».

Il est fils d’ouvrier, son père travaille dans l’industrie automobile, à Hispano Suiza. En 1936, c’est la grève générale et le Front Populaire, Oury a douze ans, et il va souvent avec Fernand, son frère ainé, à des réunions du Parti Communiste, ou amener des sandwichs aux ouvriers en grève. A 12 ans, il a lu tout André Gide, il lit aussi l’écrivain Victor Serge.

L’année 1936 est une année d’effervescence sociale, politique, et culturelle. Outre le Front Populaire, et l’accès pour la première fois à des congés payés, c’est une période d’initiatives collectives, je pense notamment au mouvement des Auberges de jeunesse, lesquelles se fondèrent à partir d’une opposition au scoutisme catholique. Oury poursuivra des études médicales pendant la guerre, cette sinistre période où la bourgeoisie française préféra se réfugier dans les bras de Pétain afin de conjurer les « dangers » du Front Populaire. C’est l’époque des boucs émissaires et des clichés sociaux : le communiste, le couteau entre les dents, le juif cupide, pire : le juif communiste ! Et j’en passe… mais nous savons maintenant que chaque époque cherche toujours son mauvais objet collectif, il ne faut pas renoncer à avoir un regard sociologique, sans pour autant déraper dans le sociologisme, il y a le sujet, quand même !

En 1947, Jean Oury est en quatrième année de médecine, il fréquente une bande de copains composée d’Ajuriaguerra, Daumezon, Gusdorf. Il rencontre François Tosquelles pour la première fois, ainsi que Lucien Bonnafé. Il assiste à une conférence de Lacan dont il sortira subjugué : « Enfin de l’intelligence ! » se dira-t-il. A 23 ans, donc, il intègre l’hôpital de Saint Alban, en Lozère, il devient interne en psychiatrie. Il y restera deux ans, mais cette période fut très féconde pour lui et le déterminera pour le reste de sa vie. La capacité de cet hôpital psychiatrique est de 700 lits, et ce lieu va devenir emblématique, comme le berceau de la PI concept que nous devons à Georges Daumezon. 

C’est un lieu de rencontre et d’innovation permanente. Il fut aussi « la planque » de résistants recherchés par la Gestapo, l’hôpital est fréquenté par des artistes, des poètes tels que Paul Eluard [16] , Tristan Tzara, André Breton, voire des philosophes tels que Georges Canguilhem. Ce sont aussi les prémisses de l’art brut, de l’art-thérapie. Artaud, interné pendant neuf années, mourrait en 1947, et hantait encore les esprits et les corridors de la psychiatrie asilaire. Saint Alban fut aussi le refuge de nombreux réfugiés espagnols, c’est le cas de Tosquelles, psychiatre, marxiste… et catalan. Tout psychiatre qui arrivait était invité par Tosquelles à lire de toute urgence la thèse de Lacan sur la psychose paranoïaque. [17]  Oury travaille beaucoup, ne dort que quelques heures, il est très proche des infirmiers, et par conséquent des malades. Saint Alban développe de nombreuses activités, ici, les patients ne sont pas couchés et amorphes, ils sont dans l’agir, et dans le non-agir s’ils le veulent. Mais il n’y a plus personne d’enfermé, il n’y a plus de quartier d’agités, et cela, juste avant la découverte des premiers neuroleptiques. C’est aussi à Saint Alban que naît le premier club thérapeutique. Les clubs thérapeutiques, c’est – pour reprendre la métaphore tosquellienne – « le cheval de Troie » dans l’institué. Ils permettent de se jouer des contentions et autres chambres d’isolement utilisées comme moyens thérapeutiques ! Les clubs laissent la possibilité pour chaque sujet une place dans la parole ; les clubs firent « péter » les verrous institués et les camisoles de toutes natures, ouvrant les portes à la libre circulation des sujets et de leur parole, et cela, quelles que soient leur singularité. A Saint Alban, nous assistons aux prémices d’une véritable révolution psychiatrique. Nous parlerons lors de la prochaine session des clubs thérapeutiques, il s’agit là d’un paradigme central de la PI.

Il est aussi notable qu’il n’y a pas eu de famine à Saint Alban pendant la guerre, alors que 45000 malades mentaux sont morts de faim dans les asiles psychiatriques français. C’est ce que l’on a appelé par la suite « l’extermination douce ».  Oury, pour provoquer, évoquait le contre transfert institutionnel ! 45000 morts, ce n’est pas rien, mais après tout, ce n’était que des fous, pas vrai ? Nous n’oublierons pas, en passant, que les malades mentaux furent les premières populations à être exterminées par Hitler.

« A Saint Alban, les malades allaient au ravitaillement dans la montagne. Ça faisait des activités de groupes intéressantes, c’était une bonne préparation pour le secteur (…) [18] .

Il quittera Saint Alban en octobre 1949 pour un remplacement comme psychiatre dans une clinique du Loir et cher, à Saumery. Dans ce département, il n’y avait que douze lits en psychiatrie pour une population de 250000 habitants, le dispensaire d’hygiène mentale était fermé, autant dire qu’Oury dut faire face à une demande démesurée : il est le seul psychiatre du département, et il n’est même pas encore médecin, il lui reste à écrire sa thèse : pris par l’urgence d’être officiellement médecin, il l’écrira en deux semaines ! Outre son travail clinique à Saumery, il reçoit des malades en consultations externes, il fait des visites à domicile, au début à vélo, puis il s’acheta une moto. Oury nommera cette période « le huis clos », il y fera déjà de bonnes rencontres : Le jeune Félix Guattari en 1950, puis Fernand Deligny en 1952. Ce dernier avait créé, avec le soutien des Auberges de jeunesse, une association, « La grande cordée », laquelle était un réseau d’accueil en cure libre, d’adolescents décrits comme « difficiles », c’est-à-dire délinquants, fugueurs, voleurs, border line, voire psychotiques. Deligny est le père symbolique des Lieux de vie. Et dans certains de ces lieux, il s’y vit des choses qui ne sont pas sans rapport avec l’éthique de la PI ; mon complice et ami Éric Jacquot, responsable du LVA « La Bergeronnette » vous en parlera mieux que moi lors de la prochaine session. 

Cette époque, c’est le début de ce que l’on nomma « Les trente glorieuses », elle est pleine d’énergie, de volonté, et les transformations qui l’accompagnent vont modifier sensiblement les perceptions que l’on se fait des « déviants », les « hors norme », c’est-à-dire les « anormaux ». Les manifestations intempestives de ces sujets renvoient à une double aliénation, à la fois psychique, mais aussi sociale ; ce qui m’autorise à dire que dans la PI, ses acteurs marchent sur deux jambes : Marx et Freud… mais sans le label du freudo-marxisme officiel, représenté notamment par Reich et Marcuse.

De plus, dans l’effort de reconstruction, naissent de nouveaux secteurs professionnels, chargés de « s’occuper » des déviants. Mais les limites entre le normal et le pathologique deviennent incertaines et sont sans cesse interrogées, et cela génère dans le même élan, une recherche et une critique radicale de la psychiatrie, du travail social, de l’éducation dites spécialisée. Il ne faut pas occulter que nous sommes dans les prémisses du structuralisme, et il y a une activité intellectuelle intense, annonciatrice de 68.

En outre, de nombreux infirmiers, déportés dans les camps nazis, refuseront à leur retour toute idée de concentration d’individus, toute idée d’enfermement et de contrainte. Il y a comme un esprit de résistance, et Oury en est une incarnation majeure.

« Les diverses élaborations théoriques et les transformations concrètes qu’elles induisent au sein des institutions que différents acteurs animent, se trouvent, en 1952, rassemblés dans un courant qui va prendre le nom de psychothérapie institutionnelle (…) [19] .

En 1953, il commence une analyse avec Lacan : elle dura 27 ans, et s’achèvera à la mort de son mentor en psychanalyse. Oury se moquait souvent de lui-même, en proclamant qu’il était analysable à vie.

Cette année 1953 sera une année décisive. A Saumery, il y a beaucoup de problèmes, générés notamment par la conception des lieux. Il y a aussi des tensions avec l’administrateur qui est aussi le propriétaire de la clinique. Oury – qui se fout de l’argent – est salarié et mal payé, alors qu’il travaille seize heures par jour, sept jours sur sept. Dès 1952, il fera le projet de réaménager la clinique, afin de pouvoir créer des ateliers, des lieux de rencontre et de réunions, c’est-à-dire « essayer de faire un peu de PI », c’est-à-dire semer les graines acquises à Saint Alban, pouvoir les réinvestir. Il posera un ultimatum à la Direction, leur donnant six mois pour effectuer les transformations désirées. Rien n’étant fait six mois plus tard, il partira, non sans avoir mis son successeur à la porte de son bureau, et manu militari !  Oury avait « le sang chaud ».

Le 10 mars 1953, il prévient le Conseil de l’Ordre et quitte Saumery avec 40 malades, n’en laissant que huit à la clinique. Cette migration dans le Loir et Cher qui n’est pas sans évoquer une improbable nef des fous, dura trois semaines, les patients seront hébergés dans divers hôtels, voire dans une Maternité. Cette errance – réelle – mais qui prendra par la suite les formes d’un mythe fondateur, s’achèvera fin mars 1953, par la découverte du Château de la Borde.            

Très vite, après le huis clos de Saumery, il y eu ce qu’Oury appela « l’invasion », à l’origine de cela, il y a Guattari, lequel était ami avec Oury depuis Saumery, il travailla à La Borde dès l’année 1955. Il initia un flux migratoire vers La Borde, ethnologues, médecins, philosophes, psychiatres…chacun se doit de se confronter à La Borde, l’antithèse de la psychiatrie asilaire, il y eu même un certain voyeurisme. Mais une centaine de psychiatres firent leur internat à La Borde, l’institution forma des milliers de stagiaires. C’est un véritable engouement, et il faut parfois attendre des années pour venir y faire un stage, tant il y a de candidatures.

1955, c’est l’année où s’organisent les premiers stages d’infirmiers psychiatriques, encadrés par des formateurs des CEMEA. [20]

La Borde se confond souvent avec son fondateur. Ce fut un lieu qu’il sut maintenir vivant, malgré les tracasseries administratives et financières, les attaques au prix de journée, les injonctions de mise aux normes (notamment la cuisine), les pesanteurs, les pressions de toutes sortes, voire des hostilités et des calomnies fantasmatiques (La Borde, repère de gauchistes, de drogués, lieu d’orgies sexuelles entre soignants et soignés …) ; sans compter les débordements causés par certains de ses disciples (il détesterait entendre ce mot !), et autres visiteurs invasifs, partisans de l’antipsychiatrie. La Borde, et la personnalité d’Oury attira de nombreux psychiatres, c’était une référence incontournable de la psychiatrie, un réseau était très actif, bien souvent en lien avec l’Ecole Freudienne de Paris, et c’est ainsi que fut créé le GTPSI [21]  en 1960. Il s’agit d’un regroupement qui se réunira trois fois par an entre 1960 et 1966. S’y retrouvent : Oury, Tosquelles, Gentis, Torrubia, Ayme, Chaigneau, Guattari, Pankow, Schotte… et quelques autres. Ces rencontres étaient des discussions « à bâtons rompus » entre de vieux amis, le climat y était convivial et non-consensuel, le niveau des échanges était haut, chaque participant étant un praticien expérimenté, et surtout, en posture de recherche permanente.

 La psychiatrie, malgré la déconsidération dont elle est l’objet, c’est quelque chose de très compliqué, si l’on veut être soignant. Il y avait au sein du groupe un esprit cultivant l’intranquillité, qui refusait toute simplification dogmatique et autres recettes. C’était un groupe réuni autour de la clinique psychiatrique, éclairée par la psychanalyse de Freud et Lacan, ce dernier étant lui-aussi psychiatre hospitalier.

 

1971 : Oury anime un séminaire hebdomadaire à la clinique de La Borde. Il s’agit, comme il dit « d’un exercice hebdomadaire d’improvisation » devant un public hétérogène et souvent extérieur à La Borde. Tous les mercredis soir, il parle durant une heure trente sans notes, sans rien préparer, il improvise, il associe.

 

1981 : Début du séminaire (mensuel) de Saint Anne. Il regroupait jusqu’à 200 personnes venues de toute la France, et même de Belgique.

 

Il est mort le 15 mai 2014, il était onze heures du soir à La Borde…

 

« De ses mains sont tombées les trois cartes dont jouait sa passion éthique, la psychose, l’institution, et la mort (…) » [22]

Oury nous laisse une œuvre écrite, c’est-à-dire dix- sept ouvrages. Oury a une écriture très dense, il écrit un peu comme il parle, mais quand il parle, il pense tout haut, et sa pensée, d’inspiration Freudo-lacanienne, est souvent difficile d’accès, et comme sur le divan – dont il a l’expérience -, il parle sans notes, il associe, il métaphorise, rebondit, contextualise, dialectise, [il faut suivre, c’est souvent déroutant, insaisissable] il illustre ses concepts par des situations cliniques, et ses références recouvrent beaucoup de champs, y compris le champ philosophique, et notamment Marx, Hegel et Kierkegaard.

 Pour commencer à lire Oury, il est recommandable de lire des recueils d’entretiens, c’est le plus accessible. Il est regrettable que ses séminaires n’aient été publiés que très partiellement [23] . Lire toute son œuvre demande un effort, ce n’est pas « donné », ce n’est pas du « prêt-à-penser », c’est comparable à la lecture de Lacan, cette pensée de Lacan qui se cherche sans cesse, qui n’est jamais refermée sur elle-même, ouverte à toute déconstruction. Oui, c’est difficile, et comme le disait Léo Ferré, « il faut prendre sa loupe et ses bachots ». Jean Oury revendiquait pour son compte une grande rigueur théorique, il détestait les simplifications et les tautologies, et s’il articula la clinique psychiatrique à la politique, c’est dans le sens noble du signifiant « politique » : c’est-à-dire agir sur son milieu, ce qui n’a rien à voir avec la politique politicienne contemporaine qui s’engraisse d’elle-même ! 

Avec Tosquelles et quelques autres, il créa un courant critique qui s’étaye sur la psychanalyse et le marxisme, remettant sans cesse en question les structures pyramidales, les positions hiérarchiques, les statuts, fonctions, et rôles ; qu’utilisent allègrement les technocrates, liquéfiant le lien social et le sens de l’humain. Oury était un psychiatre qui soulageait les souffrances et ouvrait de nouveaux possibles à « l’aliéné », et s’il affirmait souvent que la psychanalyse était l’alphabet de la psychiatrie, à l’unisson avec Lacan, il devait dire : « Nous allons apparemment nous contenter de nous faire les secrétaires de l’aliéné. On emploie d’habitude cette expression pour en faire grief à l’impuissance des aliénistes. Eh bien, non seulement nous nous ferons ses secrétaires, mais nous prendrons ce qu’il nous raconte au pied de la lettre – ce qui jusqu’ici a toujours été considéré comme la chose à éviter (…) » [24]

 

Je vous propose maintenant un petit tour de folie, nous allons parler de la psychiatrie d’un point de vue historique, c’est important de se repérer, et à travers les périodes de l’histoire, voir comment la société a traité ses a-normaux, à l’instar de Lucien Bonnafé qui écrivait que « le comportement d’une société envers ses déviants est un des meilleurs témoignages de son degré de civilisation » [25] .

 

 

 

  1. Un petit tour de folie, détour historique en psychiatrie.

« Ce n’est pas en enfermant son voisin qu’on se convainc de son propre bon sens » (Dostoïevski)

Face à la Folie, dont nous ne savons pas grand-chose, la PI prône la créativité, la libre circulation, le collectif, l’écoute et l’entraide, plutôt que la rééducation sociale et comportementale, de plus en plus présentée comme le seul modèle possible des bonnes pratiques, en psychiatrie.

La PI est une forme de la psychiatrie. Elle n’est pas antipsychiatrie, malgré certaines apparences de cousinage qui mettaient Oury en fureur ; mais selon Foucault, « l’ensemble de la psychiatrie française est au fond traversé par l’antipsychiatrie, si on entend par là, tout ce qui remet en question le rôle du psychiatre, chargé autrefois de produire la vérité de la maladie dans l’espace hospitalier (…) » [26] .

Il faut distinguer l’Antipsychiatrie officielle, incarnée notamment par Laing et Cooper, et certains de leurs disciples qui niaient la réalité de la maladie mentale, et qui agaçaient prodigieusement Oury ; et les diverses formes d’une antipsychiatrie qui a choisi d’occuper la place au sein de cette même psychiatrie, dans une posture instituante, avec, comme paradigme de base, « la lutte avec, dans, et contre l’institution » [27] . Donc, à savoir, la PI qui œuvre dans le privé et certains services hospitaliers, mais aussi le courant désaliéniste, proche du parti Communiste, avec Lucien Bonnafé, ou encore le mouvement de désinstitution, qui vida les asiles psychiatriques, avec Basaglia, en Italie. La psychanalyse – et particulièrement le courant lacanien – sera historiquement associée à toutes les formes de dépsychiatrisation, remettant le sujet au centre, travaillant sur le transfert et le contre transfert institutionnel, et  avec des psychotiques, alliant un bon usage de la pharmacopée et des thérapies fondées sur la parole, processus favorisant la socialisation et certaines formes de guérison.

Avant d’aller plus loin, de parler de La Borde, et d’autres lieux, et du même coup, de l’éthique clinique de Jean Oury, il me semble nécessaire d’en passer par un petit détour historique sur la psychiatrie française, « ce discours de la raison sur la folie » (Foucault, 1961), et de comprendre les relations entre « les Fous » et le Discours de la Science, incarné par le pouvoir médical. Je choisis délibérément de dire « les fous », ce qui n’est pas l’usage, notre société préfère les euphémisations sociales : l’aveugle est un malvoyant, le sourd ? Un mal entendant ? la femme de ménage ? Une technicienne de surface ; le pauvre, un SDF ? et le fou ? C’est un patient, un « usager- usagé » de la psychiatrie, et dans certains lieux, un résident ! Et pourquoi pas un client ?

Ce petit tour en psychiatrie à travers les époques va nous permettre de (re)visiter Foucault, le théoricien des institutions du Pouvoir, ce penseur-phare des années 60/70, contemporain de Lacan, Barthes, Althusser, Lévis Strauss. L’histoire de la psychiatrie, « ça » parle de l’évolution historique et chronologique des connaissances scientifiques, médicales, sociales et cliniques, du traitement des maladies du psychisme ; mais cela, en lien avec l’histoire de la Folie, et d’autres déterminants, tels que l’évolution des mœurs, la morale ; par conséquent, des normes à travers diverses périodes, influant directement sur les formes que prendra la psychiatrie, c’est-à-dire la façon d’appréhender et d’accueillir la folie et les fous. 

Si la psychiatrie naît à la fin du XVIII ème siècle avec Pinel, la folie, elle, existe depuis que l’homme est homme. La Folie serait, par conséquent, consubstantielle à l’homme. Dès sa naissance, la psychiatrie se montre ambivalente et paradoxale : Pinel, sous l’impulsion de Jean Baptiste Pussin [28]  libèrent les « fous furieux », « les agités ». Pussin Jean Baptiste qui « a su interdire que l’on lève la main sur les aliénés, fût- ce pour se défendre, toi qui seul as voulu, et de toutes tes forces, améliorer leurs potages, augmenter leurs rations de pain, les couvrir la nuit pour qu’ils ne crèvent pas de froid, nettoyer leurs loges, leur parler avec respect, avec douceur, enfin, les libérer de leurs chaînes [29]  ». Ainsi, ils retirent leurs chaînes aux « furieux » et autres « agités », leur permettent d’aller voir le jour dans la cour. Cela se déroule d’abord à Bicêtre, puis à La Salpêtrière. Pinel, le premier psychiatre français, est d’inspiration humaniste, et favorable à la bientraitance, il contribuera à la naissance du concept d’asile d’aliénés ; remplaçant malheureusement, les chaînes par un environnement carcéral, caractérisé par l’enfermement en cellule, la prière obligatoire, la discipline, la rigidité des horaires, le contrôle, les punitions, la surveillance permanente : les aliénés doivent être sans cesse visibles, observés par un œil central, ce que Foucault appellera le panoptisme. [30]  

Les aliénés doivent être visibles et sans cesse surveillés. Par conséquent, l’ambivalence originaire de la psychiatrie sera d’essayer de concilier deux projets apparemment inconciliables : d’un côté, une mission de soins vis-à-vis des malades, de l’autre, une fonction d’enfermement, de mise au ban, dans une perspective souvent médicolégale. Ce qui est remarquable est la volonté de circonscrire les fous en certains lieux qui leur sont destinés, de les placer en dehors de la société… comme si la folie était contagieuse. Mais la société est vindicative et se protège avant tout… 

En premier lieu, et comme annoncé, faisons un repérage historique : dans l’Antiquité, les questions liées aux troubles mentaux ne sont pas traitées, car souvent considérées comme des manifestations du Divin, voire du Malin. De plus, il n’y a pas de différences entre psyché et soma, tout est traité par le corps, à cette époque est dominante une vision essentiellement organiciste, mais faute de connaissances fondées, d’inspiration très fantaisiste.

Au Moyen Age, les aliénés vivent la plupart du temps avec leurs proches, le fou est intégré à la société, et il y a beaucoup de tolérance par rapport aux extravagances des fous, chaque village a le sien, ou son « idiot du village ». Souvent, les fous amusent, quand ils se contentent de délirer sans être violents. Les grands seigneurs de la féodalité se dotaient de fous pour conjurer l’ennui et se divertir. Ce n’étaient généralement pas de vrais fous, bien au contraire, ils avaient saisi une opportunité, un rôle à endosser, qui demandait des qualités d’acteur, et un statut leur permettant sans danger de pouvoir railler leur Maître.

Dans ses manifestations les plus spectaculaires, les malades mentaux sont accusés de possession démoniaque, l’exorcisme est de rigueur, ou encore l’extraction de « la pierre de folie », psychochirurgie avant l’heure, sans fondement et fantaisiste, à l’issue le plus souvent fatale. Lorsque ces traitements échouent – et c’est la plupart du temps le cas – l’issue terminale est le bûcher, sur décision du Pouvoir ecclésiastique, voulant combattre le Malin. Dans le pays de Trèves, 8500 fous seront brûlés vifs, accusés de possession démoniaque. C’était généralement le sort réservé aux épileptiques… comme quoi ce n’est pas Daech qui inventa la barbarie, elle est consubstantielle à l’homme, selon les époques.

A la Renaissance, la folie passe du surnaturel au statut de maladie. Saint Jean de Dieu, Saint Patron des psychiatres, diffuse une publication médicale et hospitalière qui recommande la bienveillance à l’égard des aliénés, dans une perspective de guérison.

Après 1789, les fous seront enfermés et les plus agités seront enchaînés. L’asile d’aliéné est un univers carcéral, concentrationnaire, et terrifiant. Les malades vivent, cohabitent, dans le plus grand des dénuements : « Les cris, les déjections, les fenêtres murées, la tiédeur d’un air définitivement vicié, les hurlements, les râles, parfois des rires, des sanglots, des hoquets, des bras décharnés, des chemises en loque, l’urine de plusieurs jours qui stagne entre les lits, au milieu de l’allée » [31] . Les crises délirantes sont traitées par des coups, la privation de repas, le cachot, et la douche glacée. « La violence de l’eau doit entrainer dans un flux irrésistible toutes les impuretés qui forment la folie ; par sa propre force curative, elle doit réduire l’individu à sa plus simple expression possible, à sa forme d’existence la plus mince, la plus pure, l’offrant ainsi à une seconde naissance » [32] . Le médecin Jean Colombier, inspecteur général des hôpitaux [33] , rencontre Jean Baptiste Pussin, qui deviendra par la suite un personnage emblématique, considéré comme le père symbolique des infirmiers psychiatriques ; et qui à mon sens, fut le premier à inaugurer une psychiatrie institutionnelle, contre « vents et marées », dans la solitude  au milieu des fous, il faisait déjà de la PI, comme Mr Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Pussin partage avec Pinel, les mêmes convictions sur le traitement des malades. C’est en 1793 et 1794 que les aliénés seront délivrés des chaînes, le fou, dès lors, n’est plus considéré comme un animal, mais comme un a-normal, à observer, à calmer, à empêcher de délirer, à surveiller et essayer de réadapter. 

A cette période, les médecins entreprennent une taxonomie des maladies mentales, ils observent, prennent des notes, interrogent l’aliéné, ils classent, questionnent les symptômes, dans une démarche qui évoque les entomologistes, il n’y a pas beaucoup de sens de l’humain, de respect pour le sujet. La psychiatrie est née, elle se veut scientifique, mais le concept de lésion, synonyme de maladie, se perpétue, la psychiatrie naissante est d’abord organiciste. L’homme moderne de cette fin de siècle ne communique plus avec le fou. « De langage commun, il n’y en a pas ; ou plutôt il n’y en a plus ; la constitution de la folie comme maladie mentale, à la fin XVIII ème siècle, dresse le constat d’un dialogue rompu, donne la séparation comme déjà acquise, et enfonce dans l’oubli tous ces mots imparfaits, sans syntaxe fixe, un peu balbutiants, dans lesquels se faisait l’échange de la folie et de la raison. Le langage de la psychiatrie, qui est monologue de la raison sur la folie, n’a pu s’établir que sur un tel silence (…) [34] .

A l’aube de cette psychiatrie, le statut du fou [35]  est précaire. Innocenté de ses méfaits parce que fou, il devra l’expier et se repentir derrière les murs de l’asile. Le fou est coupable de ce qu’il n’est pas : le prototype de l’homme normal, c’est-à-dire adapté. « Le fou », délivré par Pinel, et, après lui, le fou de l’internement moderne, sont des personnages en procès. S’ils ont le privilège de n’être plus mêlés ou assimilés à des condamnés, ils sont condamnés à être, à chaque instant, sous le coup d’un acte d’accusation dont le texte n’est jamais donné, car c’est toute la vie asilaire qui le formule (…) [36] .

« La folie sera punie à l’asile, même si elle est innocentée au dehors. Elle est, pour longtemps, et jusqu’à nos jours au moins, emprisonnée dans un monde moral (…) [37] .

En 1820, Esquirol succèdera à Pinel, il sera responsable de « l’asile des folles », à la Salpêtrière. C’est lui qui fera naître la règlementation psychiatrique de 1838, elle restera en vigueur jusqu’en 1990 ! Il y aura, et sur tout le territoire, un asile psychiatrique par département, et deux natures d’internement : le placement d’office et le placement volontaire. Ainsi, un malade pouvait être hospitalisé à sa demande, ce qui sera rare, compte tenu de la réputation épouvantable de ces institutions aux hauts murs.

L’asile est un lieu de diagnostic, de classification, un espace clos qui vit en autarcie, où vivent ensemble soignants et soignés. Le recrutement des « gardiens de fous » se faisait le plus souvent auprès d’anciens paysans venus travailler à la ville. L’asile est aussi le lieu du pouvoir médical. « Le grand médecin d’asile – que ce soit Leuret, Charcot, ou Kraepelin – c’est à la fois celui qui peut dire la vérité de la maladie par le savoir qu’il a sur elle, et celui qui peut produire la maladie dans sa vérité et la soumettre dans la réalité, par le pouvoir que sa volonté exerce sur le malade lui-même » [38] .

Nous voyons là que Foucault [39] , en filigrane, évoque Charcot et ses expérimentations avec les hystériques, nous savons depuis qu’il provoquait dans certains cas les crises, le sujet hystérique se faisant l’objet du médecin qui incarne le Discours de la science.

« L’hôpital dont Esquirol a donné le modèle est un lieu d’affrontement ; la folie, volonté troublée, passion pervertie, doit y rencontrer une volonté droite et des passions orthodoxes (…) [40] . Ainsi, la folie a partie liée à la passion, et ce triomphe discursif du pouvoir médical aura pour conséquence le refoulement de la déraison, mais aussi de la passion.

L’internement psychiatrique, c’était une vie rythmée par des temps sociaux immuables, l’heure des repas, du lever et du coucher, ponctuant la monotonie et l’ennui. Les transgressions sont punies avec sévérité :  mise au cachot, contentions, et douches glacées. Les traitements sont dérisoires : la saignée (comme au Moyen Age !), la balnéothérapie, l’utilisation de purgatifs, techniques qui s’originent d’une théorie générale des humeurs qu’il faut purger, éliminer du corps, afin de le purifier ; la religion n’est pas loin, et la folie est une faute qu’il faut corriger. Bien sûr, les guérisons sont rarissimes, et les internements durent parfois toute une vie, et dans certains cas, à la demande des familles qui désirent se séparer d’un parent qui pose problème. En France, le nombre d’aliénés internés passe de 10 000 en 1838, à 110 000 en 1939, époque où les asiles sont huit fois plus peuplés que les prisons, à l’inverse de notre époque, contemporaine. [41]  Au début du XX ème siècle, la pharmacopée psychiatrique est très sommaire : Bromure, valériane, opium et morphine, des tisanes. En cas de crise, toujours des douches froides, l’isolement, la compression des ovaires pour les femmes hystériques, les contentions, et des interrogatoires inquisiteurs.

1937 : Le terme d’asile disparait et est remplacé par celui d’hôpital psychiatrique. L’hôpital psychiatrique départemental est le modèle sur tout le territoire. Le terme d’aliéné restera en vigueur jusqu’en 1958. Oury, plus tard parlera de la double aliénation : sociale et psychique.

1939/1945 : l’Allemagne nazie extermine les malades mentaux. Pendant l’occupation, 45 000 malades sont morts de faim dans les hôpitaux psychiatriques français [42] . Artaud, interné depuis 1937, parvient à quitter Ville Evrard marqué par la famine (un interné ne recevait que 1000 calories par jour, en moyenne). Il sera transféré en zone libre, à l’hôpital psychiatrique de Rodez.

De nouveaux traitements naissent : l’insulinothérapie, puis la sismothérapie, c’est-à-dire les électrochocs, lesquels ont encore une fâcheuse réputation ; et à juste titre quand on connait les abus pratiqués dans l’utilisation des chocs, dans les conditions plus que sommaires, où ils étaient administrés, et dans certains lieux, utilisés comme punitions pour les malades les plus « remuants ». Or, il faut dépasser ces représentations fantasmatiques et les clichés du sens commun, l’électrochoc peut donner d’excellents résultats dans le cas de certaines dépressions graves de type mélancoliques, rétives aux antidépresseurs. Actuellement, la sismothérapie – rarement préconisée – s’effectue sous anesthésie générale, avec curarisation, et avec le consentement éclairé du patient. Encore faut-il être présent au réveil, afin de rassurer le patient, souffrant de désorientation et d’une amnésie passagère. Les thérapies de choc doivent être accompagnées d’attention et de bienveillance.

La lobotomie, puis plus tard la leucotomie trans-orbitale, vit un essor à la fin de la guerre, il faut dire qu’elle fut expérimentée sur des cobayes humains par des médecins nazis. 100 000 patients furent lobotomisés dans le monde entre 1945 et 1954. Elle est alors indiquée dans le traitement de la schizophrénie, l’épilepsie, et même pour certaines migraines récurrentes. La lobotomie fit beaucoup de dégâts, et elle sombra heureusement dans l’oubli, suite à la découverte des premiers neuroleptiques au début des années cinquante.

1951 : la chlorpromazine (Largactyl) est synthétisée en laboratoire, et utilisée l’année suivante.

1953 : ouverture de la clinique de La Borde.

1957 : découverte du premier antidépresseur, l’Imipramine. La psychopharmacologie moderne est née.

Dans les années soixante, le packing, méthode d’enveloppement, sera souvent utilisé avec succès afin d’apaiser les psychotiques. Les thérapies d’inspiration psychanalytique se développent, alliées avec une utilisation modérée des médicaments. Des courants d’idées s’affrontent : la psychiatrie organiciste et biologique contre la PI inspirée par la psychanalyse, l’hospitalier en « intra » contre l’ambulatoire. Il y aura aussi le courant sociologique qui inspira l’Antipsychiatrie. Par l’impulsion du mouvement désaliéniste et en particulier Lucien Bonnafé, en 1960 est créé le secteur psychiatrique. C’est la fin des grands HP, les unités d’hospitalisation sont de plus en plus réduites, il sera privilégié le maintien du malade dans la cité.

« La sectorisation est un ensemble de dispositions pour planifier la santé mentale. Si la Loi de 1838 protégeait la société en excluant les fous dans des asiles d’aliénés, la sectorisation veut désinstitutionnaliser, s’opposer à la séparation entre le patient et sa famille, et favoriser toutes les mesures de prise en charge hors de l’hôpital » [43] .

La Loi de 1838 cède la place à celle de 1990, après 152 ans d’application ! La nouvelle Loi met l’accent sur le soin et le respect du droit des malades. Le placement d’office est remplacé par l’hospitalisation d’office, naîtra l’hospitalisation à la demande d’un tiers (HDT), et puis l’hospitalisation libre. 

En 1992, disparait la formation spécifique des infirmiers de secteur psychiatrique… et l’érosion du nombre de lits continue…

Alors, qu’en est-il de la psychiatrie aujourd’hui ? La disparition des 60 000 lits en 40 ans, la suppression de la formation des infirmiers, ce sont des marqueurs d’une mort annoncée de la psychiatrie, qui peu à peu perd sa spécificité, réduisant sa clinique au DSM, pour se réduire à n'être, à moyen terme, qu’une branche et « parent pauvre » de la médecine. Il faut dire que les places sont rares en psychiatrie hospitalière. Un psychiatre de mes relations ironisait récemment sur « le jeu des chaises musicales » : dans son EPSM, pour que quelqu’un soit admis, il faut qu’un autre sorte, et les choix sont parfois draconiens, mettant en danger la vie des patients avec le risque suicidaire. Ainsi, les hospitalisations sont de plus en plus courtes, il s’agit dans l’urgence de « gérer » la crise psychique, de la stabiliser en quelques jours, puis le patient, muni d’une prescription, sera renvoyé dans ses foyers, pour affronter le Réel qui peut parfois être insupportable et menaçant, avec la perspective d’un suivi extra hospitalier en CMP ou en hôpital de jour.

« Parlons-en du secteur. On a foutu les fous à la porte, oui ! Là où, dans le temps, on pratiquait sans vergogne l’internement abusif, c’est de l’externement abusif qu’on fait. Le secteur, ça ne consiste pas à foutre les gens dehors, tous ces gens qui cherchent asile devant les vacheries de la vie ou de la société. Il faut qu’ils puissent se réfugier quelque part, qu’on les protège des méfaits de la société, cette société de plus en plus intolérante, normosée, fascisante [44] .

En outre, il y a de nos jours une recrudescence des méthodes coercitives, de nombreuses pratiques en matière d’isolement ou de fermeture des portes sont contraires aux réglementations en vigueur, en matière de droits des patients [45] . Et pourtant, pendant deux décennies, de 1970 à 1990, les soignants évitaient l’isolement et les coercitions, ils prenaient le temps de parler avec les patients ; la psychanalyse avait droit de cité en psychiatrie, elle fut même hégémonique en certains lieux. Les possibilités de libre circulation étaient préconisées et appliquées, ainsi que les possibilités d’activités (développement de l’ergothérapie, de l’art thérapie, de pratiques corporelles), de rencontres, de prises de parole ; c’est-à-dire des lieux où le sujet pouvait être acteur de son hospitalisation, voire de son hypothétique guérison. Depuis une vingtaine d’années, nous assistons à un revirement total de cette logique humaniste, et en particulier suite au discours de Sarkozy en 2008, qui accéléra et rendit accrues les nouvelles mesures sécuritaires en psychiatrie : retour de plus en plus fréquent des contentions, utilisations abusives des chambres d’isolement, camisoles chimiques, chantages aux permissions de sortie, c’est-à-dire des lieux où le sujet n’a plus la parole, il n’est plus qu’objet d’une équipe de soins et dépendant d’elle. Mais comme l’évoque Sébastien Bertho [46] , « isoler le patient dérangeant peut parfois offrir la possibilité de ne pas avoir à penser les modalités de son accompagnement, ni d’analyser ce qu’il y a de mortifère dans l’institution, d’aliénant dans certains comportements vis-à-vis des symptômes des malades (…).

En travaillant ainsi, le soignant se libère, se déresponsabilise, et il peut ainsi échapper (bien que partiellement) à la relation transférentielle qui le lie au patient. Je sais que la PI est – en certains lieux thérapeutiques – la mauvaise conscience des équipes, lesquelles se réfugient dans le passéisme, évoquant sans cesse « l’avant » ; mais continuent à être impuissantes et fatalistes dans le présent, confondant principe de réalité et principe de résignation.

Le postulat paradigmatique de la PI, est que le traitement des malades psychiques passe par le traitement de l’institution, et notamment par la méthodologie de l’analyse institutionnelle, dont nous parlerons lors de la prochaine session, comme « mise en bouche ». Oury parlait souvent d’asepsie : c’est-à-dire faire le ménage, se débarrasser de tout ce qui est mortifère et pathogène dans le fonctionnement, éviter toutes les mesures d’isolement, et au contraire, favoriser les conditions d’une bonne ambiance [47] , où chacun peut exister, et être partie prenante de la vie collective, dans le quotidien. Nous assistons maintenant à une recrudescence des méthodes coercitives, et ce constat est indissociable de la dérive managériale où le souci de rentabilité est roi, où l’établissement de soins devient une entreprise, où chaque acte est tarifé et payé.

Prendre soin des malades psychotiques nécessite du temps et de la disponibilité, par conséquent, des moyens humains suffisants, et ils ont un coût. Comme on n’a pas le temps, car le temps, c’est de l’argent, il nous reste la psycho pharmacopée – que je ne réfute pas, il suffit d’en faire un bon usage - la réadaptation sociale par les TCC [48] , l’isolement et les contentions pour ceux qui troublent les services. « Bien sûr, les difficultés sont plus importantes aujourd’hui, en particulier dans l’intra-hospitalier, soumis à la logique du management et aux hiérarchies paralysantes. La tendance lourde est à la médicalisation, et aux techniques dites de réhabilitations psychosociales, ainsi qu’à la psycho éducation » [49] . Les institutions sont sous contrôle de managers qui pour la plupart, ignorent tout de la psychiatrie. Leurs objectifs : taux d’occupation maximal, bons ratios de fonctionnement, turn over important des patients hospitalisés, c’est-à-dire une psychiatrie rentable sans projet, sans utopie, sans aucun sens.

Comme l’écrit S. Bertho [50] , « si l’isolement peut s’avérer une option incontournable dans certains contextes bien précis, nous pouvons nous interroger sur ce qu’il permet, la plupart du temps, de ne pas à avoir à supporter, ce qu’il autorise à ne pas regarder, ce qu’il encourage à ne pas penser. »

Ceux qui résistent, sur les traces d’Oury, Tosquelles, et quelques autres « psychanalystes sans frontières », continuent à interroger l’institution, à la déconstruire. La prochaine fois, nous démarrerons par une mise en bouche un peu théorique, mais il s’agit plutôt d’une praxis, concept qui m’est cher puisque c’est le signifiant qui désigne mon activité de pré-retraite ; car le moment de la théorie ne se dissocie pas de la clinique, cette rencontre avec l’autre, dans son étrange étrangeté, et cette difficulté à vivre entre humains, sujets souffrants et divisés, en proie au manque à être. 

Ainsi, après cette dimension historique qu’il fallait connaitre, nous parlerons la prochaine fois de l’analyse institutionnelle, ne serait-ce que pour lever des confusions fort répandues entre institution et établissement.

Nous parlerons aussi des lieux de vie et d’accueil (les LVA), et Éric Jacquot nous présentera le Lieu de vie « La Bergeronnette », il parlera de sa quête de la PI, qui fait pour lui objet @ [51] … enfin, c’est mon interprétation, ça vaut ce que ça vaut, d’autant plus que l’objet @, ça n’existe pas, puisqu’il symbolise l’absence et le manque à être, et il ne se montre que par ses effets. 

A la prochaine fois.

(Sallanches, le 6 janvier 2016)

[1]  Gérer ! Ce signifiant en inflation galopante n’est pas anodin, voir l’utilisation abusive qui en est faite, en travail social, en psychiatrie, dans l’éducation, comme si les sujets humains étaient des marchandises pris dans des flux, c’est-à-dire des objets gérables et floués !

 

[2]  Objet « cause du désir » …le dernier IPhone, la dernière tablette, le dernier produit amincissant…tous ces ersatz censés combler le manque à être, nous y reviendrons….

[3]  « La représentation du rapport imaginaire des individus, à leurs conditions réelles d’existence », d’après le philosophe Louis Althusser.

[4]  Dans un EHPAD dans lequel j’intervenais comme superviseur, parmi les 85 résidents, il y avait 15 psychotiques vieillissants, dont certains très délirants. Les équipes pourtant de bonne volonté, se sentaient démunies face au désordre, la Folie, la fureur, l’angoisse et la mort….

[5]  « Malaise dans la civilisation », S. Freud, Editions Points, 2010

[6]   J.B. Pontalis, « Avant », Folio 2012

[7]  On ne le présente plus, mais pour ceux qui le méconnaissent, il s’agit d’un psychanalyste issu du travail social, superviseur, écrivain, formateur, et notamment directeur de l’Institut européen PSYCHASOC (psychanalyse et travail social), à Montpellier. Voir bibliographie en fin de séminaire.

 

[8]  Joseph Rouzel, « La psycho, terre- à pies, institue si on aile » in Sud-Nord N° 26, « La psychothérapie institutionnelle, matériaux pour une histoire à venir », ERES 2015.

 

[9]  Au signifiant « soixante-huitard » qui ferait S1, est souvent associé un S2, celui « d’attardé », illustration annexe de l’idéologie des dominants ?

 

[10]  Revue Sud Nord N°26, page 8 (déjà citée)

 

[11]  La pathoplastie est un des concepts principaux de Jean Oury, nous en parlerons lors de la dernière session.

[12]  Lieux de Vie et d’Accueil

[13]  Déjà cité.

[14]  Centres d’Entrainement aux Méthodes d’Education Active, mouvement d’éducation populaire né en 1937.

[15]  Système de dispositions acquises et durables, concept cher à Pierre Bourdieu, et à mon sens, à mi-chemin entre la sociologie et la psychanalyse.

[16]  Lire «Caché dans la maison des fous » de Didier Daeninckx, Editions Bruno Doucey, 2015

[17]  Jacques Lacan, « De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité », 1932.

[18]   Jean Oury, « il, donc », 10/18, 1978, page 38

[19]  Jean Oury et Patrick Faugeras, « Préalables à toute clinique des psychoses », ERES 2013, page 240

[20]  Les Centres d’Entrainement aux Méthodes d’Education Active, mouvement d’éducation populaire qui publie notamment la revue VST.

[21]  Groupe de Travail en Psychothérapie et Sociothérapie Institutionnelle.

[22]  « Onze heures du soir à La Borde », Editions Galilée, page 39

[23]  Voici les seules transcriptions publiées : « Le collectif », le séminaire de Saint Anne (1984/1985) et « Les séminaires de La Borde » (1996/1997), Champ social éditions.

[24]  Jacques Lacan, Séminaire III « les psychoses », Seuil, page 233

[25]  Lucien Bonnafé, « en cette nuit peuplée », Editions sociales, page 63

[26]  Michel Foucault, résumé des cours du Collège de France, Julliard, page 61

[27]  Ibidem, page 65

[28]  Pour en savoir plus sur le père des infirmiers psychiatriques, lire : Marie Didier, « Dans la nuit de Bicêtre », Gallimard, 2006.

[29]  Ibidem, page 176.

[30]  Michel Foucault, « Surveiller et punir », Gallimard 1975, page 197.

[31]  « Dans la nuit de Bicêtre », page 11.

[32]  Ibidem, page 141.

[33]  En 1785, il est l’auteur, avec Doublet de « Instructions sur la manière de gouverner les insensés »

[34]  Michel Foucault, « Histoire de la folie à l’âge classique », Gallimard 1972, page 623.

[35]  Je partage la conviction avec certains psychanalystes, tels qu’André Green, qu’il ne faut pas confondre folie et psychose. Les formes les plus démonstratives de certain(e)s hystériques feront penser à tort à la schizophrénie, c’est-à-dire à un sujet à structure psychotique. Ce sujet-là sera assurément fou, en déraison, et ne sera pas psychotique pour autant. Il s’agira d’une névrose grave, une des formes de la folie ; comme quoi si les psychotiques sont fous, les fous ne sont pas tous psychotiques, et « n’est pas fou qui veux » (Lacan, séminaire III).

[36]   M. Foucault, préface de sa thèse de doctorat « Folie et déraison, histoire de la folie à l’âge classique », Plon, 1961.

[37]  Ibidem

[38]  M. Foucault, Résumé des cours 1970/1982, Julliard 1989, page 58.

[39]  Accusé de « psychiatricide » par Henri Ey, suite à la publication de sa thèse, « Histoire de la folie à l’âge classique » ;  Oury partagea l’avis de la plupart des psychiatres de sa génération ; à contrario, Lucien Bonnafé l’apprécia beaucoup, comme quoi il est difficile de se faire un avis, le mieux serait de (re)visiter ce texte érudit…de plus de 700 pages !

[40]  Ibidem, page 57.

[41]  Un tiers de la population carcérale française présente de graves troubles psychiatriques, mais faute de places, ils restent en prison, le problème a été déplacé. La France a perdu 60 000 lits en psychiatrie en quatre décennies.

[42]  Isabelle von Bueltzingloewen, « l’hécatombe des fous », Flammarion, 2007.

[43]   E. Zarifian, « les jardiniers de la folie », Odile Jacob 2000, page 265.

[44]  Propos tenus par lucien Bonnafé et retransmis par Joseph Rouzel dans son texte « La psycho, terre- à- pies, institue si on aile ». 

[45]  Voir sur You Tube l’effrayant long métrage intitulé « Saint Anne, hôpital psychiatrique ».

[46]  Revue « Le pas de côté » N° 67, janvier 2016, « Enfermement et isolement en psychiatrie ».

[47]  L’ambiance est un concept cher à Oury…parmi d’autres.

[48]  Les thérapies cognito comportementalistes qui ont le vent en poupe !

[49]  Revue « Santé mentale », novembre 2015, N° 202, interview de Patrick Chemla, psychiatre, psychanalyste, et chef de pôle à Reims.

[50]  Déjà cité.

[51]  L’objet @ ou « objet cause du désir » ou encore « plus de jouir » dans la psychanalyse de J. Lacan.

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