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La place des pères et des mères pour faire intégrer les limites ?

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Jean GABARD

mardi 07 février 2012

La place des pères et des mères

pour faire intégrer les limites ?

 

  La place des pères et des mères dans l’éducation des enfants a évolué avec la démocratie et pourtant, plus que jamais en ce début de XXIème siècle, faire intégrer les limites indispensables aux enfants semble poser question !

  Pendant des siècles, les rôles des hommes et des femmes ont été cadrés avec rigueur par la société patriarcale. Depuis le XVème siècle, elle a été contestée par une vision du monde que l’on peut appeler féminine ou féministe dans la mesure où elle est totalement  opposée à l’autoritarisme et au sexisme des hommes dominants. Elle a permis la montée du libéralisme et même l’épanouissement de la démocratie dans la société et dans la famille. Elle a entrainé, malgré des résistances, une véritable révolution des mentalités. C’est ainsi que les hommes et les femmes modernes arrivent de plus en plus à abandonner les rôles sociaux traditionnels et à se débarrasser des stéréotypes liés à leur sexe.

Si on ne peut que se féliciter de cette évolution, la nouvelle idéologie égalitariste n’a cependant pas facilité la tâche des parents et des éducateurs, particulièrement quand il s’agit de fixer des limites aux enfants ?

Dans les sociétés théocratiques, toutes les règles étaient dictées et il n’y avait pas à se poser de questions : il suffisait d’obéir. Avec la démocratie moderne nous avons déjà des difficultés à accepter les autorités que nous choisissons et, en plus, dans le domaine de l’éducation nous sommes laissés face à nos responsabilités et devons presque tout inventer.

La loi de 1970 donne l’autorité « aux pères et aux mères ». En ne disant pas « aux parents », mais « aux pères et aux mères », cette loi pointe nettement la différence des sexes que notre idéologie égalitariste a parfois des difficultés à assumer. Il n’est en effet pas certain que l’utilisation de cette différence, par les hommes du passé, pour inférioriser l’Autre féminin, puisse autoriser aujourd’hui l’humain, fasciné par la toute-puissance, à dénier cette limite incontournable. De même la réaction légitime contre des siècles de construction sociale sexiste ne doit pas faire oublier la structuration différente du psychisme chez l’homme et chez la femme. En effet même si l’éducation s’est empressée de les amplifier par des discriminations aujourd’hui inacceptables, il est difficile d’ignorer les différences biologiques bien sûr mais aussi les différences qui apparaissent dès la genèse du psychisme et qui sont totalement indépendantes du lieu, de l’époque, de la culture. 

La petite fille mise au monde par une personne du même sexe qu’elle et le petit garçon né d’une personne du sexe opposé n’ont pas le même rapport avec la maman qui leur a tout apporté et qui pour cela est perçue toute-puissante. Quand, en découvrant la différence des sexes, l’une se sent, comme sa référence, hors des limites, l’autre souffrira de ne plus pouvoir s’identifier à son modèle premier. Pour supporter cette castration psychique primaire, il a besoin de la refouler en se prouvant qu’il n’a jamais voulu devenir comme sa maman et qu’il n’a donc aucune raison de souffrir. Pour cela, il lui faut dénier sa fascination pour le féminin et se persuader qu’il est préférable d’être un garçon. Ceci l’amène à exhiber ses attributs masculins et à dénigrer ce qui appartient à la féminité. Ce machisme grotesque est pourtant indispensable pour qu’il sorte de sa sidération et se construise différemment.

  Cette structuration différente du psychisme conditionne le rapport à la loi. La  maman n’est perçue ni comme le papa et ni pareillement par les petits garçons et par les petites filles. Fantasmée toute-puissante, elle ne pourra jouer les mêmes fonctions symboliques que le père. Ce qu’elle fera et dira sera toujours interprété différemment par le  tout petit enfant qui, s’il peut emmagasiner énormément de sensations n’a pas encore les moyens de tout comprendre. Cette maman peut tout à fait faire preuve de sévérité. Si elle fixe seule des limites sans faire intervenir un tiers, l’enfant lui obéira, peut-être, mais cherchera surtout à lui faire plaisir pour ne pas la perdre. Il aura même envie de l’imiter, c'est-à-dire de rester dans la toute-puissance qu’il voudrait continuer à  partager avec elle. Quand la maman cherche à le limiter, l’enfant lui n’a en fait qu’une idée : l’imiter. Et même s’il ne ressent pas un chantage affectif, il n’est jamais question pour lui de loi à respecter. Il reste hors la loi (Il ne la connaît pas alors que l’enfant victime de l’autoritarisme peut la rejeter)!

Le compagnon (qui n’est pas forcément le géniteur ou le papa) n’a pas mis au monde l’enfant et a « neuf mois de retard ». Il n’est pas perçu tout-puissant. Il peut faire intégrer les limites à l’enfant s’il les respecte lui-même. Pour cela il doit non seulement jouer la fonction symbolique de père en disant la loi mais aussi être écouté. Et il ne le sera que s’il est nommé père et donc valorisé par la mère.

En acceptant de se présenter comme quelqu’un qui écoute le père,  la maman entre alors dans la fonction de mère. En donnant l’autorité, elle signifie à l’enfant qu’elle n’est pas toute-puissante puisqu’elle manque et qu’elle a besoin de quelqu’un. Cet homme mérite alors d’être écouté et la loi à laquelle il se plie et qu’il se contente de dire (il ne s’agit pas de faire sa loi), sera plus facile à intégrer. Le spectacle de ses parents acceptant leur non toute-puissance (L’homme au pouvoir absolu ne peut être dans la fonction de père) donnera aussi à l’enfant plus de facilité pour assumer sa propre castration.

Il semble donc que le tout petit enfant qui ne voit pas la réalité comme l’adulte, ait besoin de ce jeu pour intégrer la loi dans les premières années. Ce n’est que s’il l’assimile ainsi, qu’après des années d’explications, il pourra comprendre que la loi puisse être dite aussi par la mère. Mais n’oublions pas que si nous avons tendance à le considérer très vite comme un grand, lui n’aspire qu’à fusionner avec sa maman. De même qu’il a eu des difficultés à supporter que sa maman ait eu besoin d’un homme pour enfanter (le mythe de la vierge Marie), il résiste longtemps à admettre que sa maman puisse être limitée et dans la loi. C’est en effet pour lui assumer qu’il n’est pas tout-puissant alors qu’il veut rester l’enfant-roi sans contrainte !  C’est pour cela qu’il reste longtemps  nécessaire de faire des rappels de la démonstration.

  Accepter les limites est une castration terrible et pourtant la condition indispensable pour apprendre à les gérer et devenir adulte.

C’est aussi une castration pour les parents de tenir compte de la différence des sexes et d’inventer les jeux pour la gérer. Il ne leur faut plus l’accepter par obligation mais parce que c’est nécessaire pour l’éducation des enfants et pour bien vivre ensemble.

Jean GABARD 

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